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Affaire Algret. Procès à haut risque [Vidéo]

7 octobre 2009 à 11h11

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Le procès, qui s'est ouvert le 6 octobre à Quimper, va braquer ses projecteurs sur le monde glauque des bars à hôtesses. Fin 2005, Bernard Algret, dit «Bernard le Nantais», une figure des nuits chaudes brestoises, était enlevé à Bénodet (29), torturé, tué et jeté dans la Loire, près de Nantes.

C'est probablement l'une des affaires les plus sordides de ces dernières années que la cour d'assises du Finistère aura à juger, à partir de demain. Les faits s'étaient déroulés en décembre 2005, à quelques jours de Noël. Bernard Algret, 59 ans, ancien patron de trois bars à hôtesses à Brest, avait mystérieusement disparu. Dans la maison qu'il louait à Bénodet, ses proches avaient trouvé des traces de lutte et énormément de sang. Le sien.

Coup de barre mortel

Quatre mois plus tard, fin avril, un promeneur découvrait son cadavre, lesté et entravé, en bord de Loire, à 45 km de Nantes. Quelques jours après cette macabre découverte, cinq suspects étaient interpellés. L'enquête révélait que Bernard Algret avait été roué de coups et torturé avec une barre de fer, une matraque électrique et une perceuse. Victime d'un coup de barre de fer mortel à la tête, Bernard Algret avait ensuite été jeté dans la Loire. Selon l'instruction, il aurait été tué en raison de différends qui l'avaient opposé à l'un de ses anciens employés brestois, Christian Soler, et surtout à un autre patron, nantais, de bars à hôtesses, Antonio Freitas. Ce dernier reprochait à Bernard Algret de l'avoir dénoncé et envoyé deux fois en prison.

L'ombre du «milieu» nantais

Antonio Freitas, 41 ans, dit «Tonio», n'est pas n'importe qui. Il est l'un des survivants du «milieu» nantais. Recruté comme gros bras à la fin des années 80 par un certain «King Kong», de son vrai nom Michel Chabot, chef des portiers des nuits nantaises, Tonio s'illustre rapidement, en participant à des rackets, à des vols avec violence, et en montant au braquage. Spécialité: le saucissonnage de commerçants. Pour ces faits, la cour d'assises de Loire-Atlantique lui inflige, en 1993, douze années de réclusion criminelle. Deux ans plus tard, il est coïnculpé du meurtre d'un patron de restaurant nantais, Michel Zinetti, ancien associé de l'étoile montante du milieu dans les années 75. Tonio sera cette fois-ci acquitté, faute de preuves, par la cour d'assises. Le corps de Zinetti n'a jamais été retrouvé. À sa sortie de prison, au début des années 2000, Tonio multiplie les déplacements en Espagne. C'est à cette époque qu'il achète deux bars de nuits à Nantes. Et c'est dans ce secteur qu'il comptait se développer. Jusqu'à son interpellation et son incarcération en 2006, dans le cadre du meurtre de «Bernard le Nantais». Depuis, Tonio a effectué pas moins de 18 demandes de remise en liberté. Toutes refusées.

«Jo», «Scarface», «Peter» et «Chiffon»

Trois autres personnes sont renvoyées devant la cour d'assises du Finistère pour «enlèvement et séquestration suivis de mort»: Rachid Harafane, Joël Bogaert et Pierre Kolye. Ce dernier, âgé de 30 ans, dit «Peter», est le seul à avoir un casier judiciaire vierge. Ce Nantais s'était entiché d'une des hôtesses de Tonio. C'est pour la «racheter» qu'il aurait accepté de faire partie du commando à Bénodet. Selon lui, il n'était question que d'un simple cambriolage. Rachid Harafane, un Rouennais âgé de 38 ans, surnommé «Scarface», est une connaissance carcérale de Tonio. Tout comme Joël Bogaert, 33 ans, dit «Jo». L'instruction le présente comme un individu connu pour sa violence, homme de main de Tonio face aux débiteurs récalcitrants. Christian Soler, 46 ans, dit «Chiffon», au passé judiciaire chargé, est également accusé d'assassinat. Malgré leurs contestations, Antonio Freitas et Rachid Harafane sont aussi accusés d'actes de torture et de barbarie. Tous encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Sécurité. Un tribunal sous bonne garde

Un important dispositif de sécurité est attendu pour les trois semaines de ce procès à haut risque. Autour des accusés, mais aussi dans et à l'extérieur de l'enceinte.

Le tribunal de Quimper a déjà eu un avant-goût de ce qui l'attend demain. Le 12 mai 2006, jour du déferrement des accusés au parquet puis devant le juge d'instruction Richard Foltzer. Dans un palais de justice à l'allure de forteresse, des dizaines de policiers et de gendarmes armés avaient investi les lieux, tous aux aguets. Un mois plus tard, la reconstitution du meurtre à Bénodet avait nécessité la présence de quarante gendarmes de la compagnie de Quimper, aidés par deux maîtres-chiens. Une escorte de quinze militaires avait accompagné les protagonistes. Quimper s'apprête à accueillir une affaire comme elle en a rarement vu ces dernières années. Des hommes d'un tout autre calibre que ceux qui côtoient habituellement la juridiction quimpéroise. Même dans le cadre d'un procès d'assises. «Ce sont des truands, pas des enfants de choeur», avait prévenu l'ancien procureur de Quimper, Anne Kayanakis.

Box modifié couloirs condamnés

D'où la présence attendue d'hommes du GIPN aux côtés des policiers finistériens mobilisés, notamment ceux de la nouvelle section départementale d'intervention. Depuis plusieurs semaines, tous travaillent sur le dispositif de sécurité. Les lieux ont été repérés à plusieurs reprises. Première mesure, la modification du box, espace trop confiné pour les cinq accusés. D'autant que chacun d'entre eux sera constamment entouré de plusieurs gardes du corps. Un second box a été créé, juste devant le premier. Ils seront trois dans l'un, deux dans l'autre. Durant les pauses, chacun sera conduit dans un endroit différent du bâtiment. Parmi les autres mesures, l'interdiction de stationnement rue du Palais, la condamnation des couloirs jouxtant la salle d'assises et le «nettoyage» des autres axes. Comprenez la suppression de tout mobilier pouvant servir de cache ou entraver une poursuite. Le personnel du palais est invité à garer son véhicule en dehors de l'enceinte. Pour autant, le tribunal ne s'arrêtera pas de vivre. Les activités habituelles se poursuivront. «Le procès est public, on ne peut pas interdire l'accès. Forces de l'ordre, portique, la sécurité sera adaptée», assure le procureur de Quimper, Éric Tuffery. Et la protection des jurés? «Nous y avons réfléchi, mais je ne pense pas qu'il y ait un risque. Si certains se sentent suivis, un dispositif adapté pourra être envisagé».

Une lettre au Télégramme

Le procès s'annonce houleux. Il y a quelques jours, Christian Soler adressait au Télégramme une lettre de dix pages déchargeant Antonio Freitas de toute responsabilité dans cette affaire. Il désigne désormais Joël Bogaert comme principal instigateur et meurtrier de Bernard Algret (ce dont il s'accusait auparavant). «Une version tardive, que rien ne vient corroborer et qui ne résistera pas à l'examen matériel des faits», réplique l'un des avocats du procès, qui évoque menaces et pressions sur différents mis en cause et témoins. La cour d'assises du Finistère a trois semaines devant elle pour faire «toute la lumière» sur ce crime.

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  • Tous les accusés du procès en assises qui s'ouvre demain à Quimper risquent la perpétuité. (Photo archives Christian Rose)
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