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Grand Corps Malade. Lanceur de slam

Fabien Marsaud a troqué ses maux à l'âme contre les mots du slam. Victime d'un accident qui anéantit ses ambitions sportives, à tout juste 20 ans, le jeune homme reprend peu à peu goût à la vie grâce au slam, poésie orale et urbaine importée des Etats-Unis à l'aube du 21 e siècle. Sous le pseudo de Grand Corps Malade, il écume les petites scènes de sa banlieue jusqu'à faire sortir le slam de la cité grâce à son album « Midi 20 ». Il entame aujourd'hui une tournée qui passe par la Bretagne dès la semaine prochaine. Rencontre avec la nouvelle coqueluche d'un art à fleur de mots.

Votre tournée passe par la Bretagne la semaine prochaine. Que verront les spectateurs sur scène ?

On peut appeler ça un concert puisqu'il y aura des musiciens sur scène : un pianiste, un guitariste et un percussionniste. Ce sera une alternance de textes a cappella et de textes mis en musique.
Y a-t-il sur scène de la place pour l'improvisation ? Non, très peu. Il y a une idée qui dit que slam = impro. Mais c'est faux. La plupart du temps, c'est très écrit. Le slam, même dans des petits bars, dans des endroits très underground, c'est souvent très préparé, très écrit. On retrouve l'amour des mots, du bon mot, et il y a donc très peu de place à l'impro. De quand date votre rencontre avec le slam ? 2003. Je suis rentré dans un bar où il y avait une fête slam. J'accompagnais un ami, John Pucc'Chocolat - qui est d'ailleurs sur l'album -, qui allait slamer pour la première fois. J'ai adoré l'ambiance, la convivialité, les styles très différents, la mixité totale de tout ce public et ça m'a donné envie de participer. Pourquoi ne pas avoir choisi le rap, le théâtre, le conte ou la chanson française pour vous exprimer ? Parce qu'en fait, je n'ai pas vraiment choisi. Moi, je voulais être un grand champion sportif. Je ne m'imaginais pas du tout être artiste. Ça m'est vraiment tombé dessus un peu par hasard en découvrant le slam. J'ai aimé le slam donc j'ai eu envie de participer dans ces petits bars, sur ces toutes petites scènes. Et puis ça m'a plu donc ça a pris de l'ampleur et il y a eu ce projet de disque. Mais je n'ai jamais voulu faire du rap, ou du théâtre, ça m'est tombé dessus un peu par hasard. Quelle est votre définition du slam ? Pour moi, c'est un moment de partage. Il y a vraiment cette notion d'instantané dans le slam, c'est un moment de live. Le texte, normalement, il vit dans l'instant, à l'oral, et puis il disparaît. C'est le partage d'un texte, des mots, le partage d'émotions et puis le partage de la scène aussi où chacun se succède. Qu'est-ce qu'un bon slam selon vous ? C'est un slam qui rencontre un public. Si le public écoute, s'il réagit, c'est que c'est un bon slam. Peu importe s'il y a des rimes, si c'est chuchoté, crié, scandé, mais c'est à partir du moment où le public le reçoit. Est-ce que le slam est pour vous un moyen artistique de s'engager ? Oui et non. Dans le slam on trouve de tout. On trouve des gens engagés, militants, qui revendiquent. Et puis on trouve des textes très fleur bleue ou des textes anecdotiques, juste pour le plaisir de jouer avec les mots. Le slam, c'est un moment de liberté totale d'expression donc forcément, dans la liberté d'expression, on peut trouver des gens engagés comme on peut trouver des gens qui se font juste plaisir. Dans vos textes, vous parlez beaucoup de la banlieue, à un moment où elle est stigmatisée. Est-ce essentiel pour vous d'aborder ce sujet ? Oui et non. Moi, je parle de ce que je connais. C'est vrai que je connais bien la banlieue parce que j'y ai toujours vécu et que j'y vis toujours, mais j'ai écrit mes textes à la base pour les faire dans des petits bars. Je ne pensais pas avoir un jour une telle audience. Je n'ai jamais voulu écrire le texte « Saint-Denis » en disant « Regardez comme la banlieue est géniale ». A la base, ce n'était pas voulu. Mais aujourd'hui, si les gens trouvent que ce texte est beau ou qu'il est à peu près réaliste sur ce qui se passe en banlieue, et si ça peut rétablir une certaine vérité par rapport à ceux qui ne connaissent pas, tant mieux. Est-ce que ça vous gêne d'être parfois considéré comme le porte-drapeau de la banlieue ? Totalement, oui. J'essaie de me défaire un peu de cette étiquette de porte-drapeau de la banlieue ou de porte-drapeau du slam. Moi, je suis un banlieusard parmi tant d'autres et je suis un slameur parmi tant d'autres. Aujourd'hui, j'ai un projet qui fait que je parle aux journalistes, mais ça ne fait pas de moi un porte-drapeau. Artistiquement, quelles sont vos influences musicales ? Il y a une double influence en fait. Il y a l'influence de ce que pouvaient écouter mes parents, soit pas mal de chansons à texte avec Brassens, Brel. Après, j'ai beaucoup écouté Renaud, j'étais très fan. Et puis à l'adolescence j'ai découvert le rap français. Et le point commun entre tout ça, c'est vraiment le texte. Vous faites allusion, dans la chanson « Saint-Denis », à Quimper et au Finistère. Connaissez-vous la Bretagne ? Je fais allusion à ça parce qu'il y a des crêperies bretonnes à Saint-Denis. Mais non, je ne connais pas bien la Bretagne. J'y suis passé deux fois : à Douarnenez et à Brest. Je faisais une petite tournée avec un pote, le chanteur Fantazio, qui m'avait emmené dans ses bagages et je faisais quelques slams pendant ses concerts. Quel est le plus beau compliment qu'on vous ait fait jusque-là ? « Vous m'avez donné envie d'écrire ». Ça, ça me fait plaisir parce que moi, c'est ce que j'ai ressenti quand j'ai participé à des scènes slam, ça m'a vraiment donné envie d'écrire. Et donc, si je transmets cette épidémie-là, c'est un beau compliment. D'un point de vue personnel, comment abordez-vous la trentaine ? Eh ben, je ne me suis pas trop posé la question. Ça veut dire que je dois l'aborder assez sereinement (sourire). Ne regrettez-vous pas d'avoir choisi comme surnom Grand Corps Malade qui rappelle inéluctablement votre accident ? Pas trop, non. J'assume bien. C'est vrai que je ne pensais pas forcément que ça resterait. Aujourd'hui, c'est vraiment mon nom de slameur. Tout le monde m'appelle comme ça. Alors c'est vrai que ceux qui découvrent ou qui ne me connaissent pas voient encore les trois mots Grand Corps Malade. Mais moi, ça fait quatre ans que c'est mon nom et, pour tous ceux qui me suivent depuis un petit moment, c'est vraiment devenu un nom de Sioux, une entité. Ce ne sont plus les mots qu'il y a derrière. Donc je l'assume bien, ça va. Quels sont vos projets à long terme ? Il y a forcément un projet de deuxième album. On a envie parce que j'ai plein de nouveaux textes et parce que cette expérience de studio m'a bien plu. Je veux faire mieux, progresser. Maintenant, je ne vois pas vraiment à très long terme. Mais c'est sûr qu'un jour, quand j'aurai fait deux ou trois tournées et qu'on se sera bien amusé, je pense que je m'occuperai un peu plus des autres.

Propos recueillis par Gwénaëlle Fleur


« Le slam, c'est un moment de liberté totale d'expression »
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