Lait. Pourquoi cette nouvelle crise
Depuis deux semaines, la campagne bretonne est agitée par une nouvelle crise du lait. Une réunion est prévue aujourd'hui entre les producteurs et le groupe privé Entremont. Voici les clés pour mieux comprendre ce conflit qui pourrait faire tache d'huile.
Pourquoi cette crise ?
La crise a démarré avec la décision d'Entremont-Alliance de payer ses producteurs à un prix moindre que prévu en juillet. Le groupe laitier a augmenté de 30 euros pour 1.000 litres le prix du lait alors que les producteurs s'attendaient à une augmentation de 49 euros. Le leader européen de l'emmental justifie sa décision par la nécessité d'avoir un prix en phase avec la réalité du marché et la concurrence européenne. Il fait état également d'un effondrement des cours du lactosérum - ce qui reste du lait quand on a produit le fromage -, un produit qu'il valorise donc moins bien actuellement. Etranglés par la hausse importante de leurs charges, les producteurs bretons estiment que le compte n'y est pas et qu'ils n'ont pas suffisamment profité de la flambée des cours de 2007 liée à la pénurie mondiale de lait. Ils ne veulent pas non plus être les seuls producteurs de France à subir cette baisse.
Qui fixe le prix du lait ?
Depuis 1997 et jusqu'à juin dernier, le prix de base du lait faisait l'objet d'un accord national entre producteurs et transformateurs. Cet accord prenait la forme d'une recommandation que chaque région adaptait en fonction de ses spécificités. Ce système a été remis en question en juin par la Direction de la concurrence, sous la pression du gouvernement qui voit d'un mauvais oeil la hausse des prix dans les magasins. Mais producteurs et transformateurs reconnaissaient aussi que le système était trop décalé par rapport à la vitesse d'évolution du marché et qu'il péchait par son manque de réactivité.
Qui dirige Entremont ?
Entremont-Alliance est né en 2005 du mariage entre deux spécialistes de l'emmental, le savoyard Entremont, basé à Annecy, et le breton Unicopa, groupe coopératif installé à Morlaix. Au lendemain du mariage, Unicopa perdait le contrôle de sa branche laitière puisque la Compagnie nationale à portefeuille (CNP), propriétaire d'Entremont, prenait 63,5 % du nouvel ensemble contre 36,5 % à Unicopa, qui détient tout de même la minorité de blocage. Si Unicopa a gardé un pied dans la maison, le pouvoir de décision s'est clairement déplacé de Morlaix à Annecy, mais aussi à Charleroi, en Belgique, siège de la CNP, holding de l'homme d'affaires Albert Frère. L'an dernier, Entremont a affiché un bénéfice de trente millions d'euros, multiplié par cinq en trois ans. Mais au premier trimestre, malgré une hausse du chiffre d'affaires de 17 %, la hausse du prix du lait a pesé à hauteur de huit millions d'euros sur le résultat du groupe. Entremont collecte 2,2 milliards de litres de lait par an auprès de 9.000 producteurs dont 6.000 Bretons. Le groupe compte 9 sites dans la région.
Le conflit peut-il faire tache d'huile ?
Oui, car Entremont a ouvert une brèche. Les producteurs craignent que les autres transformateurs suivent le mouvement car ils ne peuvent pas supporter très longtemps un tel différentiel de prix de la matière première. Et c'est tout l'enjeu de la mobilisation actuelle des éleveurs.
Comment trouver une solution sur le prix du lait ?
L'interprofession et les pouvoirs publics planchent sur le sujet. Ils se sont donné jusqu'à décembre pour trouver un nouveau système acceptable par tous, plus réactif au yo-yo des prix du marché et compatible avec les règles de la concurrence. Le conflit avec Entremont pourrait accélérer la mise en place d'une contractualisation entre les producteurs et leurs laiteries, initialement envisagée pour la fin des quotas. Les deux parties s'engageraient alors sur des volumes et sur des prix.