Avec la sortie de « C’ pas triste ! », vous maintenez la cadence d’un album tous les deux ans. A combien d’exemplaires s’est vendu le précédent, « Sale temps pour les gros » ?
PATRICK AUDOUIN.- Pratiquement 20.000 ! Quant au nouveau, il avait bénéficié de 7.000 précommandes et fait actuellement partie des deux meilleures ventes chez les disquaires brestois.
Bon, que l’album soit un peu le cadeau que s’offrent les Brestois, ça peut paraître normal. Mais c’est vrai que pour atteindre le nombre de 20.000 exemplaires vendus - pratiquement un score national -, Brest n’y suffit plus. Cela montre que les Goristes sont un groupe dont la popularité s’étend. Alors, on est très content, bien sûr !
Comme quoi les auditeurs d’ailleurs peuvent adhérer à des thèmes qui semblaient bresto-brestois : comme le changement d’appellation de la CUB, la Communauté Urbaine de Brest, en BMO, Brest Métropole Océane. Ce qui n’a évidemment pas manqué de vous inspirer une chanson.
JEAN-PAUL FERREC.- On ne pouvait pas rater ça. J’ai d’ailleurs vu l’œil inquiet de certains élus qui sont venus écouter la chanson en concert. Ils ne sont pas toujours très rassurés lorsqu’ils viennent découvrir notre nouveau répertoire (rires) !
PA.- Ce qui m’a étonné par rapport à la chanson « BMO », c’est de voir comme le public a accroché quand on l’a jouée récemment dans le Morbihan. Finalement, ça se passe partout un peu pareil. Ce morceau-là se révèle beaucoup plus universel qu’on ne le croyait.
« Le ’Tit Jésus est un Brestois » est-il le tube du nouvel album ?
JPF.- C’est vrai qu’actuellement il plaît beaucoup aux programmateurs de radio. Mais c’est aussi sûrement parce que l’album sort en période de Noël.
PA.- Le texte est d’Yvon Etienne. Pour la musique, il a demandé à Jacky Bouilliol qui est un jazzman de s’y coller. C’est lui qui en a fait les arrangements gospel.
FANCH LE MARREC.- Et tu sais pourquoi le gospel nous plaît ? Parce que nous sommes tous les huit nés gros et spirituels (rires) !
Comment naît une chanson des Goristes ?
PA.- Au départ, il y a une démarche individuelle de quelqu’un qui écrit soit un texte, soit directement un texte avec sa musique.
JPF.- Par exemple, j’ai écrit les paroles de « L’aventure camarétoise », mais je sentais bien Ti Niais (NDLR : Patrick Audouin) pour la musique. Il l’a composée et après, ça a été le passage à la troisième phase, celle des arrangements. Cela, c’est le boulot des trois musiciens : Patrick Audouin, Jacquy Thomas et Jacky Bouilliol.
PA.- On forme un groupe dans le groupe, avec d’ailleurs notre propre nom : Les Gars du Cru. C’est une contrepèterie... Mais sous des dehors un peu patronage - je pense à nos déguisements en disant cela -, on fait les choses très sérieusement. Parce que ce n’est pas possible de faire autrement. C’est toute une construction savante à mettre en place. Il y a huit chanteurs qui n’ont pas les mêmes personnalités, culture musicale, tessitures, interprétations et tout ça. Il faut distribuer et bien organiser l’ensemble, chercher la tonalité convenant à tous... C’est un peu le même boulot que celui que faisaient les frères Jacques.
Y a-t-il un consensus sur les paroles des chansons ?
PA.- Il y a des paroles sympas à lire mais qui ne marchent plus lorsqu’il s’agit de les chanter. Il faut alors trouver des compromis avec l’auteur pour changer des mots, des petites phrases.
JPF.- Et ça n’est pas simple, ça devient l’auteur contre tous les autres !
PA.- Oui, du coup, c’est le village gaulois, ça boude de tous les côtés (rires) !
Ensuite, on passe au vrai travail d’harmonisation. L’élaboration d’un album prend un an à peu près : entre l’arrivée des textes, le choix des chansons, la distribution des couplets et des phrases à chacun et l’écriture des parties musicales.
Pourquoi trouve-t-on de nombreux styles musicaux dans « C’ pas triste ! » ?
PA.- Nous, les trois musiciens, nous avons commencé par faire des bals. C’est peut-être une réminiscence de ça. Mais surtout, on ne veut pas faire toujours le même album. Au début, c’était sommaire, le disque était bouclé en une semaine !
Ici, on trouve du chacha, de la fanfare, des trucs un peu Graeme Allwright ou Dylan, des touches de rock.
De toute façon, avec les Goristes, tout est permis. Il ne faut pas se poser trop de questions.
Votre tour de chants est-il complètement renouvelé ?
PA.- Oui, c’est le résultat de notre parti pris d’enregistrer un nouveau disque tous les deux ans. Ça implique de tout casser. Ce n’est pas facile de changer complètement une heure et quart de spectacle quand le précédent marchait bien. On a la trouille au ventre tous les deux ans !
Mais si on arrêtait de faire ça, le groupe serait fini. C’est vital pour les Goristes d’être « insécurisés ».
Lesquelles de vos anciennes chansons demeurent incontournables ?
JPF.- Pour le moment, « La Penfeld aux Brestois » demeure un sujet de militance alors on la garde.
FLM.- Mais on a des chansons comme « La Gwerz bavaroise » qui faisait un vrai tabac à chaque concert et qu’on ne joue plus. Il faut trouver un autre équilibre, on ne peut pas y échapper.
Frédéric Jambon. 14/12/2005