Comment s'est passé l'enregistrement de « La cerise » ? Stan.- Après la tournée « Archie Kramer », on a commencé à maquetter les nouvelles chansons au printemps 2006. Et puis on a rencontré le directeur artistique Thierry Garacino et le mixeur américain Scott Greiner. Ils nous ont rejoints à la
fin de l'été au studio Vega à Carpentras pour réaliser l'enregistrement.
Eric.-Au studio, on a essayé d'enregistrer au maximum en live parce que Thierry souhaitait retrouver et révéler sur cet album les personnalités des musiciens et toute l'énergie de la scène. On a surtout enregistré les rythmiques à Carpentras et on est revenu finir à Brest.
Est-ce que vous vous êtes fixé des objectifs artistiques pour ce nouvel album ? Stan.-Oui, tout à fait. On s'est dit : « On va faire du rock, comme on faisait jeunots dans le garage : basse, batterie, deux guitares. Et c'est tout
». Mais une fois au studio, on a rajouté des accords, des intervenants, des arrangements, des couleurs et du coup, on ne s'est absolument pas tenu à notre objectif initial.
Comme sur « Archie Kramer », on retrouve plusieurs invités. Comment s'est fait le choix ?
Stan.-On nous a parlé du trompettiste brestois Philippe Champion : on s'est dit que ce pouvait être intéressant d'utiliser la trompette dans un nouveau registre.
Eric.-Et puis il y a certains musiciens qu'on voulait faire revenir comme Nobby Clarke ou Jacky Bouilliol. Cette fois-ci, Nobby fait du hooliganisme avéré en jouant de tout ! Quant à Jacky Bouilliol, il s'est imposé naturellement sur plusieurs morceaux. Pour le mambo « La serpeta del barrio » par exemple, on voulait un piano cubain. Et quand on voit Jacky jouer avec Los Manchacouillous, on se dit qu'il est l'homme qu'il nous faut. Tout au long de l'album, on a cherché les évidences.
L'album ouvre avec « La cerise », premier single et titre du CD, qui suscite déjà le débat autour de la religion. Etait-ce votre ambition ?
Stan.-Ça faisait longtemps que je voulais écrire sur la religion. Mais cette chanson a été composée bien avant les polémiques sur les caricatures. De toute façon, des polémiques, il y en a toujours eu. Mais « La cerise », c'est plus une réflexion sur les incertitudes. On ne peut savoir s'il y a ou pas quelque chose après la mort. Donc on interroge notre conscience. Plus que la religion en elle-même, on évoque les doutes sur l'existence de quelque chose après la mort.
On trouve trois titres en anglais sur cet album, dont le furieux « Now we have a pen » qui incite à faire tomber les armes. A qui s'adresse ce message ?
Stan.- C'est sûrement lié au contexte international. On a eu beau faire « Alzheimer » sur le précédent disque, il y a toujours la guerre. Et c'est même pire aujourd'hui. Alors on remet une couche. Ça peut paraître facile ou démago, mais en même temps, c'est une évidence. Et on avait envie de le dire.
Autre morceau en anglais : le blues « Pony the Pra ». Quelle est l'histoire de ce morceau ?
Stan.-Je suis tombé sur « Book of blues » de Jack Kerouac, un recueil de « chorus » (comme il les appelle) qui sont en quelque sorte des poèmes. En lisant le poème « Pony the Pra », l'idée m'est venue de le mettre en musique. Et je trouvais que ça sonnait vraiment blues. Le teexte de Kerouac est en intégralité dans le dernier couplet de la chanson. J'ai écrit les deux premiers couplets. Je les ai montrés aux Américains et ils ont donné leur accord. Alors on l'a fait. Ce qui est marrant dans cette histoire, c'est que le poème a été écrit en anglais par Jack Kerouac, auteur américain aux origines bretonnes. Et aujourd'hui, son texte est repris en anglais et montré aux Américains par des Bretons. Le parallèle est amusant. Pour la musique, on a choisi de faire un blues parce qu'on aime ça depuis toujours. Or c'est vrai qu'on en a rarement fait. Mais maintenant, on est assez adultes pour faire du blues (sourire).
Au-delà des nouveaux instruments, vous semblez avoir pris plaisir à ajouter, par exemple, des claps de mains sur plusieurs titres. Est-ce pour leur côté ludique ?
Eric.-Ça va avec la couleur un peu vintage de l'album.
Stan.-Les claps de mains apportent une fraîcheur, un côté organique. Ça réhumanise un peu. Les Stooges faisaient beaucoup ça : ils étaient très électriques et ajoutaient quelques touches pour rendre ça plus ludique. On aime bien s'amuser avec ça : apporter aux textes un peu sombres un contre-pied musical plus léger, plus frais. Même si ça semble anachronique, ça colle bien.
Eric.-ça nous a toujours plu, la musique qui arrive en contre-pied du texte. Il y a des groupes français qui estiment que si le texte est sombre, la musique doit l'être aussi. Mais si on ne fait que ça, c'est à se tirer une balle à la fin. A l'inverse, nous on préfère dédramatiser le texte avec une musique totalement décalée. C'est rigolo. Ça donne une profondeur, un second degré.
Vous allez partir en tournée dès le mois d'avril. Est-ce que ça vous manque de jouer dans des petits bars ?
Eric.-Non, parce que ce n'est pas la taille de l'endroit qui compte. Que l'on joue dans des petites ou des grandes salles, c'est toujours devant des inconnus. Et c'est toujours le même plaisir.
Stan.- Et puis quand on joue à l'étranger où on est moins connu, c'est un peu comme si on débutait. Ça nous fait le même effet.