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Affaire Algret. Une perpétuité et des tortures oubliées

24 octobre 2009 à 10h18

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S'ils sont tous condamnés pour la séquestration suivie de la mort de Bernard Algret, les cinq accusés passent au travers des actes de tortures. Pourtant avérés ! Retour sur un verdict déjà frappé d'appels.

José Antonio Freitas dit «Tonio», 41 ans: prison à perpétuité, avec 22 ans de sûreté.
Acquitté des tortures faute de preuves, «Tonio» écope tout de même de la peine maximale puisqu'il était en récidive après un braquage jugé en 1993. Pour Algret, iI se disait innocent, assurait que tout s'était fait dans son dos, qu'il n'avait été mis au courant qu'après. La défense n'a pas tenu. Sa vieille rancoeur pour Algret, les déclarations de ses coaccusés, sa présence attestée, ses faux alibis ou encore des témoins aussi crédibles que des compliments d'hôtesses de bar de nuit à des clients avinés ont précipité sa chute. Mélange de Robert de Niro et JoePesci, le Franco-Portugais paie également son comportement, tour à tour intenable, autoritaire, menaçant. «Ils viennent de condamner un innocent, un de plus. Après Dreyfus, Seznec et les autres», a-t-il lancé au verdict. Avant de s'adresser à la présidente: «Il faut regarder les gens dans les yeux quand on les condamne à mort».Son avocat a déjà confirmé son intention de faire appel.

Christian Soler dit «Chiffon», 46 ans: 20 ans de réclusion.
L'accusé au visage le plus expressif, avec ses mimiques mêlant peur, nervosité ou anxiété, échappe à l'assassinat. La cour a eu du mal à croire que cet homme qualifié de «larbin», loin de la «carrure» des autres, ait pu fomenter un meurtre. Reste que celui qui était le seul, avec Freitas, à connaître la victime et à nourrir une haine à son égard, avait reconnu avoir porté le dernier coup. Avant de s'enfoncer dans un certain mutisme. Mais son avocate a joué juste en démontrant qu'Algret était décédé après une multitude de coups. Résultat, «Chiffon» gagne dixans sur la peine requise par l'avocat général et écope d'ubuesques amendes pour coups et blessures. Voilà qui ajoutera au désarroi de la partie civile.

Joël Bogaert dit «Jo», 34ans: 20 ans de réclusion.
Au verdict, son perpétuel rictus ne l'a pas quitté. Pas sûr, pourtant, que l'ancien bras droit de Freitas se réjouisse de cette lourde peine tant il pensait que sa rédemption le servirait. Le Rouennais a toujours parlé d'un enlèvement prémédité et désigné Freitas. Mais son passé, il a tué son meilleur ami à l'âge de 19 ans, ne plaidait pas en faveur de ce garçon au vocabulaire cru. Au début du procès, il était celui qui attisait toutes les haines, l'homme qui avait balancé les autres et dénoncé des actes de tortures qui n'auraient jamais été décelés sans lui. Et que personne ne veut endosser. Ses années de prison s'annoncent difficiles. «Si vous voulez me buter les gars, ne me le dites pas, a-t-il prévenu. On est dans un pays de droit. Désormais, je me battrai en portant plainte pour menaces et non plus avec les armes. Finie la criminalité».

Rachid Harafane dit «Scarface», 38 ans: 20 ans de réclusion.
Le Franco-Marocain reste une énigme. Il est celui que l'on aura le moins entendu, reclus dans son coin, comme perdu. Venu de Rouen à la demande de son copain Bogaert, il a été de toutes les scènes du crime. Acquitté des actes de tortures, il s'en tire bien. Son témoignage a permis d'attester de la présence de Freitas sur le terrain à Nantes. «Tout le monde n'a pas dit la vérité, certaines sont dures à dire», a conclu cet ancien toxicomane, condamné en 1995pour un braquage.

Pierre Kolyé dit «Peter», 30ans: 10 ans de prison.
Ce Camerounais d'origine présentait le plus petit casier judiciaire. Sans acte de violence. Sitôt à Nantes, il avait disparu. «Je suis désolé de cette tragédie. Je ne dis pas que je suis innocent mais je n'ai jamais voulu sa mort».

  • Yves Madec
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