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François Morel. En habits de chanteur

Le comédien François Morel troque ses « Habits du dimanche » contre un costume de chanteur. A Quimper mardi et mercredi prochains, il fera défiler ses chansons au gré d’une « Collection particulière » tout aussi fantaisiste que sincère. Non mais oh !

« Moi, j’aime le music-hall » chantait Trenet et reprenait Coluche. D’où ils sont, ces deux-là doivent bien se régaler à suivre le parcours unique de François Morel.


« C’EST MAGNIFIQUE »
Le bonhomme, né en 1959 à Saint-Georges-des-Groseillers en Normandie, aurait pu suivre la voie familiale... dans les chemins de fer. Mais il a préféré sortir des rails pour gagner la capitale et faire son trou dans le théâtre. Très vite, le comédien en herbe intègre la troupe de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff. Il joue en 1989 « Lapin chasseur », se distingue l’année d’après avec « Les frères Zénith », plonge « Les pieds dans l’eau » en 1992 et déclame en 1994 « C’est magnifique » aux côtés des inimitables Yolande Moreau et Bruno Lochet. Tout ce beau monde impose un ton nouveau : absurde, dérisoire, fantaisiste, clownesque, décalé et pourtant terriblement authentique. Quiconque a vu Yolande faire ballotter ses bourrelets en chantant « C’est magnifique » avec une vaporeuse conviction ne peut sortir intact de cette expérience théâtrale proche du délire. A ce moment-là, la révolution humoristique est en marche et toute cette petite bande crève l’écran en 1998 avec les irrésistibles Deschiens. François Morel et ses congénères dégénérés touchent à la popularité au fil de leurs sketches cruels et saugrenus. On se souvient bien sûr des bienfaits du gibolin, du 3615 code qui n’en veut ou des fromages de chez Morel. Un délice !


DRÔLE ET ATTACHANT
Les Deschiens, agitateurs de conscience ou agités du bocal ? Le mystère reste entier. En tout cas, François Morel décide de poursuivre sa carrière en solo : au cinéma, sur les planches, à la radio, il multiplie les projets et dévoile à chaque fois l’ampleur de son talent, qu’il s’agisse d’attendrir ou de faire rire. Avec « Les habits du dimanche », one-man-show drôle et attachant, il se taille une jolie réputation de performeur scénique. Il aurait pu continuer ainsi... Trop facile ! Il choisit alors de jouer les apprentis chanteurs. En auteur discret jusqu’ici, il offrait ses textes à Juliette ou Norah Krief. Mais avec sa « Collection particulière », il se lance et endosse le costume du crooner. Si son pianiste Reinhardt Wagner a composé toutes les musiques, c’est François Morel lui-même qui a écrit toutes les chansons de ce nouveau spectacle. Oui, oui. Et en plus, il les interprète ! Néanmoins, cette « Collection particulière » ne se décline pas en un simple défilé de titres. Beaucoup de petits joyaux d’humour et de surprises théâtrales l’alimentent, dans le pur esprit du music-hall. Car, comme Trenet et Coluche, François Morel « aime le music-hall (...) et le public qui rigole ».
« Le fils de Fernand Raynaud et Georges Moustaki... »
Au lendemain de la présentation de sa « Collection particulière » à Gap, François Morel nous a accordé un entretien matinal depuis sa chambre d’hôtel. Morceaux choisis.
Comment s’articule votre nouveau spectacle ?
En fait, c’est une sorte de récital oblique. Je voulais faire un spectacle de chansons mais je ne voulais pas que ce soit un simple récital avec un gars derrière un micro ou derrière sa guitare, ce que j’aurais été incapable de faire pendant une heure et demie. Je voulais que ça ait aussi un rapport avec le théâtre. Il y a donc 19 chansons dans le spectacle et en même temps, à l’intérieur de ça, il y a beaucoup de théâtre. Le fil rouge est composé des relations qui existent entre le pianiste et le chanteur.Le pianiste, c’est Reinhardt Wagner et le chanteur, c’est moi. Ce spectacle est aussi un peu comme un hommage à la chanson, comme un rêve sur le music-hall. Quand je voyais à l’époque Georges Brassens parler à son contrebassiste Pierre Nicolas, je me demandais toujours ce qu’ils pouvaient se raconter entre deux chansons. Donc c’est un peu l’envers du décor qu’on est en train de montrer aussi. Enfin, un envers du décor rêvé autour du music-hall et de la chanson.


Qu’est-ce qui vous a inspiré pour écrire ces chansons ?
C’est une « collection particulière » parce que ça va aussi un peu dans tous les sens. Je raconte plein de choses : il y a une chanson sur l’amitié, une autre sur le père, une sur ce qu’il est recommandé de ne pas dire, une espèce de chanson d’amour entre une feignasse qui fait constamment des fautes et un professeur de français, il y a également une chanson sur les insomnies...


Avez-vous envie de faire passer des messages dans vos textes ?
Pour les messages, il y a La Poste qui est très bien (rires). En tout cas, j’ai envie de partager des moments plutôt que de passer des messages. Je ne crois pas donner des leçons pendant ce spectacle. Ce n’est pas trop ma façon de faire. Je préfère partager des moments qui sont soit des instants de plaisir où je raconte juste une histoire, soit des choses plus intimes qui peuvent réunir beaucoup de monde.


Pourquoi avez-vous choisi de faire le chanteur ?
Entre « Les habits du dimanche» et ce spectacle-là, j’ai joué des films et des pièces de théâtre. Quand je suis au cinéma,ce n’est pas moi qui écris, donc je ne raconte pas des trucs à moi. Ce que j’adore faire aussi mais... J’aime bien passer d’un exercice à un autre. Je trouve que c’est très agréable de jouer une pièce avec plein de comédiens, c’est assez marrant la vie de troupe. Mais de temps en temps, c’est bien aussi d’essayer de raconter des choses plus intimes, plus personnelles, qui permettent de développer une complicité entre les spectateurs et l’artiste. En fait, comme on raconte toujours à peu près les mêmes choses, moi j’essaie de changer de support pour ne pas m’ennuyer. Sur scène, vous êtes accompagné d’un pianiste qui se nomme Wagner. C’est prestigieux tout de même... C’est marrant parce que je me suis souvenu que Fernand Raynaud avait un pianiste qui s’appelait Schubert. Moi, j’en ai un qui s’appelle Wagner, ce n’est pas mal non plus (rires). Sur ce spectacle, je crois qu’il s’amuse parce qu’il fait le comédien, ce qui ne lui arrive pratiquement jamais. On a l’un et l’autre un pari à jouer sur scène : moi essayer de faire le chanteur, lui essayer de faire le comédien.


Enfant, rêviez-vous de devenir artiste ?
Oui. J’aurais eu plus de facilités à entrer à la SNCF parce que ma grand-mère était garde-barrière, mon grand-père travaillait à la SNCF et mon père était souschef de gare à Flers dans l’Orne. Mais ça ne m’a pas motivé. Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais envie d’être artiste. Très jeune, je jouais des sketches devant mes copains à l’école et alors j’avais l’impression que j’étais plus intéressant que d’habitude. J’avais donc envie de retrouver ces moments-là plus souvent dans ma vie pour avoir l’air intéressant, pour faire mon petit intéressant. Mais quand j’étais petit et que je rêvais de devenir artiste, je ne savais pas bien si je voulais faire Fernand Raynaud ou Georges Moustaki, du théâtre ou de la chanson. En tout cas, tous ces gens-là me plaisaient bien. Donc aujourd’hui, si je représente le fils que Fernand Raynaud aurait eu avec Georges Moustaki, ça me va... (rires).


Vous approchez de la cinquantaine : est-ce que vieillir vous angoisse ?
Ce n’est pas ce qui me fait le plus rigoler (rires). Mais le fait de justement ne pas faire toujours la même chose, d’avoir l’impression par exemple à la quarantaine de démarrer un truc nouveau, inédit jusque-là, ça permet un peu d’éloigner les angoisses qu’on pourrait avoir sur le temps. Mais je connais peu de gens qui sont complètement tranquilles là-dessus. Je ne suis pas arrivé à cette sérénité.


Avez-vous des affinités avec la Bretagne ?
J’adore la Bretagne. J’y viens souvent pour les vacances. J’ai eu une période Belle-Ile. Là, j’ai une période Hoëdic. C’est un peu le même coin. Mais j’adore Bréhat aussi. Et Le Conquet, au-delà de Brest, c’est superbe ! Je ne vais aligner que des clichés mais ça n’est jamais ennuyeux la Bretagne. Quand on se promène le long des côtes, on voit des paysages magnifiques. J’aime bien me balader face au vent, à la pluie et regarder la mer. C’est une région que j’aime bien. Je ne déteste pas la pluie donc ça va. Je trouve qu’elle est belle aussi la Bretagne quand elle pleut, comme disait le poète. Et puis c’est un lieu de rêverie.


Les Deschiens vous ont rendu célèbre. Envisagez-vous de réintégrer un jour la troupe de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff ?
Ce n’est pas prévu. Mais cet esprit me plaît beaucoup. Je trouve les spectacles de Jérôme et Macha absolument magnifiques. Il y a une chose que j’adore chez eux : c’est la place donnée au spectateur. En fait, sur scène, les effets ne sont jamais soulignés. Le spectateur est obligé d’être intelligent et sensible, de venir avec son univers, son regard propre. Les spectacles de Jérôme et Macha, c’est comme une école du spectateur.

Gwénaëlle Fleur - 25 janvier 2006


François Morel endosse le costume de crooner pour présenter sa "Collection particulière".
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