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Jean-Louis Mourier. A Tonnerre de Bulles

Près de trente auteurs de bandes dessinées rencontreront les amateurs du neuvième art samedi et dimanche à Brest au Festival Tonnerre de Bulles. Les dédicaces de Jean-Louis Mourier y seront très convoitées. Il est le dessinateur de la série à succès « Trolls de Troy » dont le dixième tome paraîtra en juillet prochain. De quoi ravir les fans de 7 à 77 ans et plus. Son autre collection, « Les Ffeux d'Askell », avec la sensuelle Cybil, ne concerne pas les enfants. Entretien.

Vous participez au Festival de la BD Tonnerre de Bulles que la Marine Nationale organise à Brest. N'est-ce pas logique pour une personne qui vivait dans un décor de tableaux du Peintre de la Marine Jean-Louis Paguenaud *? C'est un heureux hasard, en effet, parce que je peux dire que j'ai vraiment baigné dans l'univers de Paguenaud.
Il logeait chez mes grands-parents et leur versait un loyer sous forme de tableaux. Il y avait des marines, des vues de mer en tempête, et surtout des bateaux civils : voiliers, vapeurs, bateaux de pêche... Excellent pour l'imaginaire ! Ça fait germer beaucoup de choses. Jusqu'à vous donner l'envie de devenir dessinateur de BD ? Ça a dû y contribuer. Mais mon père avait déjà le virus du dessin. Il me l'a refilé. Il était grand lecteur de BD et j'ai pioché dans sa collection très tôt. Le déclic de ma vocation s'est fait vers 13 ans. J'étais lecteur de Pif. Il y avait dedans des BD réalistes comme Rahan. Je suis tombé alors amoureux, non pas d'un personnage ou d'une histoire, mais d'un trait de dessin. A partir de là, j'ai su que je voulais faire ça. Au bout de combien de temps y êtes-vous arrivé ? Ça a été un long chemin ! J'ai suivi les Arts Appliqués à Paris tout en faisant parallèlement de la BD pour moi dans de petits fanzines, et des illustrations à droite à gauche. Mais ça n'a marché concrètement que très longtemps après. J'avais 30 ans au moment de ma première édition. C'était « Les feux d'Askell », dont le quatrième tome se fait attendre depuis 1995... Oui, c'est repoussé à chaque fois (rires). Parce que les Trolls sont arrivés. L'idée au départ était d'alterner « Les Feux d'Askell » et les Trolls, mais ceux-ci sont décidément très voraces... Ils occupent désormais l'essentiel de mon temps. Je n'ai pas d'autres travaux parallèles en BD. Comment présenteriez-vous ces brutes anthropophages sympathiques que sont les « Trolls de Troy » aux lecteurs qui ne les connaissent pas ? Déjà, c'est plus une série d'humour que d'heroic fantasy. Dans l'esprit, on est plus proche d'Astérix que de Conan le Barbare. Les Trolls sont forts, courageux et en même temps hyper naïfs. C'est aussi ce qui les rend attachants. Ils tuent quand même beaucoup... Oui, mais c'est traité avec légèreté. On désamorce toujours. Ripailles et massacres s'effectuent dans la joie, sans méchanceté. Quelles sont vos sources d'inspiration pour créer vos personnages et animaux ? Tout ce qui nous entoure en fait. Je suis un fan de documentaires. Dans la nature, on trouve des animaux encore plus fantastiques que ceux que je fais sur le papier ! Dans la série des Trolls, avez-vous un personnage préféré ? Pas spécialement. Par période je suis plus attaché à l'un ou l'autre selon l'étape de son développement. Par exemple, il a fallu deux ou trois albums avant que Pröfy ne trouve vraiment le physique de son caractère. Il s'est transformé beaucoup, comme tous les autres. Et puis il y a les gamins qui sont arrivés après : ça aussi c'est rigolo. Collaborez-vous aux scénarios de Scotch Arleston ? Oui. On fait un brain storming autour d'une table, pour trouver des bêtises qui nous font rire. Puis, on essaie de construire une histoire autour de ces bêtises. On trouve des prétextes à gags. Ensuite, les histoires évoluent au fur et à mesure. Les Trolls, c'est un peu comme un road-movie. On connaît la direction mais la route peut être sinueuse. Breff, au début on partage des idées, puis Arleston développe le scénario et les dialogues à partir desquels j'élabore les planches. Vous faites les dessins, mais pourquoi pas aussi les couleurs ? Au départ, les « Trolls de Troy » étaient une série parallèle à Lanfeust, créée par Arleston et le dessinateur Didier Tarquin. Pour que ça reste le plus proche possible, l'éditeur a voulu garder le même coloriste. C'est une première explication. L'autre, c'est que j'ai fait les tomes des « Feux d'Askell » en couleur directe. Et si je trouve la gouache jolie, c'est aussi très long ! Je me suis dit, autant ne faire que du dessin en noir et blanc, ça va me défouler tranquillement (rires). Donnez-vous des consignes au coloriste Paul Guth lorsque vous lui confiez vos planches ? Il y a une petite mise au point au début. Je donne des indications précises sur le temps, si c'est la nuit ou le jour, s'il est important qu'un personnage soit habillé de telle manière. Mais Paul Guth est un illustrateur qui sait très bien déchiffrer le dessin et il fait un peu ce qu'il veut. J'ai toujours des surprises avec lui. Je pense à des couleurs pour certaines scènes, lui m'en envoie d'autres qui fonctionnent aussi très bien. Quelles ventes vos BD réalisent-elles ? Pour les Trolls, un peu plus de 150.000 exemplaires par numéro. C'est vrai que c'est beaucoup, on fait partie du petit club on va dire (rires). Par contre, beaucoup moins pour « Les feux d'Askell ». Lorsqu'on a arrêté la série, on devait être à 12.000 par numéro. Mais avec le phénomène des Trolls, il y a toujours des gens qui sont curieux de savoir ce que le mec dessinait auparavant. Si bien que « Les feux d'Askell » doivent être maintenant à 30.000 exemplaires vendus par tome. Quelles sont vos trois séries de BD préférées ? Je ne parle pas de BD actuelle mais de ce qui m'a marqué : d'abord Rahan, le déclencheur, Valérian aussi, et puis Astérix. Je suis très classique dans mes références ! Participez-vous régulièrement à des salons de la BD ? Oui. La rencontre avec les lecteurs est toujours très intéressante. Et puis , c'est l'occasion de voir les collègues et de découvrir des régions. J'habite Marseille et n'ai encore jamais mis les pieds à Brest. Ça va être une première ! * Jean-Louis Paguenaud (1876-1952) a été nommé Peintre de la Marine en 1922.

Propos recueillis par Frédéric Jambon


« On fait un brain storming autour d'une bonne table pour trouver des bêtises qui nous font rire. Puis on essaie de construire une histoire autour de ces bêtises ». (Photo F. Proux)
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