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Jean-Louis Brossard. « on sent une force nouvelle »

Directeur artistique des Transmusicales depuis les origines, le programmateur Jean-Louis Brossard apporte une fois encore une hotte pleine de coups de cœur et de surprises.

Le rock est en force dans cette nouvelle édition des Trans. S’agit-il d’un retour de flamme ?
Oui, le rock est très présent, mais il n’a jamais disparu des Trans. Seulement on le voyait moins parce que les nouveaux courants comme l’électronique ou le hip hop avaient tendance à le masquer. En ce moment, on sent vraiment une force nouvelle. Est-ce parce qu’après avoir pris les platines, les gens se remettent aux guitares ? En tout cas, je trouve cela très excitant, plus même qu’il y a deux ans où on avait assisté un peu à un retour des années 80. Cette fois, c’est plus neuf. Ça me fait même penser à l’effervescence de la période punk des années 77-78 : dans l’énergie et dans l’envie de sortir des groupes.

A quoi ressemble le rock de la fin 2005 ?
Il est plein de couleurs. Il a un côté un peu électro, parfois, il se mélange avec le hip hop. On note une présence des claviers tout en ayant beaucoup de guitares, et puis évidemment des voix. Que les groupes soient anglais, suédois, norvégiens, tu sens qu’il y a de vrais chanteurs.

Avez-vous programmé des groupes découverts au cours de vos voyages de l’année ?
Par rapport à l’an passé, j’ai moins bougé, mais je suis quand même allé en Norvège et en Chine parce qu’il y avait les Trans à Pékin cette année. Et j’ai ramené de Chine une chanteuse... turque que j’ai vue en mai en première partie du groupe chinois Iz que j’adore. Elle s’appelle Saadet Türköz. Elle était venue chanter quelques morceaux a capella et elle m’a vraiment soufflé ! Même si ça n’a rien à voir musicalement, dans la puissance, la force et l’émotion, ça m’a fait penser à Denez Prigent lorsqu’il chante a capella. Je vais la faire jouer 20 minutes, il ne faut pas rater ça.

Parmi les autres formations que vous aviez absolument envie de faire découvrir, qui pouvez-vous citer d’autres ?
Le groupe japonais Soil & « Pimp » Sessions par exemple : c’est un groupe de jazz complètement étonnant qui ne fait que des morceaux de deux minutes trente. Ils sont cinq mais ça sonne comme un big band. Ça envoie grave ! Il y a aussi Mattafix, le groupe qu’on présente un peu comme le nouveau Massive Attack. Le chanteur a une voix exceptionnelle, c’est magnifique. J’attends aussi Brian Jonestown Massacre avec son côté rock un peu déjanté, et puis Hayseed Dixie. C’est un groupe de bluegrass qui ne reprend que des morceaux de metal ou de hard-rock. C’est complètement atypique, personne d’autre ne fait ça et j’avais envie de le montrer.

On trouve aussi des superstars internationales, à commencer par les Fugees.
Oui, c’est le gros morceau. Ils avaient arrêté pour mener des projets solo et puis là, il y a le nouvel album qui sort en 2006 et une tournée européenne. La première date en France est aux Trans et c’est aussi la seule qu’ils font dans le cadre d’un festival.

Quels autres grands noms sont à l’affiche ?
Primal Scream : ça faisait au moins cinq ans que j’essayais de les avoir. Sur scène, c’est du pur rock’n roll, c’est magique. Il y a aussi les Undertones. C’est une pépite ! Avec eux, c’est l’histoire du rock qui déboule.

Quels personnages hauts en couleur avez-vous programmés cette année ?
Rufus Harley par exemple : il a 68 ans et joue du jazz à la cornemuse ! Aux Trans, il sera exceptionnellement accompagné du saxophoniste Byard Lancaster et de Jalal, un des premiers chanteurs des Last Poets, un groupe précurseur du rap que j’avais fait venir aux Trans.

Que pensez-vous des Russes de Messer Chups ?
J’en attends du fun parce qu’à la base c’est un duo basse-guitare avec des effets. J’aime bien ce côté un peu musique de science-fiction et leur tendance surf. En plus, ils ont invité Lydia Kavina. Elle joue du Theremin et est la petite-fille de l’inventeur de cet instrument incroyable.
XXVIIe rencontres Transmusicales
Désormais bien installées dans les différents halls du Parc des Expositions, les Rencontres Transmusicales de Rennes vont vivre leur 27e édition de jeudi à samedi. Avec près de 80 formations invitées, ce sont les forces vives d’une vingtaine de pays parfois fort lointains (Japon, Chine, Brésil, Etats-Unis, Canada...) qui ont été conviées à faire entendre de quoi demain sera fait. Parce que les Trans demeurent un incomparable festival de découvertes à l’échelle mondiale.

Quelques mythes

Si l’on en croit la programmation du directeur artistique Jean-Louis Brossard et de son équipe, l’avenir sera rock. Le genre a repris de la vigueur et affiche une vitalité éclatante. Voilà pourquoi il est très bien représenté cette année. Mais pas au point d’étouffer les autres courants majeurs des musiques actuelles : électronique, groove et world (terme fourre-tout pratique pour désigner les musiques non-occidentales).
C’est acquis, la vocation des Trans est bel et bien de projeter en pleine lumière des groupes peu ou pas connus. Il y en a même qui donneront leur premier concert à l’occasion de la manifestation. Ce sera le cas du Français Joakim ainsi que du combo israélo-palestinien Boogie Balagan.

Dénicher des talents n’empêche pas d’apprécier les grands groupes qui ont marqué l’histoire de ces dernières décennies. Ainsi, le public pourra applaudir quelques mythes à l’occasion des 27e Trans : les Nord-Irlandais d’Undertones, les Britanniques de Primal Scream, le Jamaïcain Winston Mc Anuff et les kings de l’électro de Coldcut.

Liste à laquelle il faut évidemment ajouter le nom des Fugees. Leur concert de jeudi s’annonce comme l’un des temps forts de l’édition. Après des escapades en solo, Lauryn Hill, Pras et Wyclef Jean reforment le trio dont le mélange de rap soul-jazz, de R’n B et de reggae a déjà fait vibrer la planète.
En attendant les fièvres nocturnes, les après-midis au Hall 5 vont permettre de découvrir la relève française. Il paraît qu’il ne faut surtout pas manquer la chanteuse Dajla vendredi ! Une invitation d’autant plus honnête que les concerts du Village sont gratuits.

Fréderic Jambon


Jean-Louis Brossard : "J'ai ramené de Chine une chanteuse... Turque."
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