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Michael Jackson. Un artiste hors frontières

28 juin 2009

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Même s'il a raté sa sortie, le «Roi de la Pop» continuera de marquer longtemps la musique populaire. Mélangeant les influences musicales, libéré des frontières, son style planétaire n'a pas encore pris une ride.

«L'avenir de la musique passera par la rue, par la street music». Ainsi parlait, à la fin des années 70, un certain Quincy Jones, producteur visionnaire qui voyait le raz-de-marée rap et hip hop submerger la planète. A ce musicien génial qui accompagna la carrière des plus grands noms du jazz et de la soul - Ray Charles, Sinatra, Basie - il manquait un artiste, un disciple qui puisse réaliser sa prophétie. Ce fut Michael Jackson, rencontré sur le plateau de tournage d'un remake du «Magicien d'Oz», en 1978, au côté de sa marraine Diana Ross qu'il idolâtrait. Quincy Jones devint rapidement son Pygmalion et, un an plus tard, sortait le premier album du jeune Michael sans ses frères, «Off The Wall». Une sorte de manifeste qui annonçait déjà la fusion parfaite du rythme funk et des harmonies pop, de la mélodie et de la danse auxquels le monde entier succomba avec l'album «Thriller», vendu à près de 100millions d'exemplaires depuis le jour de sa sortie, le 1erdécembre 1982.

La conquête des publics noir et blanc

D'un seul coup, Michael Jackson se retrouvait comme le pionnier d'un style nouveau, irrésistible, taillé pour la danse et qui allait marquer pour de longues années la culture populaire. Figure de mode pour certains, génie musical pour d'autres, il est sûr que ce Faust, électrisé par ses propres frasques, laisse aujourd'hui une discographie impressionnante et pas seulement par ses chiffres de vente - qui frise les 500millions et non 750 comme beaucoup l'affirment. Au-delà du succès planétaire de tubes comme Billie Jean, Thriller, Beat it, Bad et des vidéos réalisées par les plus grands cinéastes - John Landis et Martin Scorsese - Michael Jackson restera, avant internet, comme l'artiste de la mondialisation, née avec l'avènement des chaînes musicales comme MTV où il fut le premier chanteur afro-américain sur l'écran. Avec lui, le Crossover, cette conquête des publics blanc et noir, se démultiplia dans le monde entier, touchant la Chine, l'Asie et le tiers-monde.

Une musique universelle

Artisan de sa propre gloire, basée tout à la fois sur la musique, la mode et ses clichés, la danse et ses gestes codés, cet enfant de la balle, jeté sur scène dès cinq ans par un père musicien frustré, avait assimilé très tôt de nombreuses influences musicales, des Supremes aux Beatles. D'où la présence de Paul McCartney à ses côtés dans Thriller ou des duos magiques comme «The girl is mine» ou «Ebony and Ivory». Elle souligne aussi le goût de Michael Jackson pour une musique universelle, débarrassée de ses étiquettes, centrée essentiellement sur le texte et la mélodie. Ses frères noirs lui reprocheront d'ailleurs cette «blanchitude» qui allait de pair avec sa névrose de se blanchir à tout prix la peau, rêvant de devenir blanc au contraire d'Elvis qui rêvait d'être noir.

Peur de se jeter dans le vide

Réédité en 2007 pour son vingt-cinquième anniversaire, il est évident que «Thriller» n'a pas pris une ride, imposant définitivement Michael Jackson dans le panthéon des stars qui survivent aux aléas du marketing et de la mode. Reste qu'il masquait à peine le vide artistique, la panne d'inspiration d'une star enfermée dans ses névroses, incapable de rebondir ni de convaincre Quincy Jones de retenter l'aventure d'un nouvel album. Michael Jackson, un Roi de la Pop capable de vendre 500.000 tickets en quelques heures, certes, mais un roi nu, en proie à un cauchemar éveillé où tout semblait lui échapper, même sa mort brutale à 50 ans. Sans doute d'une overdose médicamenteuse, tout comme Elvis Presley, trente-deux ans plus tôt, claquemuré dans Graceland. Comme lui, il avait peur de ce rendez-vous impressionnant avec ses fans, peur de se jeter dans le vide.

  • Gilles Summer

Un grand talent terni par les scandales

Foudroyé la veille de son grand retour, Michael Jackson laisse un héritage compliqué, celui d'un grand talent gâché par des zones d'ombre, précise dans son édition de vendredi, le «Los Angeles Times» qui se montre assez critique vis-à-vis de la superstar, morte brutalement à 50 ans, dans sa maison de Bel Air. Difficile d'imaginer une disparition aussi brutale pour une telle icône, fascinée par les destins tragiques comme celui de Marylin Monroe. Michael Jackson qui avait inventé son propre personnage et sa propre iconographie - l'unique gant de strass, le Moonwalk, le ranch de Neverland - n'aura jamais pu maîtriser sa vie, laissant l'image d'un Peter Pan vieillissant, incapable d'aligner plus de trois mots à l'image de son hallucinante apparition publique pour son retour sur scène à Londres en juillet.

Un ticket pour le paradis ou l'enfer

Adieu l'enfant star des Jackson Five: le Roi de la Pop qui dominait le monde, vingt ans plus tôt, n'était plus que l'ombre de lui-même. Comme s'il avait perdu son âme tout comme son visage, transformé en sorte de masque grimaçant, mutilé par la chirurgie esthétique. Si Michael Jackson fascinait tant le monde, ce n'était plus aujourd'hui pour des raisons musicales. Le personnage était trouble, ne serait-ce que par les multiples procès - dont celui très grave pour pédophilie - qui ont entaché sa carrière et son image. Il n'avait que 35 ans à l'époque et cette vilaine histoire de moeurs fut le début d'une lente descente aux enfers qui culmina en 2004/2005, à Santa Monica, avec un autre procès pour attouchements sexuels sur un garçon de 14ans. Là, il toucha le fond, donnant au tribunal et aux télévisions du monde entier l'image d'un irresponsable qui fut finalement acquitté mais jamais blanchi. Accablé de dettes - on parle de 500millions de dollars -, la fin de vie de Michael Jackson - tout comme celle de Presley, enfermé à Graceland - fut tragique. Elle n'était plus qu'un feuilleton à scandales jusqu'au moment où la star semblait avoir repris la main vis-à-vis des médias, en annonçant son grand retour. Avec un ticket pour le paradis ou l'enfer, c'est selon.

  • G.S.

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