Bonjour Annie Cordy. Mais peut-être doit-on vous appeler Madame la Baronne ? Oh, non ! Je suis Annie Cordy, tout simplement, même si cette distinction est un honneur que je n'aurais pas pu refuser, venant de mon souverain. Ma patrie c'est la Belgique et la France c'est mon pays.
Vous allez jouer « Lily & Lily »,
pièce dans laquelle a brillé Jacqueline Maillan. Est-ce vrai que les auteurs en ont écrit une nouvelle version spécialement pour vous ?
Vous pensez bien que les dialogues d'il y a 30 ans, ça ne passe plus. Il a donc fallu réadapter. Sur scène, je fais deux personnages très différents : Lily d'abord, une meneuse de revue qui picole pas mal et qui se schnouffe (rires). Et puis, à côté de ça, je joue sa soeur jumelle qui débarque à Paris parce qu'elle a lu dans le journal que Lily était très mal. Elle, elle s'appelle Marieke. C'est un prénom belge. Et ça, ça fait partie des changements que nous avons faits. J'ai donc l'accent belge lorsque j'interprète Marieke. Et je n'ai aucun problème pour le prendre puisque je suis bruxelloise. Au moins, ça sonne vrai. Parce que vous avez des Français qui prennent l'accent belge, je les tuerais bien sur place (rire aux éclats).
Cela vous amuse-t-il de jouer un double rôle sur scène ?
Ça m'amuse mais ça fatigue beaucoup parce que quand je ne suis pas en scène en Lily, je dois me changer en Marieke dans les coulisses. Il faut faire vite. J'ai même un changement qui est très rapide alors, quand je rentre sur scène, j'entends parfois un brouhaha dans la salle et certains disent : « Ce n'est pas elle ». Ça me fait pleurer de rire...
Est-ce que l'une des deux, Lily ou Marieke, vous ressemble ?
Sûrement pas Lily, je ne bois pas, je ne me schnouffe pas ! Marieke ? Je ne suis pas bigote, je suis agnostique. Donc je ne suis ni l'une, ni l'autre. Je suis Annie et je joue deux rôles. Je rentre dans la peau des personnages. Quand je suis en Lily, je suis tout en paillettes avec des plumes sur la tête ou en peignoir avec plein de boas autour de moi. Et quand je suis Marieke, j'ai une robe caca d'oie, c'est à pleurer tellement c'est une horreur (rire aux éclats). Je suis un régal pour les yeux !
Le plaisir de la scène est-il identique pour le théâtre comme pour la chanson ?
Au théâtre, ce n'est pas la même chose que pour le tour de chants. En fait, le music-hall, c'est mon premier enfant. Seule en scène avec mes musiciens, je fais ce que je veux, je m'arrête quand je veux, je parle aux gens. Ici, je ne peux pas. Ce serait un non-respect pour les comédiens qui sont avec moi. Mais le plaisir du théâtre, c'est justement de jouer avec les autres et, de temps en temps, de prendre un fou rire. L'autre jour, on était en Suisse et mon camarade Jacques Ciron, en fermant la porte, s'est retrouvé avec la poignée dans la main. Ça a été la vraie crise de fou rire ! Les gens étaient pliés en deux !
Depuis toujours, vous êtes à la fois comédienne et chanteuse. Pourtant, lorsqu'on évoque Annie Cordy, les gens pensent immédiatement à « Tata Yoyo ». Est-ce que cela vous chagrine ?
Pas du tout, je m'en fiche carrément. Il y a 30 ans, ça me chagrinait. Mais je n'ai pas un statut de comédienne. Si on me demande de jouer, je dis : « Je ne sais pas si je vais pouvoir le faire, mais en tous les cas, je veux bien ». Je suis une aventurière. Mais ce qu'il faut bien se mettre dans la tête, c'est que jouer au théâtre des choses dramatiques, je ne le ferai pas. Parce que ça ne serait pas moi, je tromperais les gens qui viennent voir Annie Cordy. Etre un autre personnage pour une fiction à la télévision, au cinéma, je peux. Mais pas au théâtre. Il faut être et faire ce que les gens ont envie de voir, leur faire passer un bon moment, rire, s'amuser... Ce qui n'empêche pas la tendresse.
A 78 ans, est-ce que le mot retraite appartient à votre dictionnaire ?
Quel malheur ! Mais il faudrait enlever ce mot du dictionnaire ! Retraite, pendant la guerre, ça voulait dire défaite. Je ne veux pas de ça. Que certains aient envie de vivre plus lentement ou de profiter un peu plus de la vie, ça oui. D'ailleurs, si j'avais du temps, j'aimerais peindre, être manuelle. Je ne me sers pas tellement de mes mains si ce n'est pour lever les bras quand je chante (rires).
Vous semblez consacrer tout votre temps au travail. Avez-vous quand même des loisirs ?
Non, je n'en ai pas. Franchement, je n'ai vraiment pas le temps. Quand je regarde mon curriculum vitae, je suis très fatiguée (rire aux éclats). Un copain m'a même dit : « Mais vous étiez quatre pour faire tout ça ? ». Il est vrai que je suis passée de l'opérette au music-hall, du music-hall je suis revenue à l'opérette, j'ai fait un peu de cinéma, un peu de télévision, j'ai replongé dans l'opérette... J'en ai fait neuf et toutes ont duré plus de deux ans. Donc vous voyez, ça fait un trou dans le budget temps !
Avez-vous l'impression que tout ça est passé très vite ?
Le temps ne me touche pas. Qu'il s'agisse du soleil ou de la pluie, c'est pareil. Je pense que je suis très optimiste. Je prends la vie comme elle vient. De toute façon, quand elle s'en ira, on n'y est pour rien.
Professionnellement, nourrissez-vous encore des rêves ?
Si on me propose quelque chose que je n'ai pas encore fait, je veux bien. Par exemple, je n'ai jamais eu l'occasion de composer. J'aimerais bien écrire. J'ai écrit deux/trois choses comme ça, dont une saga pour la télé, mais que je n'ai jamais montrées.
Quel regard portez-vous sur le paysage musical français actuel ?
Il y a des bonnes et des mauvaises choses. J'aime beaucoup Sanséverino parce que ce gars-là il balance bien et, en plus, il chante à une allure folle : c'est une vraie performance. Jean-Louis Aubert est formidable, j'adore Yannick Noah qui, de temps en temps, à la fin de son spectacle, chante « La bonne du curé ». Ça me régale (rires).
Pensez-vous qu'une Annie Cordy pourrait aujourd'hui gagner un casting du genre Star Academy ?
Je pense que oui, et même les doigts dans le nez !