Festival de Cannes. Ombres et lumières
Si l'entrée en matière du Festival de Cannes a été plutôt sombre, Woody Allen a enchanté la Croisette avec « Vicky Cristina Barcelona », une comédie légère,
teintée d'auto-dérision, présentée hier hors compétition.
Enfant de la contre-culture américaine et militant des causes humanitaires, Sean Penn, le président du jury de ce 61 e Festival, a prévenu dès le début. Il n'est pas là pour faire l'acteur mais bien pour donner une coloration politique au palmarès proclamé dimanche prochain, affirmant que le cinéma ne peut être indifférent au monde qui l'entoure, notamment en Birmanie et en Chine.
Une large part au social
et au politique
Pour résumer : les cinéastes primés l'auront été en partie grâce à leur conscience des malheurs de notre monde. Un mot d'ordre largement relayé par les membres du jury, à l'exception de la réalisatrice iranienne Marjane Satrapi, rappelant qu'il ne faut pas confondre une « oeuvre d'art » et « un tract que l'on jette aussitôt ». Reste que Sean Penn et ses jurés ne seront pas déçus par la sélection officielle qui, cette année encore, fait une large part au social et au politique.
Un glaçant thriller
Autant dire qu'on est loin du glamour et des paillettes de la Croisette, si l'on consulte le menu de cette 61 e édition qui s'est ouverte avec le film brésilien « Blindness », glaçant thriller sur une humanité livrée à ses plus bas instincts. Après cette entrée en matière plutôt sombre, on est passé à quelques plats de résistance sur la guerre au Liban, dans les années 80 (« Valse avec Bashir »), une prison en Argentine (« Leonara »), puis une autre, celle de Maze, en Irlande du Nord, réservée aux prisonniers de l'IRA, enfin, la vie d'une famille pauvre du côté de Sao Paulo (« Linha de Passe »), les méfaits de la mafia napolitaine (« Gomorra ») ou de l'expansion immobilière du côté de Chengdu, en Chine. D'ailleurs, le réalisateur Jia Zhang Ke et l'équipe de ce seul film chinois en course pour la Palme d'or ont observé une minute de silence en mémoire des victimes du séisme qui a ravagé le sud-ouest de la Chine.
La fantaisie
de Woody Allen
Seul Woody Allen, qui refuse toujours d'être en compétition, est venu apporter un peu de fantaisie et de rires avec son nouvel opus, tourné non pas à New York ni à Londres, mais à Barcelone. Résultat : « Vicky Cristina Barcelona », une jolie étude de caractères sur le couple et l'amour et son carburant essentiel, la séduction et l'érotisme, avec un réjouissant casting, Penelope Cruz, Scarlett Johansson, Rebecca Hall et Javier Bardem.
Le sourire d'Angelina
Bref, à mi-chemin du festival, il faut plutôt chercher l'évasion et l'aventure avec « Indiana Jones IV » (sortie en salles mercredi prochain) qui voit le retour de Harrison Ford, 65 ans, sous la direction de Steven Spielberg.
Autre poids lourd américain, Clint Eastwood, est également très attendu avec son nouveau film, « L'échange », où figure notamment Angelina Jolie, seul sourire de ce festival qui, derrière sa vitrine glamoureuse, a toujours privilégié des films sur l'état de notre pauvre monde.