Les personnages de votre one-woman-show sont-ils le fruit de votre observation ou de votre imagination délirante ? Des deux : il y a beaucoup d'observation mais aussi de l'imaginaire et de l'inconscient. Un même caractère peut aussi être la fusion de deux personnages que j'aurai croisés.
Pour
laquelle des créatures que vous incarnez sur scène éprouvez-vous le plus de tendresse ? Et d'horreur ?
J'éprouve énormément de tendresse pour toutes. Je ne peux parler d'horreur pour aucune, mais il y en a pour lesquelles j'éprouve une profonde compassion. Comme pour la professeur de musique, Mlle Klimt. J'en ai eu des comme elles, complètement dépassées, d'autant plus que j'ai grandi dans les quartiers difficiles. On a tous eu des profs qui étaient sûrement très bien mais qui n'avaient tellement pas d'autorité qu'ils ne pouvaient même pas exercer leur métier. Alors oui, j'ai beaucoup de compassion pour ce personnage. Mais j'en ai également pour Sandrine, la bimbo, même si elle a l'air très conne. Mon personnage-fétiche demeure quand même Martha, la prof d'art. C'est elle que j'utilise pour mes affiches.
C'est bien celle qui correspond à la description : « a pété un plomb » ?
Par exemple. C'est celle qui m'offre la plus grande liberté, avec laquelle je peux le plus jouer.
Vous affirmez que vous avez toujours accepté le ridicule et fait dans le désinhibé. Est-ce obligatoire pour atteindre une totale liberté d'expression ?
Je le pense. D'ailleurs, le ridicule, c'est quoi ? Un mélange de pudeur et de peur. Quand on est acteur, il faut le dépasser. C'est nécessaire d'en passer par là. Il y a une telle mise à nu dans l'exercice de monter sur scène que, si vous craignez le ridicule, c'est foutu.
Quel rapport établissez-vous avec votre public ?
Je l'interpelle, lui demande de participer. C'est un spectacle très interactif : je déconseille les premiers rangs !
Faites-vous monter des gens sur scène ?
Ça peut arriver mais c'est quand même très rare.
Vous avez suivi une riche formation artistique : danse en tant que professionnelle, musique, cirque, théâtre. A quel moment l'envie de faire rire a-t-elle pris le dessus ?
Il y a une petite dizaine d'années, lorsque j'ai suivi les cours de l'Ecole Jacques Lecoq à Paris. A un moment donné, on m'a proposé de faire un truc toute seule, j'ai dit d'accord et j'y ai pris goût. Je m'étais inscrite à l'Ecole Jacques Lecoq après avoir passé deux super années à Châteaubriant, en Loire-Atlantique. Je faisais alors partie d'une troupe. On allait dans les écoles, on faisait des spectacles de rue, de théâtre. On a même travaillé avec des cavalcadeurs et leurs chevaux. J'ai adoré ces années-là ! Il nous arrivait alors de monter faire du théâtre de rue sur la côte bretonne, du côté de Carnac et Quiberon.
Vous interveniez récemment en électron libre dans l'émission de Canal + « Samedi pétantes ». Comment l'avez-vous vécu ?
Je me suis rendu compte au bout de six mois que l'exercice que je m'étais fixé était vraiment très dur. Il y avait une émission, et moi j'arrivais sur le plateau comme un cheveu sur la soupe. J'étais l'élément perturbateur. Surtout que j'étais en improvisation totale pendant trois minutes. C'était mon voeu : je ne voulais pas écrire de sketches qui m'auraient mise dans la même veine que d'autres humoristes.
Maintenant, c'est le cinéma qui vous ouvre les bras, avec le film de Didier Bourdon « Madame Irma » qui sortira en décembre. Avez-vous d'autres projets ssur grand écran ?
Oui. Je vais jouer dans le prochain « Mr Bean ». C'est le deuxième film de Rowan Atkinson, il sortira au printemps. En ce moment, je tourne un film avec Géraldine Pailhas. Et puis je vais jouer dans le prochain Cédric Klapisch. Le mois prochain, je serai également à la télé sur M6 dans le film « Daddy blues » avec Arié Elmaleh et Olivia Bonamy.
Quelle place va-t-il rester pour vos one-woman-shows ?
J'aurai joué mon spectacle pendant deux ans. Là, on me fait de belles propositions... C'est le propre d'un artiste de changer. Je trouve que les gens qui font dix ans le même spectacle sont extrêmement courageux. Au cinéma, on commence même à me proposer des premiers rôles, alors c'est difficile de résister.