Cali. L’énergique
Révélé en 2003 dans le paysage de la chanson française avec son album « L’amour parfait », Bruno Caliciuri, alias Cali, n’a pas tardé à y faire son trou. « C’est quand le bonheur ? » s’interrogeait le Perpignanais. Réponses de la critique (prix Constantin) et du public (500.000 exemplaires vendus) conquis par son univers : c’est tout de suite ! Trahisons amoureuses Les concerts généreux et fiévreux que Cali a multipliés jusque sur les scènes des plus importants festivals (exemple : devant 60.000 spectateurs à Carhaix aux Vieilles Charrues 2004) ont encore accru sa popularité.
Une grande marée de fans partage les regards qu’il porte sur son thème unique : l’amour. Chez lui, pas de bluette. Il est surtout question de ruptures, de trahisons amoureuses et des sentiments douloureux et violents qu’elles peuvent déclencher. « Menteur > , son nouvel album sorti en octobre dernier, ouvre d’ailleurs sur un plaintif « Qui se soucie de moi ». Le titre devenu tube est très symptomatique de l’univers de Cali : les propos traduisent le désespoir de l’amant rejeté et du père meurtri, mais les paroles se développent sur une musique entraînante et tonique. Le succès de Cali tient en partie à cela : c’est l’énergique du désespoir. Il sait même faire reprendre en chœur avec le sourire les infamies qu’il débite dans « Je te souhaite à mon pire ennemi ». Heureusement, Cali n’a pas qu’une vision déchirée de l’amour. Il sait aussi se montrer passionné (« Je ne vivrai pas sans toi »), charnel (« La fin du monde pour dans dix minutes ») voire facétieux (« Roberta »). La victime sait également endosser le costume du bourreau. Illustration dans la chanson « Je m’en vais (après Miossec) ». Pourquoi un tel titre ? « La chanson "Je m’en vais" de Miossec qui est dans son album "1964" est énorme, exceptionnelle,admire Cali.Elle est tellement belle qu’en reprenant ce thème, on ne peut plus arriver qu’après lui ». En mars, un livre co-signé Laville et Colin intitulé « Cali & Miossec : Rencontre au fil de l’autre » montrera combien est grande la complicité qui unit ces deux ténors de la chanson française d’aujourd’hui.
« L’amour est aussi doux que cruel »
Cali fignolait la nouvelle version de son spectacle à Lille lorsqu’il nous a accordé cet entretien il y a quelques jours. L’homme parle avec le chaud accent de son Languedoc-Roussillon natal.
Qu’y a-t-il de nouveau dans votre spectacle ? Deux cuivres viennent renforcer l’équipe. Cela donne des nouvelles couleurs. Le deuxième album est sorti depuis maintenant quelques mois, on a pu mieux l’assimiler. Du coup, on peut s’amuser et partir un peu plus dans tous les sens. On essaie de développer tous ses reliefs. Vous affirmez qu’un artiste doit toujours se mettre en danger. Avez-vous le sentiment de l’avoir fait avec votre album « Menteur » ? Il ne s’agit pas de danger vital, mais je crois que la mise en danger doit d’abord concerner son existence. Je pense qu’il faut aller très loin, pousser à fond les amitiés, les amours. En tout cas, c’est ce qui se passe dans ma propre vie. Pour « Menteur », je ne sais pas si je me suis réellement mis en danger parce que j’étais quand même accompagné de musiciens exceptionnels et que Daniel Presley, déjà producteur de mon premier album, était là pour cadrer un peu le tout. Quand je me posais des questions en me demandant si ça ne partait pas un peu trop dans tous les sens, il me rassurait en me disant que tout allait bien. C’était un danger relatif, ça reste d’abord un grand jeu. Samedi, vous vous produisez à Guipavas. Qu’est-ce que cela vous fait de chanter sur les terres de Miossec ? Je connais Guipavas à travers son aéroport puisque j’étais allé y récupérer Miossec pour l’accompagner à Ouessant. J’ai un total respect pour lui. Avant de le rencontrer, je l’ai connu à travers ses premiers albums et je dois dire que pour moi, son disque « Boire » a été la claque absolue ! J’écrivais de mon côté de petites chansons très personnelles que je n’avais jamais osé montrer à personne. Miossec est alors arrivé, sans pudeur, à montrer sa vie à cœur ouvert et à parler d’amour crûment : ça m’a incité à suivre ces traces-là. Lui et Dominique A ont fait un bien fou. Ils ont été le déclic de ce que les gens appellent aujourd’hui une nouvelle chanson française. Votre succès est aussi fulgurant qu’il a été long à se dessiner. Etait-ce finalement une force d’avoir dépassé la trentaine pour se retrouver projeté en pleine lumière ? Je pense. Pour moi en tout cas la réponse est oui. J’avais besoin de toutes ces années de vie sur la route, de groupes, d’expériences pour être déjà à la hauteur de ce qu’on me demandait. Je pense que tout est arrivé à temps. Plus tôt, ça aurait été trop tôt. L’apprentissage et les premiers groupes, puis les bals de village, puis l’écriture de chansons qui me correspondent, ça m’a demandé beaucoup de temps. Mais je n’ai pas l’impression d’avoir tant attendu ni galéré parce qu’à partir du moment où je me suis senti prêt, tout est allé très vite. Depuis combien de temps êtes-vous musicien ? J’ai démarré dans des groupes très punk à 17 ans : ça fait donc 20 ans de ça. On poussait des cris, on jouait sur des basses à une corde qu’on n’accordait pas, c’était plutôt des performances (rires). Après, j’ai appris la guitare sur la route et puis le piano sur le tas petit à petit. Je me sens musicien mais c’est difficile de dater ça. Vous chantez l’amour sous tous les angles. Quel personnage vous inspire le plus : l’amant largué, l’amoureux transi, le romantique ? Je crois que dans les trois on peut trouver des pépites à développer. Mais c’est vrai que l’amant meurtri, c’est pas mal (rires). Ça peut aller très loin ! C’est toujours cruel l’amour ? Oh, c’est aussi doux que cruel. Il y a des moments très doux qu’il faut cajoler parce que, juste après, ça devient très cruel. Mais quand c’est très cruel, il faut se dire qu’après ce sera sûrement très doux... Quelle est la part d’autobiographie dans vos textes ? Enorme ! Avant Cali, j’avais un groupe qui s’appelait Tom Scarlett où j’écrivais des chansons un peu imagées qui partaient dans tous les sens, difficiles à décrypter, même pour moi (rires). Quand le groupe s’est arrêté, j’ai rapidement écrit tout ce qui m’arrivait personnellement : mes histoires d’amour, mes déboires... En plus, j’étais en plein naufrage amoureux : il y a une énorme part d’autobiographie, oui. Dans votre chanson « Roberta » aussi ? Ah (rires) ! Cette histoire d’amour avec une dame de 82 ans ne m’est pas tombée dessus, mais c’est passé juste à côté. Elle concerne une femme de mon village que je connais depuis toujours, j’ai juste changé son prénom. Elle a passé sa vie avec son mari et quelques mois après sa mort, elle s’est mise avec un jeune de trente ans. Et c’était bien parce qu’elle ne se cachait pas : on la voyait monter derrière sa mobylette, lui rouler des pelles sur la place du village ! C’est rigolo parce que c’est comme si elle nous disait : laissez-moi profiter des dernières années de ma vie ! Dans quel habit musical vous sentez-vous le mieux : le rock, le classique, la chanson plus standard ? Dans tous : j’ai envie de garder cette liberté-là. J’écoute du classique, de la chanson, du très punk, du très rock, parfois de la techno. Je m’intéresse à beaucoup de choses. Je pense qu’en ce sens, Arno est l’homme à suivre. C’est le plus libre d’entre nous. Chanson, fanfare, punk, il peut tout faire et ça reste toujours Arno. J’aimerais suivre ces traces-là. Ecrivez-vous pour d’autres artistes ? Depuis peu de temps, oui. On me l’a demandé, je ne m’en sentais pas trop capable et puis je me suis jeté à l’eau et j’y prends goût. Je trouve ça jouissif de prendre le risque de donner une chanson qu’on peut me rejeter à la figure en me disant que c’est nul. Pour l’instant, j’ai fait une musique pour le dernier album d’Hubert-Félix Thiéfaine, ainsi que deux chansons pour Dani.
Frédéric Jambon
le 18/01/06
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Cali cisèle des mots d’amour vache et les chante avec l’énergie d’un rockeur.
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