14 octobre 2009
Deux thoniers concarnois de nouveau attaqués, hier, par des pirates somaliens en Océan Indien! Le salut des pêcheurs passe par les militaires embarqués. Le commandant du Via Mistral raconte...
Pour la seconde fois en quatre jours, les militaires embarqués à bord des thoniers français ont fait feu pour repousser des assaillants somaliens. Cette fois, les cibles étaient deux navires bretons de l'armement Saupiquet: le Via Avenir et le Via Mistral. «Il y a eu des tirs de sommation. A la seconde salve, les pirates ont fait demi-tour!» raconte, à chaud, Christian Lastennet, le commandant du Via Mistral, une demi-heure à peine après l'attaque... Les deux thoniers avaient quitté Mahé, aux Seychelles, lundi soir, et faisaient route sur leur lieu de pêche. Il est 13heures (locales). La mer est «comme un lac», raconte le patron. L'Avenir repère deux skiffs (et sept pirates) qui foncent à vive allure. Ils prennent en chasse les thoniers. Le Mistral est alors à environ 300 milles nautiques (500 kilomètres) des Seychelles et très loin des côtes somaliennes, à 600 milles de là, c'est-à-dire à plus de 1.000 kilomètres....
Trois quarts d'heure de poursuite
«Nous nous sommes rapprochés de l'Avenir, car, pour des raisons de sécurité, nous travaillons en binôme; il fallait aussi que les militaires aient un angle de tir le plus dégagé possible», poursuit Christian Lastennet. La poursuite a duré près de trois quarts d'heure. «Les skiffs se sont approchés au plus près de nous. Aux premières rafales, ils ont compris qu'ils allaient avoir maille à partir! Ils ont pris la fuite. Ils sont courageux, mais pas téméraires!» raconte le commandant du Mistral. «Ce ne sont pas de simples pêcheurs. Nous sommes un peu excédés quand on entend dire qu'on va piller dans leurs eaux. On est bien loin de là! Nous, on ne pille personne! Il faut arrêter avec ces histoires!», raconte-t-il. Une chose est sûre: les thoniers ont eu affaire à des pirates «déterminés». «On a vu les deux skiffs, on n'a pas vu le bateau-mère. Mais quand on les lâche en mer, s'ils ne trouvent pas un bateau, ils ne rentrent pas chez eux!». Chez les pirates, il y a obligation de résultat: ramener une proie, un bateau otage. «Si nous avions été un bateau espagnol, c'est-à-dire sans militaires à bord, qu'aurait-on fait? Les skiffs avancent plus vite que nous, ils auraient fini par nous rattraper. Les pirates seraient montés à bord. Ce n'est pas le marin pêcheur, avec son opinel, qui peut faire quelque chose!», souligne le patron concarnois.
L'effet dissuasif porte ses fruits
Comment l'homme et son équipage ont-ils vécu l'attaque? «Sereinement», souligne Christian Lastennet, «car nous avions des militaires à bord. (Ils sont quatre). S'ils n'avaient pas été là, nous aurions été impuissants... «L'effet dissuasif porte ses fruits. Pas facile de travailler dans ces conditions. Surtout que l'on a appris que le prix du thon chutait. Alors, tout ça pour ça! Les marins sont un peu dépités. Dans tous les métiers, quand il y a prise de risques, on gagne plus. Et nous, avec plus de risques, on va gagner moins!», déplore le patron du Mistral. Comment se passe la cohabitation avec les militaires à bord du Mistral? «Très bien. On est du même coin. Beaucoup sont bretons. Ils pourraient être mes fils. On s'entend bien. Au bout de trois marées, ils font partie de l'équipage!», assure Christian Lastennet. Le patron du Mistral le dit haut et fort: «Il faut continuer la protection. S'il faut aller en mer ici, il faut le faire avec les militaires!».

«Les pirates sont courageux, mais pas téméraires».
