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Le Pakistan, la nouvelle menace

29 octobre 2009

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Plus encore que l'Afghanistan, le Pakistan est «la» menace pour les Américains car c'est ici, dans les zones tribales et à Quetta que se situent les sanctuaires des talibans et d'al-Qaïda. Le Pakistan est leur priorité. Extension de leur ambassade et consulats, une centaine de maisons louées sur Islamabad et Peshawar, rumeurs autour de la présence de marines... les États-Unis agiraient déjà au Pakistan.

«On ne sait pas réellement qui ils sont ni ce qu'ils font. Mais ce que l'on peut dire, c'est qu'ils sont de plus en plus là: à Islamabad, à Peshawar et dans les zones tribales, à Quetta, à Karachi... Les Américains savent que la menace vient du Pakistan. Et ils agissent. Mais dans l'ombre», affirme Rahimullah Yusufzai, éditeur de The News à Peshawar. Envoyer plus de troupes en Afghanistan ou bien concentrer les efforts sur le Pakistan, pays nucléaire, foyer de tous les dangers? La nouvelle stratégie en «AfPak» justement divise le Pentagone et la Maison-Blanche. Mais que les États-Unis intensifient leurs tirs de drones dans les zones tribales, qu'ils atteignent le leadership (Baitullah Mehssud, chef des talibans pakistanais, Hakimullah Mehssud, son successeur, le chef des combattants d'Ouzbékistan liés à al-Qaïda), qu'ils annoncent officiellement que Quetta - siège des talibans afghans du mollah Omar - est dans leur ligne de mire: leur agenda au Pakistan se précise. Et pour mener cette guerre, «il leur faut bien des moyens!», lance ce journaliste réputé.

L'ambassade grandit de quatre hectares

Diplomates, «humanitaires», militaires, agents de sécurité... les effectifs américains augmentent. À Islamabad, leur ambassade s'agrandit sur quatre hectares et 128 maisons ont été louées. «Pourquoi autant si ce n'est que pour quelques personnes comme ils disent! Il y en a forcément d'autres dont ils ne parlent pas!», soupçonne Ijaz, d'un quartier chic de Margalla Road, dérangé par la présence de ses nouveaux voisins... américains. Sa rue est maintenant barricadée. Un mur d'enceinte cache une belle demeure. «Des Land Rover entrent et sortent. La dernière fois, j'ai vu descendre trois étrangers costauds bien armés. Ne me dites pas que ce sont des diplomates! Qui sont-ils? Que font-ils?»

Des agents infiltrés chez les talibans

La société de sécurité privée américaine DynCorps a aussi passé un contrat en mars avec l'agence pakistanaise InterRisk, important pour l'occasion 134 AK47. «Le gouvernement américain est de plus en plus impliqué pour aider le Pakistan. Nous devons sécuriser notre personnel, nos projets, nos intérêts», dixit l'ambassadrice Anne Paterson. En off, experts et journalistes ont une version tout autre. «Les États-Unis infiltrent les sanctuaires terroristes avec des agents de sécurité locaux d'InterRisk ou de Speed Flow Service, qu'ils emploient via leurs agences DynCoprs et Blackwater en prétextant que ces agents assurent la sécurité du personnel et des projets de l'USAID dans ces zones», explique Ashraf Ali, correspondant pour la BBC et expert pour de nombreux think tank occidentaux.

Des doutes sur les services pakistanais

Fin septembre, la police a arrêté le patron d'InterRisk, et saisi ordinateurs et documents. Certains attesteraient «d'opérations spéciales» signées avec BlackWater. «Les Américains ont si peu confiance en l'armée pakistanaise et leurs services secrets complices des talibans qu'ils ont leur propre réseau pour recueillir des informations sur l'identité et la localisation des terroristes», ajoute Najjam Siddique, du centre d'études stratégiques d'Islamabad. Depuis que le New York Times a révélé le 21août que la CIA utilisait BlackWater (qui agit depuis février sous le nom de Xe) pour le chargement et le lancement de ses drones, la polémique ne cesse d'enfler sur la présence des «mercenaires» américains. «Eux ou d'autres, on sait qu'ils sont là. Mais où, combien, ce qu'ils font: c'est trouble», avoue Zafar Iqbal, responsable média des services secrets, l'ISI. «Les Américains agissent dans l'ombre. Ils feraient mieux de partager leurs informations avec nous.»

  • Jeanne Grimaud

La «Quetta Shoura», le sanctuaire des talibans

À deux heures de route de Kandahar (fief des talibans en Afghanistan), Quetta est la menace numéro un pour les forces américaines et l'Otan car c'est depuis leur «QG» à Quetta - baptisée pour cette raison la «Quetta Shoura» - que le mollah Omar (chef des talibans afghans) et ses hommes planifient leurs attaques, arment, entraînent et financent les militants. «Quetta leur est indispensable. Ils ont toutes les ressources à portée de main: les madrassas, les kamikazes, les camps d'entraînement, les armes, l'argent des pays du Golfe qui transite par Karachi... Absolument tout. Sans oublier les liens étroits avec les talibans pakistanais avec qui ils mènent - de plus en plus - leurs attaques en Afghanistan», expose Ahmed Rashid, un expert consulté par l'équipe américaine. À l'abri des bombardements intensifs dans les zones tribales (au nord), Quetta offre aux talibans un sanctuaire sûr, où l'armée pakistanaise, occupée à lutter contre les séparatistes baloutches, «les laisse agir», ajoute cet expert.

Dans la ligne de mire des Américains

Tirs de missiles téléguidés, raids aériens depuis l'Afghanistan, opérations d'espionnage au coeur du réseau... les Américains ont Quetta dans leur ligne de mire. Et tout semble également prêt puisque les États-Unis utilisent une base aérienne au Balouchistan (Jacobabad), ont des réseaux d'espionnage à Quetta et ont leurs troupes stationnées en Afghanistan, prêtes à agir. «Nos troupes sont maintenant stationnées dans le sud de l'Afghanistan, exactement de l'autre côté de la frontière avec le Balouchistan. Et la ?Quetta Shoura? est notre priorité», dixit Anne Patterson, l'ambassadrice américaine au Pakistan, le 29septembre dernier. «Quetta est la base opérationnelle et de commandement du leadership taliban qui agit contre nous en Afghanistan. C'est un bastion crucial pour nous», a déclaré au New York Times le général David Barno, conseiller au Centcom auprès du général Petraeus. Sans surprise, la Une de tous les quotidiens pakistanais ont titré: «Quetta: sur la top list de Washington», après que le New York Times, le Washington Post et le Sunday Telegraph ont parlé au conditionnel d'attaques américaines sur le véritable fief et sanctuaire d'al-Qaïda et des talibans afghans au Pakistan. Un conditionnel qui pourrait se transformer en futur proche. Islamabad refuse naturellement toute attaque américaine. Et nie la présence des talibans. «Le mollah Omar et aucun de ses hommes ne sont à Quetta. Si les États-Unis ont des informations, qu'ils nous les donnent et on fera ce qu'il faut», s'est insurgé le ministre de l'Intérieur Rehman Malik. Mais pourra-t-il contredire les plans du Pentagone? Peu d'espoirs...

  • J.G.
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«Les Etats-Unis infiltrent les sanctuaires terroristes avec des agents de sécurité locaux».»

  • Ashraf Ali correspondant pour la BBC

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