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Red Cardell. Tri-bal !

Attention événement ! Le trio quimpérois fait son bal à domicile cette semaine pour fêter son neuvième album « aître », mais surtout son tout premier spectacle. Quand Red Cardell mène la danse...

Il aura fallu attendre 14 ans pour que Red Cardell accouche non pas d’un album mais d’un spectacle. Les admirateurs du trio s’empresseront de dire que chaque concert de Cardell est déjà à lui seul un formidable show ! Et ils n’auront pas tort. Mais là, Jean-Pierre Riou, Jean-Michel Moal et Manu Masko ont eu le temps et les moyens, grâce au Théâtre de Cornouaille, de peaufiner une vraie création.
Durant des mois, nos trois bonshommes ont conjointement élaboré les musiques du nouveau CD (« Naître ») et le scénario du spectacle (« Red Cardell fait son bal ») sur une même histoire : « Ça parle de transmission », explique le chanteur Jean-Pierre Riou. « On raconte la naissance d’un individu et toutes les rencontres qu’il va faire sur son parcours en tant qu’enfant, adolescent, étudiant, jusqu’à la période où il va lui-même donner la vie et transmettre sa propre histoire ».
Cette nouvelle expérience s’est révélée riche de découvertes, autant humaines que musicales. Côté spectacle, les trois compères se sont adjoint les talents du metteur en scène Jean Beaucé. Et puis côté musique, ils ont fait la connaissance lors d’un séjour en Ukraine de musiciens et chanteuses qui ont pris plaisir à participer à leur enregistrement. De retour en Bretagne, ce sont la chanteuse Louise Ebrel, les rappeurs d’Alktraxx, l’accordéoniste Robert Kervran ou l’ex-complice de Penfleps Farid Aït Siameur qui ont complété la liste des invités.

Au Théâtre Max Jacob de Quimper jeudi, vendredi et samedi, Red Cardell se lancera dans cette aventure inédite pour dévoiler son projet à la fois discographique et scénique où l’ethno-rock se fait plus world, plus balkanique, plus... tri-bal !
« On joue avec ce qu’il nous reste de liberté »
Pour nous parler de ces nouveaux spectacle et album, Jean-Pierre Riou, chanteur de Red Cardell, nous a rendu visite la semaine dernière.
Comment est né ce spectacle ?
On avait envie de sortir un disque, mais on avait aussi envie qu’il y ait un spectacle derrière. Red Cardell a besoin de sortir un album par an : c’est la façon qu’on a choisie pour travailler et c’est la seule qu’on ait pour pouvoir exister. Mais on ne voulait pas cette fois-ci sortir un disque et aller faire encore notre promo cahin-caha, dans les troquets de 50 places comme dans les festivals devant 30.000 personnes. On a toujours marché comme ça parce qu’on fait de la musique populaire mais c’est vrai que là, on voulait aller plus loin. Notre but, c’était d’avoir un nouveau spectacle de Red Cardell dans lequel on ne serait pas obligé de jouer seulement six ou sept titres du nouvel album, et puis derrière toujours les anciennes chansons. On en avait un peu marre de ça. On voulait se renouveler. On a donc demandé à Jean-Yves Crochemore du Théâtre de Cornouaille s’il voulait bien nous suivre sur un projet artistique. Il a dit OK et puis voilà, ça s’est mis en route tranquillement.
Que va-t-il se passer sur scène ?
On a beaucoup travaillé sur l’aléatoire. Pour ce spectacle, on a pris deux fils rouges : la danse et le sens à travers la transmission comme premier fil rouge et le bal comme deuxième fil rouge. Pourquoi le bal ? Parce que c’était un lieu de rencontres. Lorsque les gens allaient au bal, ils ne savaient pas qui ils allaient rencontrer, ce qui allait se passer, ils ne connaissaient pas les morceaux que le groupe allait jouer, ni les regards qu’ils allaient croiser. Tout ça était aléatoire justement. Donc nous aussi, sur scène, on a choisi de fonctionner sur l’aléatoire. On utilise quatre écrans sur lesquels défilent des images: il y a des archives personnelles prêtées par quelqu’un qui a tourné en super 8 dans les années 50/57 et puis il y a des films que l’on a réalisés nous-mêmes. Mais pendant le spectacle, nous ne faisons pas exprès de faire coïncider tel passage vidéo avec telle musique. On ne tient pas compte du décor ou de la scénographie : nous, on fait Red Cardell, on fait notre concert, notre bal.
Y aura-t-il des invités ?
Il n’y a que Red Cardell sur scène. Au départ, on voulait avoir des danseurs et des musiciens. Et puis finalement, on s’est rendu compte qu’à trois c’était beaucoup mieux.
N’avez-vous pas été tentés d’inviter les chanteuses et musiciens ukrainiens ?
Si, bien sûr. Mais pour l’instant, c’est une question de budget. Par contre, pour l’été prochain ou pour la fin de l’année, on est sur deux projets de venue des Ukrainiens en Bretagne et de partage de la scène avec aussi les rappeurs d’Alktraxx.
Comment situez-vous ce nouvel album dans votre discographie ?
A part, parce qu’il y a des invités. Il n’y a jamais eu d’invités auparavant sur les disques de Red Cardell. Et là en plus, on en a carrément 14 ! Donc ça, c’est très différent. Et puis on a bossé dans des conditions super : on a travaillé sur un an, on est rentré en studio avec zéro matière, on a composé, écrit, enregistré, produit, mixé nous-mêmes la plupart des morceaux, bref, on a pris en charge l’enregistrement à 100 %.
Musicalement, je pense qu’on est toujours à la recherche de quelque chose. On essaye de trouver, d’améliorer ou de retrouver une fusion qui soit la plus originale, la plus sincère possible, celle qui nous ressemble le plus en matière de musique traditionnelle et de musique du monde, de rock, de musique actuelle et de chanson française. Ça, je pense que ce n’est pas si différent des autres albums dans la mesure où on essaye de garder notre cachet, notre couleur, on reste vraiment Red Cardell. On prend encore une autre direction mais on a toujours des choses à dire. Si on n’avait plus rien à dire, on aurait arrêté depuis longtemps.
Pour revenir au thème de la transmission, traduit-il de votre part une certaine nostalgie ou une inquiétude par rapport à l’avenir ?
Oui, sûrement. Je pense que l’inquiétude on l’a. C’est clair. Quand on voit le monde, on n’est pas du tout optimiste. On a plutôt tendance à jouer avec ce qu’il nous reste d’espoir et de liberté, mais on sait qu’on en a de moins en moins. Dans nos chansons, on n’aborde pas directement les thèmes politiques ou les engagements sociaux, mais on les exprime à travers plus de poésie, à travers la manière dont on agit depuis toujours, c’est-à-dire s’engager excessivement dans le groupe et dans notre musique. Mais il faut quand même être clair, on trouve que ça ne va pas du tout et tout le monde a l’air de l’accepter...
Aujourd’hui, on est bouffé par les financiers. Le capitalisme a gagné la guerre. La guerre froide a été remportée par le capitalisme, pas par le libéralisme : il faut dire les choses comme elles sont. C’est une période très triste. Mais peut-être qu’il faut regarder le monde plus largement maintenant. Je crois que désormais, et d’ailleurs ça se sent dans la musique, il existe des points de connection entre les peuples. Et ça, c’est peut-être une opportunité justement : une sorte de souffle qui pourrait se répandre entre les peuples du monde pour essayer de faire avancer les choses.Beaucoup d’artistes s’élèvent contre le projet de licence globale qui vise à légaliser le téléchargement contre un forfait. Quelle est votre position sur ce sujet ?
Moi, personnellement, je suis pour la licence globale. Je suis pour qu’on rentre dans le chou des fournisseurs d’accès et des multinationales qui se font du blé : il faut arrêter l’hypocrisie un peu, stop ! Moi, je dis que la licence globale c’est bien parce que justement ça peut être un moyen, par un contrôle de nous tous en tant que citoyens et par l’intermédiaire de l’Etat, de réguler un petit peu ce marché du téléchargement par internet. Si on paye 7 € par mois, ça représente un milliard d’euros de plus à répartir entre les artistes. Donc je trouve ça super. J’ai eu un doute au début mais quand je vois que ce sont les artistes qui font déjà toutes les émissions de télévision et ceux qui sont hyper « marketés » qui viennent dire qu’ils sont contre, ça me donne encore plus envie de dire que je suis pour la licence globale. En même temps, je comprends aussi l’inquiétude de certains labels indépendants qui disent que c’est dangereux parce qu’ils ne vont plus exister. Je pense qu’il y a peut-être un vrai débat à avoir : c’est le débat sur les sources de financement de la musique. On pourrait peut-être essayer de parler de tout ça.

Propos recueillis par Gwénaëlle Fleur


Jean-Michel Moal, Manu Masko et Jean-Pierre Riou en pause pendant les répétitions au Théâtre Max Jacob à Quimper.
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