La Celtic Procession est-elle un orchestre ou un laboratoire ? Plutôt un laboratoire. L'idée est toujours la même qu'au départ, en 1988 : amener des musiciens de jazz, c'est-à-dire des gens qui ont l'habitude de réagir très vite et d'improviser, sur de la thématique celtique. Les musiques ont évolué sans que cela ne relève de ma volonté.
Ça dévie en fonction des personnes qui arrivent et qui partent. Pour la formule actuelle, j'ai embauché le bassiste Etienne Callac, qui joue aussi avec les frères Guichen. C'est la première fois que le groupe compte un bassiste électrique dans ses rangs. Auparavant, nous n'avions eu que des contrebassistes avec Riccardo Del Fra, Gilda Boclé et Hélène Labarrière. Son arrivée change considérablement l'idée de la rythmique.
Son complice de rythmique est le batteur algérien Karim Ziad. Comment l'avez-vous recruté ?
J'ai tout simplement demandé à Etienne Callac qui il voyait comme batteur, et il m'a amené Karim Ziad. C'est d'ailleurs étrange parce qu'il joue également avec le Joe Zawinul Band et que j'ai toujours dit en lançant la Celtic Connection (son premier nom avant la Celtic Procession) que mon modèle était le groupe Weather Report, dont Joe Zawinul était justement l'un des fondateurs. Il y a une espèce de logique dans tout ça. Karim Ziad joue une sorte de mélange de jazz-rock et de musique traditionnelle du Maghreb qui colle parfaitement avec la musique bretonne.
Parce que vous considérez toujours que la Celtic Procession joue de la musique bretonne ?
Bien sûr, on joue de la gavotte quand même. Et Erik Marchand chante les thèmes en breton.
Quel est votre propre rôle ?
Faire en sorte que ça roule. J'apporte des compos et des thèmes, mais d'autres membres aussi : Jacky Molard, Karim Ziad... La Celtic Procession est un orchestre qui improvise : mon rôle sur scène - c'est un truc que j'aime bien et qui nécessite d'être super concentré - c'est aussi de savoir quand il faut couper et changer de direction. Dans ce domaine, ma plus grosse influence, c'est Miles Davis. Il y a même eu des concerts où il était présent mais ne jouait quasiment pas. Dans ceux de la Celtic Procession, on me voit jouer, mais je suis plutôt branché sur le sous-bassement et les formes générales. Je ne suis pas le soliste devant.
Vous allez vous produire sur les scènes nationales bretonnes et à Glasgow. C'est la marque d'une belle reconnaissance...
Tout à fait, surtout que plus tard, on jouera aussi au TNB de Rennes. C'est assez rare de pouvoir aligner des dates comme celles que nous allons faire en janvier. On sait qu'on va jouer dans de bonnes conditions. A Glasgow, je pense que les gens ne me connaissent pas. Mais j'ai déjà joué à ce Festival avec l'Héritage des Celtes de Dan Ar Braz. Je me souviens d'un hôtel à la gare centrale qui fait 270 chambres. Un truc monstrueux avec trois bars et puis des musiciens qui font des boeufs de reels et de jigs dans tous les coins, avec un couloir spécial pour les harmonicistes qui jouent dans le style des îles Hébrides, une autre scène spéciale pour ceux qui jouent à la manière pop... Et tout ça dans l'hôtel !
Vous sortez parallèlement un album en trio mêlant thèmes traditionnels bretons, compositions, standard de jazz de Billie Holiday, pièces classiques d'Alain et Duruflé. Est-ce du jazz ?
L'album ira plus facilement dans un bac jazz que dans un autre, mais pourtant, on peut constater que la moitié des morceaux viennent du répertoire d'Alan Stivell ! En fait, le musicien qui m'a le plus influencé dans ce disque-là, c'est le joueur de cornemuse Patrick Molard, par son phrasé. Je trouve qque ma démarche est relativement similaire à celle de Didier Squiban, avec des digressions classiques, du jazz, du blues, de la gavotte. De notre génération, c'est sûrement le plus proche de moi, même si au résultat, ça n'a rien à voir !