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Cité de la voile. L'hommage à Tabarly
Il y a bientôt dix ans, Eric Tabarly périssait en mer d'Irlande. Hier, Lorient inaugurait la Cité de la Voile en son honneur. Retour sur un marin d'exception. Sagesse, modestie, discrétion, ténacité, courage, droiture d'esprit : toutes ces vertus lui ont été prêtées au moment de sa disparition en mer d'Irlande, en juin 1998. A juste titre parce qu'Eric Tabarly n'a jamais dérogé à ces valeurs. Refus des compromissions, des calculs, il était parfaitement droit dans ses bottes. Son parcours est celui d'un homme libre qui a mené la vie dont il avait rêvé. « Eric n'a jamais fait quelque chose qu'il n'avait pas envie de faire ». Cette remarque revient comme un leitmotiv dans la bouche de ses amis. Il a tracé son sillage net, profond, sans bavure. Aspiré par le tourbillon de la gloire, il a toujours gardé le même cap. La Légion d'honneur, la rencontre avec le général de Gaulle et, plus encore, les sollicitations qui ont lesté son quotidien après sa victoire historique dans la transat anglaise 1964 n'ont pas changé ce jeune enseigne de vaisseau alors inconnu.
Génie visionnaire
Le coup de canon qui a salué son arrivée victorieuse à Newport dans la transat anglaise 1964 devant le grand favori Sir Francis Chichester a résonné pendant des années dans toute la plaisance française. Encore balbutiante, l'industrie nautique tricolore a surfé sur la vague levée par le succès de ce roc breton à la barre de son ketch Pen Duick II. Un exploit qui a marqué le début d'une exceptionnelle carrière. Pendant trente ans, Tabarly a exprimé sur toutes les mers du monde son immense talent de marin et son esprit avant-gardiste en matière d'architecture navale. Monocoque, multicoque ou foiler, il a souvent joué les pionniers et contribué à faire avancer concepts et techniques. Il a marqué de son génie visionnaire le monde de la course au large. Quelques revers sportifs ont émaillé son parcours, mais sans jamais entacher l'image de ce héros définitivement consacré comme le marin de référence, le maître pour tous ses pairs. Le grand tour de magie de Tabarly est d'avoir réussi à faire de la voile, alors réservée à une caste d'initiés, un sport plus populaire. Il a hissé une voile dans le coeur des Français et donné le signal de la ruée vers la grande bleue.
L'esprit Tabarly
Aujourd'hui, l'esprit Tabarly continue à souffler grâce à tous les navigateurs qu'il a formés à bord des différents Pen Duick. D'Olivier de Kersauson, le fidèle second, à Philippe Poupon, de Marc Pajot à Michel Desjoyeaux ou Roland Jourdain, de Titouan Lamazou à Jean-Louis Etienne, de Jean Le Cam à Alain Thébault, porteur du projet hydroptère, ses talentueux héritiers sont légion dans le monde de la voile. Et tous gardent d'émouvants souvenirs des moments partagés à ses côtés sur les océans de la planète. Autant que le marin d'exception, la personnalité de l'homme secret réputé pour ses silences a marqué les esprits. Dans un siècle dévolu à l'hyper communication, la suprême élégance de Tabarly est d'avoir contenu ses états d'âme, d'avoir maintenu sa légendaire discrétion. Ce qui séduit aussi, c'est le mélange serein de non-conformisme et le respect de certaines valeurs, l'attachement à la tradition doublé d'une totale modernité d'esprit. Une dualité parfaitement résumée par une phrase de son épouse Jacqueline : « Eric, c'est l'homme complet enraciné dans le passé, la tête perdue dans l'avenir et le corps en mouvement dans le présent ». Ce personnage inoxydable, toujours animé d'une formidable envie de naviguer, était déjà entré dans la légende de son vivant. Il avait déjoué tellement de traquenards sur tous les océans du monde qu'on le croyait éternel. Sa disparition en mer d'Irlande à bord de Pen Duick, son bateau préféré, a involontairement ajouté à la puissance du mythe. L'esprit Tabarly va maintenant planer sur cette Cité de la Voile, ancrée à Lorient à quelques encablures des chantiers de La Perrière, où sont nés trois des six Pen Duick (*). * Pen Duick III, le trimaran Pen Duick IV (I e r grand multi-océanique) et Pen Duick V.



C'est sur l'un de ses Pen Duick, son bateau préféré - ci-contre lors d'essais sur le IV - qu'Eric Tabarly a trouvé la mort en juin 1998. . Photo Claude Laurent
Sources
Le Télégramme
18/05/2008
Rubrique: Bretagne
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