12 juillet 2009 - 3 réactions
Eternel adolescent, bête de scène, Bruce Springsteen est, après 36 ans de carrière, l'incarnation de la vitalité du rock'n roll. Alors que Les Vieilles Charrues, à Carhaix (29), s'apprêtent à chavirer de bonheur, jeudi, retour sur l'enfance du fils d'ouvrier du New Jersey, qui s'est bâti un destin à l'échelle du rêve américain.
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Springsteen n'accorde que peu d'interviews. Il n'en voit pas la nécessité. Si rares soient-elles, ses confidences, échelonnées depuis 1973, ont permis de dessiner les contours de cet artiste discret et passionnant. Le reste se devine à l'écoute de quelques-uns de ses hymnes. Prenez «No surrender» («Pas de reddition»). Il contient la formule de l'ADN du rocker Bruce Springsteen: «We learned more from a three minute record than we ever learned in school» («Nous apprîmes plus d'un disque de trois minutes que durant toute notre scolarité»). Springsteen fut littéralement biberonné au rock et à la soul du top 40, craché par la radio allumée du matin au soir dans la demeure familiale. «Je suis né avec la radio allumée», dit-il. Roy Orbison, les Ronettes, Beatles, Stones... et surtout Elvis, qu'il idolâtre. «C'était comme s'il venait, murmurait un rêve à l'oreille de chacun, et ce rêve, nous le faisions ensuite. Le rock'n roll a changé ma vie. Avant, tout n'était pour moi que fiasco. Il m'a donné le sentiment d'exister en tant qu'individu.» C'est grâce au King of rock'n roll qu'il se décide à acheter une guitare, à l'âge de 13 ans. Voilà pour la naissance artistique.
«Etrangeté inacceptable»
Mais pour l'état civil, Bruce Frederick Springsteen a vu le jour le 23septembre 1949, à Long Branch, New Jersey. Jusqu'à ses 18 ans, il grandit dans la banlieue de Freehold, «petite ville à l'esprit étriqué», à une quinzaine de kilomètres de la cité balnéaire de Ashbury Park, sur la côte est des Etats-Unis. Il évoque une enfance terne. «J'ai grandi dans une maison où il n'y avait jamais de livres ou quoi que ce soit que l'on puisse appeler de l'art, ou qui y ressemble.» Ses parents, d'origine italo-irlandaise, peinent à joindre les deux bouts. Sa mère est secrétaire, son père alterne les petits boulots:chauffeur de bus, de taxi, gardien de prison. «Mon père a eu plusieurs de ces jobs qui vous pompent tout ce que vous avez en vous», dira plus tard Springsteen. En 1980, il chantera «Independence Day», récit d'un fils qui prend le large. Adolescent, il s'oppose très vite à son paternel. Indépendant, rêveur, il est un élève médiocre, inclassable, dont les cheveux longs détonnent dans le conformisme ambiant. Il doit même quitter l'Ocean Country Community College après une pétition signée par les étudiants qui déploraient son «étrangeté inacceptable».
«Le groupe a son utilité dans l'Amérique d'aujourd'hui»
Les rares amis qu'il dégote sont des musiciens de rock'n roll qui traînent dans des clubs d'Ashbury Park. Il passe des nuits entières dans l'un d'eux, «L'Upstage». «Tu pouvais te débrouiller de manière à ne jamais rentrer à la maison, parce que le temps que tu en sortes, c'était l'aube et tu pouvais t'affaler sur la plage toute la journée», racontait-il. Il commence à écumer les cabarets, joue dans plusieurs groupes de lycée, dont les Castiles. C'est au début des années 70 qu'il va s'acoquiner avec de drôles d'oiseaux de nuit, futurs membres du Bruce Springsteen Band, matrice du E Street Band. A l'époque, Bruce Springsteen a déjà gagné un surnom affectueux, «le Boss», parce qu'il tient à payer ses musiciens à l'issue des sets, de la main à la main. «La vie est étrange, presque comique: on monte un groupe un peu par hasard avec de drôles de types et, si tout se passe bien, votre destin est lié à ces mecs étranges pour le reste de votre vie. Me retrouver avec ces gars après tant d'années est important. On s'entend bien, la musique pète le feu, l'engagement est toujours total. Ça n'a rien à voir avec le business de la nostalgie: nous sommes là, ensemble parce que le groupe a sa pertinence, son utilité dans l'Amérique d'aujourd'hui», expliquait-il, en janvier dernier, au magazine Télérama.
«Ne pas perdre le contact avec le public»
Le dernier moteur de la saga Springsteen, c'est la relation à son public: «Quand je regarde mon public, je n'y vois jamais une masse de visages. Je vois des individus tous uniques. Je sais que c'est idéaliste, mais une des idées que notre groupe a eues dès le début, c'est qu'il ne faut pas perdre le contact avec les gens pour lesquels on écrit. Je ne crois pas que la gloire ou le succès signifient que l'on perd ce rapport. Je ne crois pas que gagner de l'argent vous le fasse perdre non plus. La plupart des gens riches vous diront que l'argent ne signifie rien. Ce n'est pas vrai: c'est la liberté. Mais il faut sans cesse garder le sens de la réalité des choses, ce qui a toujours été le but du rock'n roll: c'est un état permanent de vigilance.»
Allez, une petite embardée « people » pour la route : le Boss fut brièvement marié à une actrice, Julianne Phillips, qui apparaît
dans le clip de « Glory days ». Les noces furent célébrées en mai 1985. Mais le couple bat vite de l’aile, et, en 1988, Springsteen
finit - quand même ! - par repérer le déhanchement de l’une de ses choristes, Patti Scialfa. Il prend la tangente. Ils ont aujourd’hui trois enfants, Evan, né en 1990; Jessica, née en 1991 et Sam, né en
1994.
La carrière de Bruce Springsteen est indissociable de l’amitié qui le lie à son manager, John Landau. Leur rencontre tient désormais
de la légende: le 22 mai 1974, au lendemain d’un concert du Boss, John Landau fait paraître, dans un journal alternatif de Boston, «The Real Paper», un article dans lequel il annonce, lyrique : « J’ai vu le futur du rock’n roll et son nom est Bruce Springsteen».
Avant de s'engager politiquement pour les candidats démocrates John Kerry en 2004, avec la tournée «Vote for change», puis victorieusement en 2008 pour Barack Obama, Bruce Springsteen dut combattre les tentatives républicaines de récupération de sa chanson «Born in the USA», perçue, contresens total, comme un hymne patriotique.
La «terrifiante» élection de Reagan
Le premier à tenter de se l'accaparer est Ronald Reagan. Nous sommes en 1984 et l'ancien acteur, élu président en 1980 avec un slogan phare: «Nous allons remettre l'Amérique au travail» (tiens, tiens), fait campagne pour sa réélection. Il félicite le Boss pour son «patriotisme: vous êtes le symbole de l'esprit américain. Vous n'êtes pas venu ici en espérant trouver des rues pavées d'or. Vous n'attendiez pas le bien-être ou un traitement de faveur.» Springsteen s'étrangle, lui qui, en novembre1980, dès le lendemain de la première élection de Ronald Reagan, qui va succéder à Jimmy Carter, lâche devant la foule de l'université d'Arizona: «Je ne sais pas votre opinion sur ce qui s'est passé la nuit dernière, mais j'ai trouvé cela terrifiant.» Et il entamera «Badlands», chanson extraite de son album le plus noir à ce jour, «Nebraska», peuplé de dingues, de paumés, de désespérés et autres exclus du rêve américain.
Mémoires d'un vétéran du Vietnam
Les républicains ne se le tiendront pas pour dit: en 1996, le candidat Bob Dole (qui sera défait par Bill Clinton) reprend «Born in the USA» pendant sa campagne. Springsteen envoie un fax au journal Ashbury Park Press: «Je tiens à préciser que ma chanson a été utilisée sans ma permission et que je ne soutiens pas le candidat républicain.» Le malentendu perdure, renforcé par la pochette de l'album, qui le montre en jeans, casquette de base-ball en poche, sur fond de bannière étoilée. Sorte de Rambo du rock pour ses détracteurs. Et pourtant... «Born in the USA» est inspiré des mémoires d'un vétéran du Vietnam, Ron Kovic, qui a sorti un livre intitulé «Né un 4juillet» (qui sera adapté au cinéma par Oliver Stone, avec un Tom Cruise à contre-emploi, en vétéran paralysé des deux jambes). Le thème, c'est le retour des vétérans, détruits physiquement et moralement, honteusement rejetés par leur patrie parce qu'ils symbolisent cette guerre perdue.
"Il doit même quitter l'Ocean Country Community College après une pétition signée par les étudiants qui déploraient son «étrangeté inacceptable» " écrit Thierry... Eclaircissements.
La petite anecdote est rapportée par Dave Marsh, dans son livre "vie de rocker", publié chez Carrère. Le bouquin doit être épuisé mais on peut se le procurer assez facilement via Price Minister ou un autre site de vente en ligne...
«Le rock'n roll a changé ma vie. Il m'a donné le sentiment d'exister en tant qu'individu.»»
