Né Charles Thompson IV, le chanteur-guitariste des Pixies se faisait appeler Black Francis avant d'adopter son nom d'artiste actuel, Frank Black. C'est sous celui-ci que l'Américain s'est produit une première fois aux Vieilles Charrues en 1996, lorsque le festival occupait encore le centre-ville de Carhaix.
Parallèlement à la résurrection des Pixies, il poursuit une carrière solo féconde. Nous l'avons joint récemment aux Etats-Unis.
Comment décririez-vous l'esprit des Pixies aujourd'hui ?
Comme un mélange de fun et d'abstraction. Pour moi, dans l'abstraction, il y a toujours un élément de danger et d'inconnu qu'on retrouve dans notre musique.
Etait-ce déjà la même chose en 1987 ?
Tout à fait. Quand on joue, on ressent aujourd'hui exactement la même émotion qu'à nos débuts. On se dit : ah, nous y revoilà !
La première période du groupe a duré six ans environ. Quels souvenirs en gardez-vous ?
J'essaie de ne me rappeler que des bonnes choses mais, manifestement, on a arrêté après quatre ou cinq disques dans un grand état de stress. Oui, j'associe cette période - pas le début bien sûr, mais la fin - surtout à du stress.
Qu'est-ce qui vous a donné envie de remettre ça en 2004 ?
Beaucoup de choses avaient alors changé dans ma vie, de même que dans celle des autres Pixies. On était plus vieux, on avait presque 40 ans alors. Et personnellement, je suis passé par une psychothérapie : ça modifie votre attitude à propos de beaucoup de choses de votre vie. Je crois qu'en fait, j'avais évacué le stress. D'ailleurs, il ne venait pas de la musique mais des gens ! C'était à cause de Kim Deal (rires) !
Quel plaisir éprouvez-vous aujourd'hui à rejouer la musique des Pixies ?
Ce qui est très satisfaisant, c'est de sonner comme un groupe. Nous étions un groupe et nous le sommes restés. Ensemble, les Pixies ont un feeling et un son particuliers que nous ne pouvons pas retrouver avec d'autres musiciens. C'est l'indication qu'il y avait une sorte de magie.
On attribue régulièrement à votre groupe la paternité du grunge. La revendiquez-vous ?
Je n'en sais rien. Je crois que le mouvement grunge aurait existé même sans nous, parce qu'il a surgi dans différentes parties des Etats-Unis. Les gens disent ça parce que Kurt Cobain répétait qu'il aimait bien notre groupe. Mais franchement, je ne crois pas qu'on ait inventé autre chose que le son des Pixies.
Quel répertoire allez-vous présenter lors de votre rapide tournée européenne ?
Essentiellement les chansons qui nous ont permis d'être connus.
A quand un nouvel album des Pixies ?
On en fera un si l'on se sent prêt. Mais avant cela, il faudra redevenir un band, faire des jam sessions et poser les fondations du disque sur la base de répétitions.
Voyez-vous régulièrement les autres membres pendant l'année ?
Non, nous avons tous nos propres vies. J'ai des enfants, Joey Santiago aussi et nous habitons dans des endroits différents. Moi, je vis dans l'état de l'Orégon. Joey et David sont à Los Angeles tandis que Kim demeure dans l'Ohio.
Sous le nom de Frank Black, vous venez de sortir un double album, « Fast man, Raider man ». Pourquoi l'avoir enregistré à Nashville et y présenter le nombre très élevé de 27 chansons ?
C'est déjà dans cette ville que j'avais enregistré l'album précédent, « Honeycomb ». On trouve à Nashville des musiciens extraordinaires et on devient vite accro au fait de jouer avec des gens pareils. 27 chansons, c'est vrai que c'est beaucoup, mais s'il avait fallu n'en présenter qu'une moitié, ça m'aurait obligé à attendre toute une année avant de sortir l'autre. Et je n'ai pas suffisamment de patience pour cela. Du coup, j'ai dit : on met toutes les chansons dans l'album !
Votre disque mêle les styles : folk, pop, soul... Prenez-vous du recul par rapport au rock ?
Non. Il s'avère effectivement qu'il n'y a pas de rock'n roll lourd dans ce disque, mais ça n'a pas relevé d'un choix déterminé, ça s'est juste passé comme ça. Je pense que mon album suivant aura un son plus agressif.
Comment définissez-vous une bonne chanson ?
Il n'y a pas vraiment de définition... Je pense qu'elle doit posséder ce que les Américains appellent - en utilisant les mots français - un certain « je ne sais quoi » (rires) !
Vous sentez-vous des affinités avec la France ?
Mes deux garçons de huit et six ans vont dans une école française et parlent déjà un bon français. Quand ils seront un peu plus âgés, je leur demanderai s'ils souhaitent rester en Orégon ou partir habiter en France. Et s'ils répondent en France, alors nous nous y installerons !
Johnny Hallyday est à l'affiche des Vieilles Charrues cette année. Le connaissez-vous ?
Bien sûr que oui ! On joue dans le même festival ? Génial ! Je n'ai encore jamais eu l'occasion de le voir sur scène.
Sauf qu'il joue le jeudi et vous le dimanche... Par contre, le même soir que vous Tracy Chapman chantera. Que pensez-vous de votre compatriote ?
Je ne la connais pas personnellement mais j'apprécie beaucoup sa musique.
Dimanche sur la scène Glenmor