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Hervé Morin. «Il faut stabiliser l'Afghanistan»

29 octobre 2009 - 1 réactions

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Parallèlement à la diffusion de notre édition spéciale sur la présence française en Afghanistan, Hervé Morin, ministre de la Défense, explique la stratégie de cette mission destinée à assurer «la paix et la sécurité».

Que fait la France en Afghanistan ?
Elle participe à la reconstruction d'un pays ruiné par 25 années de guerre et qui était devenu, au début des années 2000, un des repères majeurs du terrorisme international avec des talibans au pouvoir. La coalition qui regroupe une cinquantaine de pays - dont 24 pays européens sur 27 - est présente depuis 2001 aux côtés de l'armée nationale afghane pour redonner des institutions à l'Afghanistan, une armée, une police et une administration. Reconstruire le pays, cela passe par la nécessité d'assurer, autant que possible, la stabilité et la sécurité. Nous participons à la fois à la formation des forces de sécurité et de l'armée nationale afghane qui progresse de jour en jour. A chacune de mes visites, cela m'impressionne. Il y a six ans, nous avions des groupes de guerriers, nous en faisons progressivement une armée de soldats professionnels. Ils sont aujourd'hui 60.000 totalement engagés au service de leur pays.

Et en dehors du militaire ?
Nous permettons la scolarisation de six millions d'enfants, là où aucune jeune fille ne pouvait aller à l'école. Nous redonnons accès à un minimum de santé. Nous construisons des ponts, des routes. Nous en avons fait 4.500 kilomètres ! Nous n'avons qu'une seule perspective : quitter l'Afghanistan dès que le pays sera stabilisé.

Quel est le coût de l'opération Afghanistan pour la France ?
450 millions d'euros par an. Vous savez, la liberté n'a pas de prix mais elle a un coût.

Sur le terrain, rien n'est simple. Nous n'avons pas déclaré la guerre et tous les jours, il y a des actions de guerre ! Quel est votre sentiment sur ce point ?
Il n'y aura pas de victoire exclusivement militaire ! Notre mission est d'assurer la sécurité dans les vallées où nous sommes implantés pour mettre en place aussitôt les éléments de la reconstruction. Pour cela, il faut que nous montrions notre force et notre détermination, d'où ce sentiment de guerre que vous avez ! Cette force militaire de sécurité doit en même temps être accompagnée d'un programme qui fasse que la population afghane décide de coopérer avec les forces de l'Alliance et surtout avec l'armée afghane. Il faut que la pression sociale de la population soit telle que les talibans se sentent obligés de déposer les armes.

La population en est-elle convaincue ?
Aujourd'hui, les Afghans sont entre le marteau et l'enclume. A nous de leur redonner confiance. Ils savent que les talibans peuvent à tout moment exercer des pressions, commettre des exactions et pas uniquement contre les forces de l'Alliance. Les talibans font aussi sauter des écoles parce que l'on y scolarise des filles !

Est-ce la bonne stratégie ?
Bien sûr ! Malheureusement, cela se fait dans un climat difficile. L'Afghanistan, c'est un puzzle. Dans certaines vallées, la situation est extrêmement calme comme la Chamali, dans d'autres, elle est extrêmement tendue. Et même là où tout est apparemment calme, il peut y avoir, à tout moment, une incursion de talibans, la pose de mines ou de bombes artisanales. Tout ceci donne à la communauté internationale et à l'opinion publique, le sentiment que la situation se dégrade mais ce n'est pas aussi simple.

La présence des militaires n'est-elle pas vécue comme une occupation ?
Le jour où nous serons vécus comme une force d'occupation, nous ne tiendrons pas longtemps ! Ce qui est clair aujourd'hui, c'est que l'on doit moins s'occuper des talibans et plus des populations, pour que nous ne soyons pas considérés comme une force agressive mais une force chargée d'apporter la paix et la stabilité.

Et si nous quittions l'Afghanistan ?
Aujourd'hui, ce serait le chaos ! Les talibans reprendraient très probablement le pouvoir. L'Afghanistan redeviendrait le terreau d'un terrorisme international qui peut frapper à tout moment dans n'importe quel pays. Par un effet domino, ce serait un risque majeur de déstabilisation d'une zone déjà extrêmement instable et qui comprend non seulement le Pakistan, qui détient l'arme nucléaire, mais aussi l'Iran et les républiques d'Asie.

Quels échos avez-vous du moral des troupes qui vivent des situations à hauts risques, qui ont perdu des compagnons ?
Nos hommes sont super motivés. Une anecdote : le 27e BCA, qui a rejoint l'Afghanistan avant le 3e RIMa de Vannes, devait projeter trois compagnies. Finalement, elles n'ont été que deux. Le fait de voir leurs camarades partir et être obligés de rester l'arme au pied, après tant de mois de préparation et de sacrifices, a été vécu comme un drame par la plupart des Chasseurs et ce, quel que soit leur grade. La raison a pris le dessus. Nos soldats ont véritablement le sentiment de mener une mission difficile, dangereuse mais qui est le coeur de leur métier ! Je suis très fier d'eux.

Les moyens matériels sont-ils suffisants ?
Oui. Nous avons fait un énorme effort depuis 2007. Aujourd'hui, tout le monde s'accorde à reconnaître que l'armée française est bien équipée, qu'elle a tout ce qu'il faut. Un capitaine me racontait récemment, dans un camp d'une vallée afghane, que les Américains «bichaient» quand ils voyaient nos équipements ! Contrairement à des rumeurs, nos hélicos volent. Nous avons presque 100 % de disponibilité grâce à l'énorme effort que nous faisons pour leur soutien. Nous disposons, avec les canons Caesar, des pièces d'artilleries les plus modernes, de véhicules, certes anciens, mais qui ont démontré qu'ils résistaient à certains types d'explosion bien mieux que d'autres plus récents de nos alliés.

Il y avait, la semaine passée, une réunion des ministres de la Défense à Bratislava. Le général américain McChrystal a estimé que la priorité n'était pas de traquer le taliban mais de protéger les populations. Vous êtes visiblement en phase sur ce point. Cependant, la seconde partie de sa démonstration, c'est que, pour réussir cette «afghanisation», il faut envoyer d'importants renforts. Qu'en pensez-vous ?
Cette question a été clairement tranchée par le Président de la République : il n'y aura pas de renfort, «pas un homme de plus», a déclaré Nicolas Sarkozy. Nous avons fait un effort important. La France a envoyé plus de 1.000 hommes supplémentaires entre 2007 et 2008, au moment où la situation était extrêmement tendue... Il n'est pas question que l'on fasse un effort de plus.

Sur le terrain, on voit se développer la corruption, le trafic de drogue, la fraude aux élections... Le second tour de la présidentielle, le 7 novembre, permettra-t-il de mettre en place un pouvoir suffisamment crédible ?
Je constate que, dans les zones qui sont sous la responsabilité des Français, la situation s'améliore. Un exemple : à Surobi, là où nos soldats ont perdu la vie dans l'embuscade d'août 2008, et où certains observateurs parlaient d'un nouveau Dien Bien Phû, nos militaires vont maintenant patrouiller dans le souk sans gilets pare-balles.

Nous n'avons pas d'informations sur le nombre d'insurgés, le nombre de morts que l'on compte chez eux. Pouvez-vous donner des chiffres ?
Sur le nombre de morts ? C'est non. Pour le nombre d'insurgés, c'est très difficile. L'estimation varie entre 5.000 et 10.000. Nous sommes dans un conflit totalement asymétrique où quelques insurgés peuvent faire beaucoup de dégâts. Mais le rapport de forces est en notre faveur.

Combien de temps alors faudra-t-il pour sortir de ce bourbier afghan ?
Au moins quelques années... De toute façon, nous ne pouvons pas échouer dans cette affaire.

  • Propos recueillis par Catherine Magueur
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«Aujourd'hui, les Afghans sont entre le marteau et l'enclume. A nous de leur redonner confiance.» »

  • Hervé Morin, ministre de la Défense

1 réaction

  • Asterix29
    Pourquoi
    ne pas avoir insisté pour qu'il réponde réellement à la question:
    Sur le terrain, on voit se développer la corruption, le trafic de drogue, la fraude aux élections... Le second tour de la présidentielle, le 7 novembre, permettra-t-il de mettre en place un pouvoir suffisamment crédible ?
    Toujours la langue de bois ces ministres!
    Ajouté le 29 octobre 2009 à 05h56
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