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Chandemerle : « Daniel Prévost président ! »

C'est l'histoire d'un mec de Plaintel... Il a toujours fait rire et il en vit désormais. Pour finir l'année sur une note de légèreté, nous avons rencontré, mercredi (le jour de ses 39 ans), Laurent Chandemerle. « L'imitateur officiel de Daniel Prévost », comme on le surnomme parfois, voire de Jamel Debbouze, de Jean-Luc Delarue ou de Jean-Pierre Bacri, s'est montré, comme à son habitude, disponible et de bonne humeur.

Le Télégramme : Comment imite-t-on une voix ?
Laurent Chandemerle : « En fait, c'est surtout un travail d'observation, et puis il faut avoir l'oreille. Il y a deux méthodes, qui dépendent des gens que l'on cherche à imiter, de la manière dont on peut les percevoir. Soit on prend d'abord les mimiques, puis la voix, soit on prend la voix, puis les mimiques. La première voix que j'ai imitée, c'était Chaban-Delmas. Aujourd'hui, je dois en maîtriser à peu près 200, dont quelques-unes d'originales, comme celle de Daniel Prévost, Raphaël ou Mathieu Chedid ».

As-tu souvent rencontré des gens que tu imites ?
« Sur M6, Laurent Boyer a fait écouter à Mauranne mon imitation. Elle était très surprise. C'était sympa, j'ai fait un duo avec elle. Delarue est au courant, les Deschiens, Jamel (sur le site de Laurent, on voit un extrait de Paris Première, où Jamel réagit devant une vidéo de son imitateur), Didier Bénureau, qui chante Moralès... Tout le monde connaît ça ! »

Daniel Prévost est ton personnage fétiche. Tu l'apprécies particulièrement ou tu fais sa voix mieux que les autres ?
« J'aime bien son humour décalé. Et puis c'est un personnage passe-partout : on peut lui faire dire ce que l'on veut, sur n'importe quoi. J'ai failli le croiser, il y a deux mois; Patrick Sébastien voulait nous faire nous rencontrer, mais finalement, il n'a pas pu venir. Il est au courant que je l'imite. Il paraît qu'il a dit : « C'est un p'tit ringard ! ». (Il l'imite et rit à sa façon, levant l'index à la façon du comédien). »

Un imitateur t'a-t-il inspiré ?
« Thierry Le Luron m'a donné envie de faire ça, comme à beaucoup d'autres, au début. Mais j'évite de regarder ce que font les autres, pour ne pas faire la même chose ou être influencé. »

Passes-tu ton temps à imiter les gens ?
« Parfois, c'est surprenant. On se sent étranger. C'est un peu jouissif, au départ, d'être dans la peau d'un autre. Je faisais Delarue comme ça. C'était un peu casse-tête pour ma femme. Le dernier, c'était Bacri, toute la journée. (Il l'imite, bougon). « Voilà, je je j'aime pas qu'on m'dérange. Surtout quand... Surtout quand... Ben quand j'fais pas grand-chose en fait ! » Elle m'a dit : « C'est bon, parle normalement ! ». Mais je ne le fais pas trop. Je réponds que c'est pour ne pas perdre la voix du type. Je connais deux, trois imitateurs qui, en revanche, font ça toute la journée. Quand je suis sur scène, OK, mais je ne passe pas ma vie à cela. »

Les gens qui t'entendent avant de te voir sont-ils déçus, en réalisant que tu n'es pas le « vrai » ?
« Oui, ça arrive. Il n'y a pas longtemps, c'était au Mans, au stade Léon-Bollée, je devais faire un petit spectacle pour les invités. Pendant les balances, je prenais la voix de Mathieu Chedid. Avec le technicien, on a un peu déliré. A un moment, le public s'est massé devant la porte, croyant qu'il s'agissait du vrai M. Quand on leur a dit que ce n'était qu'une imitation, les gens ont été déçus. »

Il y a la voix, mais aussi les textes. Comment se fait le travail d'écriture ?
« Il y a plusieurs variantes. Je les écris souvent avec Jacques Le Souder, mais je prends aussi ceux que des gens m'envoient. L'écriture, c'est toujours assez compliqué, entre ce qui paraît fonctionner sur le papier et ce qui fait marcher le public, qui est au fond un sacré révélateur. Il y a des fois, sans que l'on sache trop pourquoi, ça tombe à plat. Alors on se pose des questions : est-ce que le texte était mal écrit ? Ou alors est-ce qu'il était mal joué ? C'est toujours une remise en question. »

Comment trouves-tu toute cette énergie ?
« C'est vrai que c'est dur de toujours essayer de faire rire. Quand on fait plusieurs spectacles d'affilée, il faut savoir trouver l'énergie. Il y a, bien sûr, l'adrénaline, mais il faaut savoir aller chercher plus loin. A la radio, c'est différent, ça ne demande pas le même effort. Côté condition physique, je fais du vélo. D'ailleurs, mon frère fait du vélo, mon père fait du vélo. Mon oncle fait du vélo. En gros, on est une famille très vélo. »

Qu'est-ce qui t'a fait rire en 2006 ?
« Le concert de Philippe Catherine, à la Route du rock, à Saint-Malo. Je l'avais vu à La Passerelle, il y a quelques années, je n'avais pas trop accroché à l'époque. Là, il m'a bien fait marrer. Et Didier Super, aux Vieilles Charrues. Un taré ! »

Tu es un peu jeune pour qu'on te pose la question, mais si tu devais tirer un bilan aujourd'hui, quel serait-il ?
« Forcément bon. J'ai su gérer, en parallèle, ma carrière et ma famille, sans faire trop de sacrifices. J'ai une femme, deux enfants de 2 et 4 ans. Je ne les aurai peut-être pas si j'étais monté plus tôt à Paris, si j'avais un cabaret où jouer tous les soirs. Je suis fier d'avoir géré ma carrière à ma façon. »

Quels sont tes projets pour 2007 ?
« Faire campagne pour que Daniel Prévost devienne président de la République. On lance ça sur Rire et Chansons. Il a déjà formé son gouvernement avec des joueurs de l'équipe de France de foot. (Il prend sa voix) Franck Leboeuf à l'agriculture, à la ville Didier Deschamps, Fabien Barthez ministre du temps libre (mais ce n'est plus vrai) et garde des seaux. A l'emploi : Lilian, tu rames ! (Il fait le geste). Ministre du déménagement du territoire, Zidane. Mais n'allez pas croire que j'ai pris cette décision sur un coup de tête ! Secrétaire d'État à la condition féminine, Marcel Deux Saillies. Aux affaires étranges, Franck Ribéry... Tout le monde ne la comprend pas, celle-là. »

Mais encore ?
« Il y a l'émission sur Rire et Chansons, le week-end, de 18 h à 19 h. On est une bonne petite équipe. Et les sketches passent en boucle, dans la semaine. Avec eux, je vais peut-être faire une salle à Paris à la fin de l'année. Je suis prêt, désormais, à y passer deux ou trois mois par an, s'il le faut.
L'imitateur suit sa voix
Tout petit déjà, Laurent Chandemerle imitait. « Dès 4 ou 5 ans. Je faisais rire en famille. Ensuite, j'ai fait des mariages, des soirées pour des amis... » De là à en vivre... Laurent a d'abord fait une école d'équitation pour devenir moniteur. Ensuite, il a intégré une écurie de course, comme jockey, de 1984 à 1986. Il a même gagné, à Pornichet et à Carhaix, des courses de steeple-chase. « Mais pour ne pas me gameller, sourit-il, j'ai arrêté. J'ai quitté la selle pour la scène ».

« Livreur, je répétais mes sketches dans le camion »
De jockey, il est d'abord devenu disc-jockey... « C'est ça ! Au "Rencard", à Uzel. Pendant deux ans. C'est plus facile pour les filles ? Bof, j'étais tout le temps dans ma guérite... J'ai fait l'armée en 86, à Coëtquidan, j'y faisais de l'animation, aussi. Puis j'ai été chauffeur-livreur de charcuterie, sur un secteur entre Lamballe et Morlaix, pendant six ans. Je répétais mes sketches dans le camion. J'avais une cassette et j'étais dedans. Des fois, j'étais dans mon trip et j'en oubliais de livrer ! Je faisais demi-tour, et 30 km de plus... » C'est alors qu'il se lance vraiment dans l'imitation, en prenant une année sabbatique, en 1992. Son ami Jérôme envoie une cassette à Laurent Ruquier. Ce dernier veut le rencontrer pour son émission "Rien à Cirer". Chandemerle participe à deux ou trois émissions, mais ce n'est pas trop son truc, la radio. A 24 ou 25 ans, il n'est pas mûr pour cela et continue à faire de la scène.

Du cinéma aussi
« J'avais commencé, en 1989, à Plaintel, mon village. Je n'ai jamais été très attiré par la télé non plus. Même s'il y a eu, ensuite, "Graine de Star", sur M6, avec Laurent Boyer. Cela a développé ma notoriété, qui n'était encore que locale. »
Aujourd'hui, il utilise sa voix, sur un disque, pour les écoliers de Plaintel. Il s'est mis aussi au cinéma, avec « Terre de Sang », de Nicolas Guillou, en 2005. Le mois dernier, il a tourné dans « Coyote », de Laurent Bocher.

David Cormier et Marc Revel


« Je lance la candidature de Daniel Prévost à la présidentielle. Il a déjà formé son gouvernement, avec des joueurs de l'équipe de France de foot. Leboeuf à l'agriculture, Didier Deschamps à la ville, Barthez ministre du temps libre (mais ce n'est plus vrai) et garde des seaux. A l'emploi : Lilian, tu rames ! »
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