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Musique Traditionnelle. Botuha de retour

Le Championnat de Bretagne de Musique Traditionnelle souffle sur le Château de Tronjoly dès vendredi à Gourin, près de Pontivy. Festoù-noz et sonneurs seront au rendez-vous jusqu'à dimanche. Parmi eux, le duo Jorg Botuha/Philippe Quillay, vainqueur de la catégortie koz l'an dernier, a su séduire le jury dans le passé. En effet, avec 12 titres de champion de Bretagne à son actif, Jorg Botuha (à gauche de notre photo) est l'un des sonneurs de bombarde les plus récompensés de la région. Rencontre avec un homme, luthier de métier, imprégné de la culture bretonne jusqu'au bout des ongles.

Propos recueillis par Aurélie Daniel Combien de fois avez-vous participé au Championnat de Bretagne de Musique Traditionnel à Gourin ?
Depuis 1988, je joue dans les catégories koz et braz. Je dois donc approcher les quarante participations (rires).


Que représentent les nombreuses
distinctions reçues ?
Ça fait plaisir certes, mais bon, il y en a certains qui disent qu'il est temps que je prenne ma retraite (rires). Je devais partir l'an dernier mais l'insistance de mes compères et de nombreux concurrents m'a poussé à rester encore un peu.
Considérez-vous le Championnat comme un véritable challenge ou reste-t-il une notion de plaisir ? Il y a des deux, sinon on ne le ferait pas. C'est une communion, une rencontre entre copains, l'occasion de revoir tout le monde.
Comment voyez-vous son évolution ? Bien. Lorsqu'on écoute les enregistrements des années 70, on se rend compte que le niveau a nettement augmenté sur le plan instrumental, technique et musical. Il y a de plus en plus de gens qui jouent en couple et donc beaucoup de chance de voir des progrès.
Quel est votre rapport à la musique traditionnelle ? Je suis un gars de la campagne et aussi un enfant des Chanteurs de Pluvignier. J'ai entendu la tradition chantée encore vivante. J'ai passé mon enfance dans un environnement où la langue bretonne était très présente. La curiosité m'a poussé à collecter auprès des gens qui m'ont appris à sonner. Toute cette richesse populaire aurait pu partir aux oubliettes. Cet imaginaire irremplaçable fait qu'il existe un répertoire riche, séduisant et qui ne laisse pas indifférent.
Qu'est ce qu'apporte votre métier de luthier en tant que musicien ? C'est dur de fabriquer un vélo performant si vous ne savez pas monter dessus. Très simplement, les deux s'allient, telle une symbiose.
Comment vivez-vous cette sorte d'immersion totale dans le mileu ? Je fais cela tout à fait naturellement. J'arrive à faire la part des choses. Je monte à la fois sur le podium pour mettre un titre en jeu et je bichonne les instruments des autres couples qui vont peut-être nous battre à Gourin, une chose qui s'est d'ailleurs déjà produite. J'aide tout le monde et sans heurts.
On compare votre technique à celle d'un musicien de jazz. Qu'en pensez-vous ? Peut-être oui, mais le jazz à la mode ancienne alors, celui de la période Armstrong. Côté improvisation, c'est vrai que je suis un peu déroutant. Je pars dans des trips et mes compères sont parfois obligés de s'accrocher aux rideaux. J'aime jouer sans filet.
Quelle sont vos références en matière de musique bretonne ? Plusieurs personnes m'ont marqué dont Yvon Palamour de Pluvignier, qui m'a appris à sonner, et Jean-Claude Jégat, un très grand sonneur de bombarde de Pontivy. Le premier ne joue plus car il est âgé et le second est décédé. Après, on construit sa personnalité musicale autour de ses influences.
Vous vous produisez exclusivement en duo avec Philippe Quillay ? Non. On joue surtout en trio avec Pascal Guingo à la cornemuse. Il existe une réelle complicité musicale entre nous.
Préférez-vous jouer des mélodies ou des danses ? Elles sont toutes les deux aussi intéressantes. On ne raconte pas la même chose, on ne séduit pas de la même façon. La danse reste chouette parce qu'elle permet de communier avec les gens.
Avez-vous des méthodes de préparation ? Non, ce n'est pas du tout mon truc. J'ai horreur de bossser (rires). Dès l'instant où on a la chose dans la tête, on l'a dans les doigts.
Comment envisagez-vous l'avenir de la musique bretonne ? J'aimerais bien la voir avec une langue bretonne plus vivante autour d'elle mais malheureusement, ce n'est pas le cas. L'originalité de cette musique réside dans le fait qu'elle ait été construite autour de la langue. N'existant pratiquement plus, on invente autre chose qui n'a plus la même saveur.
Un peu pessimiste ? En ce qui concerne la langue bretonne, je suis réaliste. Les paroles, les promesses des personnes politiques et autres ne sont que des voeux pieux. On ne voit aucune décision sérieuse pour remettre la langue bretonne sur pied. La musique se portera bien puisqu'elle se renouvelle avec des gens doués. Elle est abordée sous des couleurs et des angles différents : jazz, rock, hip-hop. Elle s'accomode à de nombreux genres et c'est pour cela qu'elle reste vivante.
Que dire de cette ouverture ? C'est très bien, je suis content de voir cela. Elle touche un autre public et donne une image positive de la Bretagne.
Remarquez-vous une baisse de fréquentation des festivals traditionnels ? Il reste des endroits où on voit encore beaucoup de monde. Je pense qu'il existe une élimination des choses un peu superflues et seul le vrai reste.
Des projets ? Cela fait des années que l'on prévoit de faire un disque, (rires) mais trop de travail. Je suis l'un des plus titrés en Bretagne et je n'ai jamais rien enregistré...


"Je pars dans des trips et mes compères sont parfois obligés de s'accrocher aux rideaux. J'aime jouer sans filet."
Et aussi...
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