Trois de vos sculptures, silhouettes en mouvement, accueillent le public dans la cour du Château Gaillard de Vannes. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?L'exposition vannetaise s'intitule « Hauts murs ». J'ai appelé ces trois sculptures en bronze « Continuum » (photo ci-contre). Ce sont
trois figures emblématiques de l'homme qui marchent dans l'espace clos de la cour du château. C'est une entrée en matière par les « Hauts murs » du lieu qui donnent à l'exposition vannetaise son titre et son thème. L'aspect de la Trinité me semble intéressant mais il n'y a pas là de relation spirituelle définie.
Comment est née cette forme qui, d'un trait, semble synthétiser l'homme ? C'est une approche de l'art que j'ai eu tout jeune avec le travail à la forge. On y trouve fondamentalement cette origine linéaire avec des accidents, des noeuds ou des ramifications. Petit à petit s'est établie une relation de la ligne au vide. Comme l'homme, cette ligne courbée part de la terre et revient à la terre. Le retour de la forme crée un vide intérieur. Au contraire du vide occidental qui est souvent vu par la religion chrétienne comme un manque ou un aspect négatif, je le conçois, et on le voit dans le développement de mes peintures, comme un aspect positif plutôt lié à l'art oriental.
A l'intérieur du Château Gaillard, vos oeuvres changent de matières et de formes. Comment abordez-vous ce thème des « Hauts murs » ? J'ai voulu présenter le mur en tant que nécessité intérieure, un mur de mémoire également, de relation de l'individu avec une surface et un volume. A l'opposé du bronze, j'utilise une matière précaire, le papier mâché que je malaxe, colore dans la masse et que j'accumule. La notion de mur est ici abordée de façon métaphorique. Les « Hauts murs » visibles ou invisibles ne sont en fait pas si hauts. Ils peuvent évoquer la coercition mais aussi la protection.
Comment avez-vous opéré le choix des couleurs ? On y retrouve l'aspect de la couleur de la fresque italienne, les terres, le noir, le rose et l'oranger, de l'ombre à la lumière. En écho aux sculptures répondent des peintures acryliques. Elles ont été peintes après la réalisation des sculptures, comme le reflet de l'image, sans un aspect descriptif de la sculpture. C'est aussi la façon dont je conçois la peinture. Elle vit par elle-même.
Dans le cadre de L'art dans les chapelles vous allez exposer à Notre-Dame du Cloître, en Quistinic, entre Pontivy et Lorient. Que va y trouver le public ? C'est la dernière des chapelles entrée dans le circuit. Située dans un endroit extraordinaire, elle date de 1638. Elle a la particularité de posséder un grand mur soulignant une dramaticité. J'y ai installé des « Figures appuyées », structures d'acier revêtues de papier mâché. Il y a là une métaphore poétique inspirée d'une photographie d'Elie Kagan qui représente des hommes appuyés au mur du métro Concorde lors d'une rafle. Cela s'est passé à Paris le 17 octobre 1961. Des travailleurs immigrés algériens furent réprimés dans le sang et la honte par les forces de l'ordre. L'art questionne l'histoire, la philosophie, la pensée. Il est politique par sa propre expression. Ce qui me questionne aussi dans le temps, c'est l'histoire profane dans le sacré. Cette chapelle fut un hôpital de la Résistance entre juin et juillet 1944. Le lieu favorisait la clandestinité mais la fin fut dramatique car, encerclés par les Allemands, les résistants blessés furent exécutés. Cet aspect de l'histoire dans l'art me seemble fondamental. Ne pas oublier, sans que cela devienne un mémorial.
Et qu'allez-vous présenter à Hennebont ? Dans la tradition de L'art dans les chapelles, la galerie Pierre Tal-Coat est intégrée comme lieu d'exposition d'oeuvres sur papier puisque la destination de cet endroit est une artothèque (prêt d'oeuvres). J'y exposerai des diptyques verticaux sur papier et des sculptures au sol en papier mâché, sous le titre « Séries », en référence à la notion sérielle qui parcourt mes recherches. La lumière s'y développera jusqu'à l'ombre. J'y apporte également un élément musical à travers la création d'un jeune compositeur flûtiste de l'orchestre symphonique de Lugano (Suisse italienne). Flûte et violoncelle y sont reliés par l'électronique en un fragment musical de huit minutes, sans début, ni fin qui sera diffusé en boucle pendant toute la durée de l'exposition. Je ne conçois pas cette oeuvre musicale comme un accompagnement mais comme un élément, une superposition dans l'espace et le temps.