2 novembre 2009 à 16h10 - 1 réactions
Enseignant-chercheur au CNRS au département de Santé publique à Rennes, et spécialiste des effets de la pollution aérienne sur la santé humaine, le Dr Claude Lesné répond aux questions de Frédérique Le Gall sur les algues vertes.
Docteur Lesné, est-il prouvé que l’on peut mourir à cause des algues vertes qui viennent s’échouer sur nos plages ? Oui, je crois que ça a été prouvé cette année, je l’avais dit l’année dernière et les analyses qui ont été faites à Saint-Michel-en-Grève, qui ont montré des niveaux de pollution par l’hydrogène sulfuré de mille parties par million, ont confirmé qu’il y avait bien un danger de mort dans certaines situations sur ces plages.
Y-a-t-il d’autres effets sur la santé ? Il y a un danger mortel mais est-ce qu’on peut aussi tomber malade à cause des algues vertes ?
Dans les dangers mortels, il y a ce qu’on a vu avec le cavalier et son cheval et ce qu’on avait vu aussi une dizaine d’années auparavant avec un ramasseur d’algues, des effets suraigus. Là, c’est en quelques dizaines de secondes éventuellement quand les quantités de gaz sont très importantes qu’il peut y avoir un effet, on perd connaissance et puis la mort peut survenir rapidement si on n’est pas secouru. Par contre, il y a d’autres effets qui sont très dangereux et qui peuvent être mortels aussi qu’il faut connaître mais qui peuvent prendre un peu plus de temps parce que l’hydrogène sulfuré fait des dégâts au niveau de la profondeur du poumon et, en faisant ces dégâts, ça provoque une maladie qui s’appelle un œdème aigu du poumon qui est une urgence et ça peut survenir avec un temps de décalage, ça peut être quelques minutes ou quelques heures . Donc, il faut le savoir et quelqu’un qui a été intoxiqué par ces gaz, même si apparemment après avoir eu une petite perte de connaissance, il a retrouvé ses esprits, il faut vraiment le mettre en surveillance médicale, c’est très important.
Vous avez été un des premiers à mettre en garde la population contre la toxicité des algues vertes et vous multipliez les conférences d’information. Alors, pensez-vous que les Bretons et les touristes qui viennent se promener sur nos côtes ne sont pas suffisamment informés aujourd’hui.
Oui parce que la population est informée maintenant qu’il peut y avoir un danger mortel et ça c’est très important, il était fondamental que cette information circule. Je pense qu’elle a beaucoup circulé et que, donc maintenant, cette information est connue. Ce qui est beaucoup moins connu, ce sont les effets qui surviennent à des doses beaucoup plus faibles . Il faut savoir qu’à des doses très très faibles – de deux parties par million, c’est-à-dire 500 fois moins que ce qui a été mesuré sur la plage de Saint-Michel, vous pouvez avoir des déclenchements de crise d’asthme, ce qui n’est pas du tout un effet anodin et, à des doses un peu plus élevées, vous avez des effets par exemple sur l’œil - il y en a d’autres mais je n’ai pas le temps de tout raconter – ces effets peuvent être graves, ça suppose qu’il faut aller lorsque l’on a ces atteintes oculaires, il faut aller voir un ophtalmo et faire un traitement pour éviter d’avoir des séquelles définitives.
