19 octobre 2009 - 7 réactions
Casques lourds, gilets pare-balles, fusils d'assaut... les commandos militaires français chargés de protéger les thoniers bretons au large des Seychelles ne laissent au rien au hasard. Pour la plus grande satisfaction des marins pêcheurs embarqués. Reportage.
Les deux grands thoniers senneurs, le Drennec et leGlénan, sont amarrés côte à côte, dans le port de Mahé. À bord, tout est calme, comme si rien ne s'était passé. Pourtant, voici quelques jours, Le Drennec a été attaqué par les pirates, alors qu'il faisait route vers Les Seychelles pour y débarquer son poisson. Depuis, un nouvel équipage a pris la relève et le patron, PatrickHéliès, 43 ans, de Concarneau (29), est lucide: «Si les militaires n'étaient pas à bord avec nous, on ne resterait pas au port. Mais nous irions pêcher nettement plus loin, là où le thon est beaucoup plus rare». Au ministre de la Défense, Hervé Morin, venu rendre visite aux Équipes de protection embarquées (EPE), dépêchées par la Marine - mais dont la présence est facturée à l'organisation Orthongel -, l'armateur Jean-YvesLabbé n'a pas caché sa satisfaction: «Nous n'aurions jamais permis à nos navires de sortir dans l'océan Indien sans cette politique extrêmement courageuse» voulue par la France. Car pendant que les Français pêchent sous la protection des commandos entraînés, solidement armés -le détail est tenu secret-, appuyés par un avion Atlantique 2 venu de Lann-Bihoué (56), les autres bateaux de la flottille européenne fréquentant l'océan Indien restent à l'écart des eaux les plus poissonneuses.
Des marins rassurés
Un thonier basque, l'Alakrana, est ainsi toujours prisonnier des pirates somaliens, mais Madrid ne peut rien faire. Hervé Morin explique que son homologue espagnole, Carme Chacon, lui a demandé conseil pour pouvoir, elle aussi, dépêcher des militaires sur les bateaux. Mais la loi espagnole interdit à la force publique de protéger des intérêts privés. Les Italiens se chamaillent depuis des semaines sans arriver à une solution et les seuls qui, à part les Français, possèdent à bord des gardes armés, sont des bateaux seychellois. Mais il s'agit de gardes privés. Philippe Gouyec, 45 ans, de Moëlan-sur-Mer (29), est le second du Drennec. Carré, jovial, il se dit tranquillisé par la présence des commandos: «On a toujours été dans la violence. Les éléments, le matériel... et maintenant, les pirates qui viennent de mettre une couche de plus. Pour nous, c'est rassurant: on délègue la sécurité aux militaires. Et on ne passe plus tout notre temps à surveiller la mer!». L'an dernier, il a été attaqué par des pirates et il a vu comment son bateau, qui file plein pot à 15noeuds, a été rattrapé par les petits esquifs, qui grimpent, eux, à 20 noeuds. Donc, sans les commandos, ce serait cuit!
Un métier dangereux
Est-ce à dire que le métier devient trop dangereux? Que les 1.000 tonnes de thons de chaque marée de35jours ne valent pas la peine que se donnent ces marins pêcheurs? LionelGaro, le chef mécanicien de Brest, âgé de 41 ans dont 18 au thon, ne serait pas là si les militaires désertaient le navire: «Déjà que c'est un métier dangereux en temps normal, ce ne serait pas possible sans eux!». Son collègue, Pascal Rivoal, 38 ans, de Fouesnant (29), le frigoriste du bord, ne changerait, quant à lui, de métier «pour rien au monde». «Avant de venir ici, j'ai travaillé 18 ans en usine, alors...». En décembre, le gouvernement annoncera s'il reconduit sa politique et s'il poursuit avec la présence de soldats du thon sur les bateaux bretons. S'ils débarquent, les pêcheurs de Concarneau devront alors trouver d'autres zones de pêche...
«On a toujours été dans la violence. Les éléments, le matériel... et maintenant, les pirates...». »
