Comment Julie Budet est-elle devenue Yelle *? Tout a commencé il y a deux ans. J'ai rencontré Grand Marnier - Jean-François Perrier de son vrai nom - qui avait tourné en Bretagne comme batteur du groupe Sitronapoo et qui est producteur. Quand on a décidé de travailler ensemble, j'ai commencé
à poser quelques voix sur des productions électro à lui. Puis on s'est orienté vers un projet monté autour de moi. On a travaillé plusieurs morceaux jusqu'à ce qu'on ait l'idée de faire « Je veux te voir ». On a mis la chanson en ligne sur Myspace en septembre 2005.
Qu'attendiez-vous de cette mise en ligne ?
On souhaitait juste offrir un point d'écoute aux copains qui sont loin. On n'a jamais pensé que ça allait avoir un tel effet... Mais c'est vraiment super ! Au bout d'une semaine où il ne s'était pas passé grand-chose, il y a eu 2.000 écoutes en deux jours sur le site ! Des gens qui avaient découvert la chanson l'ont balancée à des copains, l'ont mise sur des forums... Certains ont pris le morceau comme fond de page si bien que n'importe qui arrivait sur leur site déclenchait la musique. C'est comme ça que beaucoup de gens nous ont découverts. En quelques jours, ça a fait un effet toile d'araignée, ça s'est déployé complètement !
Parmi vos découvreurs sur Myspace, il y avait le label Source. Quand vous a-t-il contactée ?
Dès le premier jour où le buzz a commencé. On a d'abord cru à une blague mais pas du tout. On a rencontré l'équipe à Paris quinze jours plus tard. On a accroché, tout s'est enchaîné naturellement. Jusqu'à la sortie du single avec trois versions de « Je veux te voir » plus la chanson « Jogging » en septembre dernier.
Dans « Tu veux me voir », vous questionnez en termes crus la virilité de Cuizinier, membre du groupe de rap TTC. Est-ce qu'il apprécie la plaisanterie ?
Quand on a fait la chanson, c'était juste une petite réponse taquine et un peu provoc' aux propos machistes que peut tenir le groupe TTC. Mais ça a été écrit dans un esprit vraiment second degré, pour rire, il n'y avait pas d'animosité contre eux ! D'ailleurs, on ne se connaissait pas du tout. On a été en contact au tout début. On a adressé le morceau à Cuizinier avant de le diffuser et au départ, ça se passait plutôt cordialement... Mais d'après ce que nous racontent des copains sur Paris, il n'apprécierait pas trop notre petit succès... Il n'a plus qu'à apporter un démenti visuel.
Voilà, exactement (rires) !
Les textes de vos prochaines chansons auront-ils toujours un côté salace ?
Non, ce ne sera pas un fond de commerce. Dans l'album qu'on espère sortir avant l'été, les chansons parlent du quotidien d'une fille de 24 ans, de ses copains, de sa vie, de ses cours de sport, de son job... Ils sont écrits de manière imagée, avec des jeux de mots. Bon, il y aura toujours des textes sur les histoires filles-garçons qui pourront être un petit peu crus, mais il n'y a que dans « Je veux te voir » qu'on trouve quelques mots un peu grossiers (rires).
Comment composez-vous vos morceaux ?
C'est Grand Marnier qui compose toute la musique. Il écrit une partie des textes et moi je mets ma patte à la fin.
L'appellation officielle de votre style, c'est de la booty-pop délurée ?
C'est le terme qu'on nous a collé. L'album sur lequel nous travaillons va être très pop tout en restant électro.
Quelles influences revendiquez-vous ?
Lio et Alain Chamfort sont des artistes qui nous plaisent, qu'on écoute et qui nous nourrissent beaucoup. Mais il y a aussi des choses plus récentes : Katerine, Beck, les grands noms de l'électro comme Daft Punk. Et puis Madonna, Prince... En fait on a des tonnes d'influences !
Vous êtes la fille de François Budet. Pensez-vous reprendre un jour sa célèbre chanson « Loguivy-de-la-mer » en version électro ?
Je n'y ai pas encore réfléchi... Je ne sais pas si j'aurai un jour le culot de le faire (rires). En tout cas, je crois qu'il existe déjà une version ska de la chanson. Alors oui, pourquoi ne pas tenter quelque chose (rires) ?
Quel regard votre père porte-t-il sur ce qui vous arrive ?
Il est plutôt fier de ce qui se passe. Il s'est montré protecteur, nous a donné des conseils et nous soutient beaucoup. Il est très présent et c'est agréable.
En dehors de la musique, que faites-vous ?
Je travaille à Quessoy en tant qu'attachée de production de la compagnie d'Arts du cirque et clown Vis Comica. Mais je suis emploi jeune et mon contrat s'arrête à la mi-juin. A son terme, je vais m'investir à fond dans le projet Yelle et puis on verra bien ce que ça donnera.
* Yelle est la contraction du cri du joie « yeah ! » et du pronom « elle ».
Rendez vous avec Yelle. En mars : samedi 10 à Carhaix (lire ci-contre). Avril : le 6 au Festival Panoramas à Morlaix, le 7 au Festival Garorock à Marmande (47), le 13 à Copenhague (Danemark), le 21 au Printemps de Bourges, le 28 à l'Ubu de Rennes... Mai : le 25 au Festival Art Rock de Saint-Brieuc.
Site : www.myspace.com/iloveyelle