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Ridan. poète citoyen

Le poète citoyen Ridan fait son trou dans la chanson française. Sorti cette année, son deuxième album, « L'Ange de mon Démon », offre une nouvelle illustration de son art sombre et lumineux à la fois. Il est à l'affiche de Roc'han Feu à Rohan, près de Pontivy. Un festival éclectique où chanson, rock, pop, électro et reggae dépêchent quelques-uns de leurs meilleurs émissaires. Ridan y jouera le samedi, entre Beta Simon et Morgan Heritage. Entretien.

La saison des festivals d'été est lancée. Aimez-vous cette période ? Ce sont de loin mes rendez-vous préférés parce qu'ils sont à la fois festifs et populaires. Je trouve que le festival est ce qui convient le mieux à mon univers musical.
Quel répertoire allez-vous interpréter samedi prochain à Rohan puis le 10 août à Crozon ? Essentiellement le nouvel album avec les chansons les plus fortes du premier. Il y aura peut-être des reprises, mais c'est rare, je n'en fais qu'au compte-gouttes. De toute façon je ne prépare le programme d'un concert qu'un quart d'heure avant de monter en scène.
Combien êtes-vous sur scène ? Cinq musiciens, moi compris. Ce qui donne deux guitares, un clavier, une basse et une batterie.
Votre dernier album, « L'Ange de mon Démon », est aussi paradoxal que son titre. Les musiques de vos chansons donnent la pêche alors que vos textes auraient tendance à plomber le moral. Que recherchez-vous ? Mon écriture reste réaliste. J'aborde des thèmes qui sont proches de nous, de nos petits univers, mais j'essaie d'y ajouter une pointe d'artistique pour regarder notre société avec plus de recul. J'ai tout à fait conscience que certaines réalités de nos vies peuvent être accablantes lorsqu'elles sont paraphrasées musicalement. Du coup, je préfère prendre le contrepied en donnant une première écoute musicale attractive. Elle donne de la distance par rapport aux textes. Je commence toujours une chanson en écrivant le texte. La musique vient après.
Votre chanson anti-raciste, « Rentre chez toi », est très percutante. Vous-même, où vous sentez-vous chez vous ? En Seine-et-Marne. C'est là que j'ai mon écosystème, mon équilibre entre ville et nature. Cela me correspond bien parce que s'il y avait trop de campagne, j'aurais peur de m'emmerder...
La tentation de devenir « agriculteur » exprimée dans votre premier album n'est-elle plus d'actualité ? Je pense que si. Ce qui me botterait, c'est d'avoir une vraie ferme près d'une ville qui bouge.
Dans « Soixante millions d'amis », votre refrain est : « Quelle chance d'habiter la France ». A quel degré faut-il l'écouter ? Il y a plusieurs niveaux. Evidemment, la chanson fait référence à celle de NTM. Mais, après avoir vécu et partagé des moments forts dans différents pays de cette planète, je pense que c'est une grande chance d'habiter la France. Maintenant, ce n'est pas parce qu'on en a conscience qu'il faut se reposer sur ses lauriers. Aimer la France, c'est continuer à défendre les valeurs chères à cette nation depuis trois siècles. Des valeurs qui n'appartiennent pas au gouvernement actuel, ni au précédent, ni au futur, mais au peuple français lui-même.
Qu'est-ce qui vous a donné envie de mettre en musique le poème de Du Bellay « Heureux qui comme Ulysse » ? J'ai ouvert les portes de l'écriture à travers la poésie. Ce poème de Du Bellay est l'un de mes plus vieux souvenirs. J'ai dû l'apprendre en classe de cinquième et depuis, il n'est plus jamais sorti de ma mémoire. Il a mûri avec moi au fil du temps. Je trouve que la notion d'Ulysse est universelle. On devrait tous prendre nos vies comme un parcours initiatique semé d'embûches. Et se servir de nos échecs pour construire nos réussites futures. Je ne trouve pas que les chansons d'aujourd'hui ont la même résonance intérieure que le poème de Du Bellay. En en faisant une chanson, c'est un bon moyen de mêler l'utile à l'agréable, tout en remettant au goût du jour une certaine culture qu'on a tenddance à oublier.
On vous prête de beaux héritages : Brassens, Brel mais aussi Zebda et Manu Chao. Dans lesquels vous reconnaissez-vous ?Si je mets ma modestie de côté, je dirai certainement dans tous. Pour moi, Brel, c'est d'abord un immense interprète. Je dis souvent que le chanteur le plus grandiose que j'aurais aimé rencontrer, ça aurait été Brel chantant Brassens ! Avec Zebda et Manu Chao, on est déjà dans des tranches d'âge beaucoup plus proches de la mienne. Je me retrouve en eux à travers une certaine énergie et une démarche sociale et citoyenne.
Quelle est la part du rap dans votre chanson française ? J'ai commencé par la poésie, une écriture stylisée très technique. Avec le rap, j'ai découvert la spontanéité. La chanson française que je pratique est l'amalgame des deux, avec l'apport de la mélodie. Dans le rap, qui est « unitonique », on n'a pas vraiment la possibilité de jouer sur la mélodie.
La chanson d'amour est le fond de commerce de la chanson française, mais pas chez vous. Pourquoi lui préférez-vous la chronique sociale ? Avec « Woman », j'ai fait une chanson d'amour dans mon premier album. Mais je ne voulais pas que cela devienne systématique. Maintenant, l'amour ne se réduit pas à une relation entre deux êtres. Dans « L'Ange de mon Démon », il y a énormément d'amour : c'est l'amour des autres.

Propos recueillis par Frédéric Jambon


« Aimer la France, c'est continuer à défendre les valeurs chères à cette nation depuis trois siècles ». (Photo Claude Prigent)
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