Propos recueillis par Catherine Richard Votre album est déjà Disque d'Or et la liste des concerts prévus jusqu'en décembre est impressionnante. Dans quel état d'esprit envisagez-vous l'année 2007 ? Je suis surtout très curieux parce que c'est nouveau pour moi. Je ne peux pas dire qu'on soit serein
parce que c'est angoissant de savoir que les gens nous attendent. Mais c'est aussi assez jouissif de savoir qu'ils ont envie de nous entendre. Le plus perturbant, c'est que maintenant on a un emploi du temps (rires) ! Je ne suis pas habitué à ça. D'avoir subitement une vie aussi organisée, ça fait bizarre. On découvre tous les jours un peu mieux ce que représente une tournée et c'est fascinant.
Vos morceaux inspirent un monde intérieur et l'album a été enregistré en home studio. Qu'est-ce que ça fait de confronter cet univers intimiste à des milliers de spectateurs ? C'est vrai que c'est étrange. J'ai eu très peur à la sortie de l'album. Je pensais que mes textes étaient trop personnels pour toucher les gens. Mais c'est là qu'on se rend compte qu'en fait, on n'est pas si différent les uns des autres. Et puis le public est avec nous. Au début, les médias nous disaient « vous allez devoir défendre votre album, on vous attend au tournant ». Ça me faisait peur car je ne connaissais pas du tout la scène. Mais ce sentiment s'est vite évaporé. Je n'ai pas eu l'impression d'avoir à défendre quelque chose. Depuis le début de l'histoire, la bulle a juste grandi mais ça reste une bulle. Les gens rentrent dedans. Enfin... ceux qui veulent !
Quelles émotions vous procure la scène ? Je ne sais pas comment les décrire. Si ça pouvait être visuel, il y aurait une espèce de roue entre la scène et le public. Comme une énergie, un échange entre donner et recevoir, l'impression d'une osmose. C'est intense. Notre désir premier était de faire oublier au public l'aspect physique de la salle. Comme quand on va voir un film : on n'est plus dans un cinéma mais dans une histoire. Parfois, on a l'impression d'être à côté de nous-mêmes, de voir chacune des personnes devant nous. Celles qui se roulent des pelles (rires), celles qui pleurent ou qui rient. Et puis l'espace-temps est complètement différent. On a l'impression que les concerts durent 30 secondes.
Les thèmes du film de Philippe Lioret correspondent à votre univers. Connaissiez-vous le scénario avant de lui proposer « U-Turn (Lili) » ? Non pas du tout. On lui a proposé la maquette parce qu'il voulait écouter ce qu'on faisait. Mais la chanson existait déjà.
Donc c'est lui qui a flashé sur votre musique... Oui, c'est ça (rires). Ça fait bizarre de le dire ! On ne pensait pas que ça allait prendre une telle tournure. Je suis très heureux de ce qui arrive mais pas une seconde je n'aurais pensé que ça allait prendre une ampleur pareille. C'est complètement dingue, une histoire rêvée !
Pourquoi les titres sont-ils essentiellement anglais ?
Mon père est américain et ma mère française, donc j'écris naturellement en anglais.. Mais on a des chansons en français. Quand on a réalisé l'album, on s'est demandé s'il fallait faire moitié moitié. Mais on voulait que l'ensemble soit assez homogène, donc on a décidé de n'en garder qu'une seule en français. Finalement, ça lui donne une belle place. Elle ressort par rapport aux autres. On a des morceaux français qui ont été enregistrés, maquettés et qu'on joue sur scène. Ça sera peut-être dans un autre album...
Vous composez des chansons chargées d'émotion qui conviennent bien au cinéma. Envisageriez-vous de retravailler sur un long-métrage ? Je sais qu'Olivier voudrait composer une vraie BO. Moi j'ai des projets en tant qu'acteur et j'ai écrit un scénario que je compte bien tourner. Donc pourquoi pas. L'idée, c'est d'être libre. Ce serait génial de pouvoir tout faire de A à Z. De se marrer à faire la BO d'un film qu'on aurait écrit et dont on serait les acteurs. Ça pourrait être très drôle !
En parallèle à tous ces projets, vu le succès de l'album, vous devez avoir envie de poursuivre l'aventure d'AaRON, non ? Oui bien sûr ! Mais avec Olivier, on se réserve du temps pour se nourrir d'autres choses, pour qu'on ne devienne pas esclave d'AaRON et qu'on puisse s'amuser ailleurs. Et puis c'est agréable aussi de pouvoir partir (et sur un ton plein d'emphase) : partir pour mieux revenir n'est-ce pas (rires). Donc non, même si on a plein d'autres projets en tête, on ne compte pas en rester là. On a envie de se marrer encore.
Quelles sont vos références musicales ? Je n'ai jamais cherché à me ranger dans un genre particulier. Mais toute mon enfance, j'ai été bercé par Billie Holiday, les Doors, Janis Joplin, Brel, Brassens, Piaf, Nina Simone... Ensuite, j'ai découvert Jeff Buckley et dernièrement, Antony and the Johnsons que j'adore. Dans le cinéma, j'aime bien les films de Tim Burton, Kusturica, Elia Kazan... Dans la peinture, Basquiat me parle beaucoup et en photo, c'est Nan Goldin.
Quels sont vos derniers meilleurs concert et albums ? Le meilleur concert, c'est justement Antony and the Johnsons à l'Olympia. C'était magnifique. Autrement, j'aime bien le dernier Björk, Scott Matthew, Jerho... Mais en ce moment, j'écoute beaucoup La Callas (rires) ! Je trouve ça sublime.
Connaissez-vous un peu la Bretagne ?
Bien sûr que je connais ! J'ai même une maison là où ils s'embrouillent tout le temps pour savoir si c'est la Bretagne ou pas (rires), au bord de la mer près de Nantes. Je trouve ça très agréable d'y aller. Le ciel est tout le temps changeant et c'est là qu'on trouve les plus belles lumières en France. C'est vraiment chouette.
Samedi 26 mai au Festival Art Rock à Saint-Brieuc. Vendredi 29 juin au Festival Roc'han Feu à Rohan. En novembre : le vendredi 16 aux Arcs à Quéven et le samedi 17 à La Carène à Brest.