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Sinéad O'Connor. « Il y a très peu d'artistes »

L'Irlandaise Sinéad O'Connor est l'une des chanteuses majeures du dernier quart de siècle. Elle possède une voix hors du commun, entre celtique et blues. Ses créations s'imposent d'emblée comme des classiques. Aussi incapable de médiocrité que de compromis avec ses idées, elle sort son douzième album, « Theology ». L'artiste charismatique jouera cet été aux Vieilles Charrues de Carhaix et au Festival Interceltique de Lorient. Interview.

Votre nouvel album, « Theology », est-il un disque religieux ? Je ne sais pas quel adjectif le qualifie le mieux. La meilleure des descriptions est encore de dire que c'est un album théologique si on s'en tient à la définition du dictionnaire. Elle indique que faire de la théologie, c'est penser à Dieu et en parler.
C'est ce que je fais dans le disque. Par contre, entre l'expression de ma vision de Dieu et la religion, il y a une marge. Pourquoi vouloir exprimer votre propre vision de Dieu ? C'est quelque chose qui m'a toujours tenu à coeur. Depuis mon enfance, j'ai eu en tête de faire un disque qui serait inspiré par les sculptures des églises. Tout simplement parce que je les trouve belles. J'ai eu envie d'essayer de faire quelque chose de beau, « Something beautiful » (NDLR : titre de la chanson qui ouvre chacun des deux CD). « Theology » est un double CD où vous interprétez deux fois le même répertoire, en acoustique dans les « Dublin sessions », plus rock dans les « London sessions ». Pourquoi deux versions ? Pour être honnête, c'est un accident. Au départ, je ne pensais faire que la version acoustique. Puis je suis allée en Angleterre rencontrer mon producteur londonien, Ron Tom, dans l'idée de parler avec lui d'un futur album. En studio, pour voir comment nous pouvions travailler ensemble, j'ai repris les chansons de « Theology » pour qu'il puisse tester ses propres arrangements. Quand on a fini les démos, il a fait un vrai forcing pour produire ces titres lui aussi. Il était au bord des larmes ! Alors j'ai dit OK, je présente les deux versions. Les chansons sonnent différemment dans les deux sessions. Laquelle préférez-vous ? C'est vrai qu'elles sont très différentes, mais j'aime autant les deux sessions. Je peux quand même vous citer la chanson que je préfère sur l'ensemble des deux CD : c'est « 33 », dans sa version acoustique. Vos albums précédents étaient consacrés à des chansons traditionnelles irlandaises puis à du reggae. Vous appréciez toutes sortes de musique ? Complètement. Je suis très ouverte. En France, vos albums sont distribués par la maison de disques bretonne Keltia Musique. Pourquoi avoir choisi de travailler avec un petit label plutôt qu'avec de grosses multinationales ? Keltia est une maison de disques fantastique qui fait un excellent boulot avec mes albums. En plus, j'y entretiens des relations personnelles excellentes, comme avec Eleanor Le Meur. Je préfère franchement travailler avec des petits labels qu'avec des majors qui paieraient l'enregistrement et voudraient prendre le contrôle de l'album. « Theology », je l'ai réalisé avec mon propre argent, si bien que j'ai pu faire très exactement ce que je voulais. Si j'avais annoncé à une multinationale mon intention d'enregistrer un disque théologique, on m'aurait dit d'aller au diable ! Les plus petits labels, eux, ne vous poussent pas tout le temps à faire des disques pop. Ils sont heureux avec ce que vous leur présentez et apportent un soutien véritable, Keltia tout particulièrement. Quelle est votre définition d'une bonne chanson ? Gosh, voilà une question très difficile... Je ne sais pas vraiment puisque c'est relatif. Une chanson nulle pour les uns pourra sembler bonne à d'autres. Par exemple, lors de la dernière édition de l'Eurovision, beaucoup de gens ont apprécié le titre qui a gagné alors que moi je ne peux pas le supporter. Je crois que ma définition personnnelle d'une bonne chanson, ce serait une chanson qui me fait oublier tout le reste pendant trois minutes. Parce qu'elle me met en rupture avec tout ce qui se passe à côté. Peu importe qu'elle soit drôle, ou triste, ou en colère. Elle n'a pas besoin d'être sérieuse, intelligente ou profonde, du moment qu'elle offre cette évasion. Selon vous, quel est le rôle d'un artiste ? Je suppose que c'est d'être lui-même. Exprimer qui il est avec sa personnalité particulière. Jusqu'à prendre des positions abruptes ? Comme vous-même lorsque vous aviez déchiré la photo du pape en direct à la télé américaine ? Absolument. Etre un artiste passe aussi par faire des choses comme ça. Seulement, très peu d'artistes agissent comme vous l'avez fait... Eh bien je suppose que c'est parce qu'il y a très peu d'artistes. Vous voyez ce que je veux dire : beaucoup d'appelés mais peu d'élus, non ? Vous partez en tournée internationale. Les billets de vos concerts du mois de juin à Los Angeles et à New York se sont arrachés dès leur mise en vente. Comment le vivez-vous ? Je ne sais pas... Ça fait peur (rires) ! Bien sûr que c'est bon, mais en même temps, c'est effrayant ! Vous êtes à l'affiche des Vieilles Charrues de Carhaix et du Festival Interceltique de Lorient. Connaissez-vous ces festivals ? Seulement l'Interceltique parce que je m'y suis déjà produite. Mais je dois avouer que je ne suis pas une familière de la Bretagne. Je n'y ai pas passé beaucoup de temps. Qu'allez-vous nous jouer ? Il n'y aura que cinq chansons de « Theology ». Tout le reste, ce sont des morceaux plus anciens, « Nothing Compares 2 U » inclus. Ils sont issus de différents albums, même du premier.

Propos recueillis par Frédéric Jambon


« Si j'avais annoncé à une multinationale mon intention d'enregistrer un disque théologique, on m'aurait dit d'aller au diable ! ». (Photo Kevin Abosch)
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