28 septembre 2009 - 4 réactions
«Nous ne sommes plus des plaignants mais des révoltés!». La nature du combat contre les algues vertes a changé, hier, à Hillion (22). Les troismille «citoyens» venus manifester ne veulent plus avaler des vertes et des pas mûres.
Deux mille cinq cents? Trois mille manifestants? Plus? Difficile de compter cette foule dispersée aux alentours de la plage de LaGranville, à Hillion, débarrassée, comme par miracle, de ses algues vertes. En tout cas, ils étaient autrement plus nombreux que lors des dernières éditions. Il est vrai que beaucoup de choses ont changé, ces derniers temps. Le décès des deux chiens à Hillion, l'été dernier, puis le cheval, cet été, à Saint-Michel-en-Grève (22) et, peut-être la mort d'un homme. Trop, c'est trop. Cette fois, c'est de santé publique qu'il s'agit. «Et dire qu'on m'a pris pour un écolo-bobo, un écolo-zozo quand j'ai parlé de la toxicité des algues vertes, il y a trois ans», tempête le tumultueux porte-parole de Halte aux marées vertes, André Ollivro. Toxicité évoquée sans ambiguïté dans un rapport de l'Ifremer, il y a cinq ans, rappelle de son côté, René Ropartz. Le maire de Saint-Michel-en-Grève estime que la plaisanterie a assez duré: «C'est en1971 que le conseil municipal de Saint-Michel a évoqué, pour la première fois, la grève de sable transformée en tas de fumier».
Urgence
Urgence... le mot-clé de tous ceux qui se succèdent à la tribune. «Trente ans d'inactions ou d'actions inadaptées», tonne Jean-François Picaud, président d'Eau et rivières, l'une des premières associations à avoir tiré la sonnette d'alarme. Même appel de la part d'Yvette Doré, la maire d'Hillion, qui ne sait plus à quels saints se vouer face à une «manne» quotidienne de 700 tonnes d'algues en saison. Et d'en appeler à l'État pour financer les collectes mais aussi pour dire stop à «toutes les régulations, extensions ou créations d'élevages hors sols». Pour autant, à l'instar de ses collègues, pas question de fustiger les agriculteurs, «non pas coupables mais victimes d'un système productiviste». Applaudissements.
Au nom de la loi
Plus profondément, les «révoltés» d'Hillion - dixit Yves-MarieLe Lay, président de Sauvegarde du Trégor- attendent une remise en cause profonde des pratiques culturales, dans une démarche de développement durable. Et rapidement qui plus est, tous attendant le plan d'intervention que doit présenter le comité interministériel, le 8décembre prochain: «Ce qu'on demande? Une expérimentation exemplaire dans les bassins-versants alimentant les baies de Saint-Michel et d'Hillion». Seule certitude: il y aura un avant et un après 27septembre, selon Jean-François Picaud. Du temps de la contestation à celui de la révolte. «Par la loi et le droit, pas avec du lisier ni des tracteurs», précise Yves-MarieLe Lay, non sans détermination. De toute façon, pour l'avenir de la planète, l'homme n'a plus le luxe d'attendre quarantenouvelles années.
Jeunes retraités, Daniel et Marie-France sont venus de Landerneau(29) pour manifester: «C'est la première fois. Nous avons toujours été attentifs aux problèmes de l'environnement. Mais là, ça devient grave, la santé est en jeu. Nous avons connu la plage de Saint-Michel-en-Grève quand nous avions 10ans. C'était merveilleux. Aujourd'hui, quand on y passe pour aller voir nos enfants à Trégastel, nous sommes horrifiés. Il faut presque un masque à gaz».
«Je viens tous les ans pour faire bouger les choses, car les algues vertes, c'est le révélateur d'un mode de vie, d'un système de production et de société qui ne fonctionne pas. C'est fou que les pouvoirs publics ne réagissent pas. La première fois que j'ai manifesté pour l'eau avec ma fille, elle était en poussette... Elle a15ans! Cette année, on sent un élan nouveau. Mais il faut que les choses changent sur le fond. Il faut des mesures publiques énergiques mais aussi que chacun fasse des efforts dans ses actes de consommation au quotidien».
«Être là est déjà essentiel pour la prise de conscience du problème. Mais, après tant d'années, il est frustrant et inquiétant que rien ne change. On ne peut plus attendre, il est plus qu'urgent d'agir. Ce problème des algues vertes ne concerne pas uniquement la Bretagne, ni l'agriculture mais un mode de production. En tant qu'individu, on se sent désarmé et impuissant. Mais je me dis que chaque goutte d'eau a son importance sur terre et qu'elle peut peser sur les événements».
