Une « Carte blanche à Olivier Mellano », membre de votre groupe, précédera votre concert de mardi au Théâtre de Morlaix. Qu’est ce qui distingue ce musicien rennais du commun des guitaristes ?Olivier a une faculté d’entrer dans la musique des autres absolument sidérante, tout en conservant son propre style.
Il est aussi capable de s’aventurer sur toutes sortes de terrains : rock, bossa, musique baroque... En plus, c’est un compagnon d’humeur toujours égale et hyper agréable. Et ça, en tournée, indépendamment du talent, c’est déterminant !
Qu’apporte-t-il à vos chansons ?
Une énergie, de l’harmonie, des détails qui vont colorer la chanson de façon optimale. Lorsqu’il intervient sur un morceau, on peut vraiment parler d’un travail d’enluminure.
Combien êtes-vous sur scène ?
Cinq, dont quand même trois Rennais ! On trouve des instruments à vent, claviers et guitares. Tous les musiciens ont collaboré au nouvel album « L’horizon ».
Jusque-là, chaque nouvel album de votre part donnait l’impression d’avoir été construit en rupture du précédent. Mais pas cette fois : vouliez-vous présenter une synthèse de votre parcours ?
Sûrement. Au bout d’un moment, l’envie d’innovation s’est faite un peu moins forte. Je voulais revenir à quelque chose de plus lisible, que la grille de la chanson soit évidente. Ça n’empêche pas les arrangements de venir jouer un peu les perturbateurs. Le point de départ de l’album, ça a été la chanson qui lui a donné son titre, « L’horizon ». Elle synthétisait tout ce que j’avais envie de faire sur le disque : à savoir quelque chose d’assez dynamique, reposant d’abord sur le song-writing pour conter des situations un peu aventureuses, et puis qui se développe sur plusieurs phases jusqu’au final instrumental.
Vous êtes un conteur plus onirique que réaliste. Vous préférez laisser à d’autres chanteurs les récits de la vie quotidienne ?
Complètement. De toute façon, ça me semble aléatoire de vouloir dire des choses justes sur la vie parce que j’ai l’impression qu’une partie de la réalité nous échappe. Elle est en glissement de terrain perpétuel pour moi.
Dans « La relève », une chanson de votre nouvel album, vous dites : « Tous les chants sont d’oubli ou ne sont que foutaise; si la vie est jolie qu’on se taise ». Vous chantez pour oublier quoi ?
La formule est un petit peu exagérée mais je l’assume volontiers (rires). C’est une déclaration d’intention. On me renvoie si souvent l’idée que je fais de la chanson déprimante, en accord mineur, que j’ai envie d’affirmer que oui, pour moi, chanter, ce n’est pas exprimer de l’euphorie. Quand je suis joyeux, je n’ai pas spécialement envie de chanter, ce n’est pas dans mon tempérament. J’associe le chant au blues, au spleen, à la volonté de se débarrasser d’un poids dans un rapport cathartique aux choses de la vie. Vous êtes quand même capable d’écrire une chanson enjouée, comme « Dans un camion »... J’en fais tellement peu des comme ça que quand elles me tombent dessus, je ne vais tout de même pas les refuser (rires) !
Elles représentent une espèce de sésame pour les gens qui pourraient être rebutés par le propos ou la longueur des autres chansons. C’est un coin de ciel qui se dégage dans un univers par ailleurs plutôt embrumé...
A l’instar de Cali, beaucoup de chanteurs attribuent à Miossec et vous-même la paternité de la nouvelle chanson française. Reconnaissez-vous des émules ?
C’est gentil de dire cela mais des émules... je n’en sais rien. Ce qui est marrant, c’est que j’observe une influence claire de ma part sur certains chanteurs qui ne se réclament pas de moi et que vice versa, d’autres affirment que je les ai beaucoup influencés sans que je ne l’entende dans leur musique...
Mais je ne vais pas m’en plaindre, c’est aussi grâce à eux que je peux encore exister aujourd’hui. Leur reconnaissance amène des gens à écouter ce que je fais. Je ne vends pas plus de disques qu’il y a quelques années (NDLR : de 30 à 50.000 exemplaires par album) mais, au moins, ça permet à l’intérêt de ne pas s’émousser.