L'Atantique Jazz Festival en est à sa troisième édition. Quelle est votre vision de cet événement ? Les deux premières éditions ont montré que le public était présent. Le festival répond à une attente, il a un sens. Les gens apprécient un événement où ils peuvent se retrouver plusieurs jours de suite, avec une programmation qui sait aller vers le public, tout en le tirant de temps en temps vers des choses plus ardues. L'envie d'ouverture se traduit par une programmation éclatée sur plusieurs villes. Il y a aussi des interventions dans la rue pour aller chercher le public là où il se trouve, ce qui n'est pas forcément dans des salles.
Quels sont les temps forts attendus de cette nouvelle édition ? Je ne dirais pas qu'il y a nécessairement des temps forts. La programmation me paraît équilibrée. Il y a effectivement des formations comme le trio de Bojan Z, l'association de Portal & Sclavis, le groupe Ursus Minor, Jean-Marie Maddeddu & Yves Robert qui peuvent créer l'événement. Mais on trouve aussi tout un tas de gens qui proposent des choses assez différentes et intéressantes.
La programmation est-elle représentative de ce qu'on appelle jazz en 2006 ? Oui, je pense qu'elle offre une image dynamique de ce qui se passe. Le but du festival n'est pas de donner l'image la plus pointue de la musique de recherche. Il se situe au juste milieu entre le savant et le populaire.
Votre album diffuse des atmosphères différentes : il peut être rythmique en jouant sur les dissonances, d'autres fois très aérien. Vous semblez beaucoup apprécier les silences. Est-ce pour laisser respirer la musique ? Complètement. Pour moi, les silences font intégralement partie de la musique. Comme le fait d'étirer les sonorités, pour suspendre le temps. C'est un travail comparable à celui d'un peintre : sur la matière, la texture, la couleur, sur l'espace qu'il s'agit notamment de transformer en temps... En faisant cet album solo, mon premier puisqu'auparavant j'ai enregistré en sextet puis en duo avec le clarinettiste Christophe Rocher, j'avais plusieurs préoccupations : m'exprimer vraiment, sans chercher à développer une esthétique particulière, en acceptant le fait d'avoir plusieurs facettes. Une autre envie était d'explorer le plus profondément possible le côté intime existant entre le pianiste et son instrument. En évitant toute démonstration technique.
Quel public visez-vous ? Je ne sais pas, ce n'est pas une question que je me pose a priori. Parce qu'on joue devant des gens mais que le but est d'abord d'être le plus profondément soi-même.
De quels pianistes vous sentez-vous proche ? Il y en a beaucoup dont je me sens proche, mais jamais complètement. Ça peut aller de Thelonious Monk aux pianistes classiques. Je pense aussi avoir été influencé par les minimalistes, des gens comme John Cage par exemple. C'est difficile d'expliquer ce que l'on fait, parce qu'il y a tellement d'éléments qui ont contribué à vous fabriquer !
Qu'est-ce qui vous a attiré en Bretagne au point de vous y établir il y a une dizaine d'années ? Beaucoup de choses : des raisons sentimentales, d'autres liées à la présence du vent et de la mer... Musicalement, j'ai aussi toujours été attiré par des rencontres. En arrivant en Bretagne, j'ai trouvé une ouverture, tout un réservoir d'expériences différentes possibles. Avant, j'étais en région parisienne où les musiciens fonctionnaient en clans extrêmement cloisonnés. En Bretagne, où j'ai par exemple accompagné le chanteur Manu Lann Huel, j'ai trouvé une ouverture qui me va bien.
Christofer Bjurström est programmé jeudi 2 à 21 h à l'Auditorium de l'Ecole Nationale de Musique de Brest (avant Michel Portal & Louis Sclavis). De 15 à 20 €. Rens. 02.29.00.40.01.