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Labos d'analyses. Les fonds de pension prêts à débarquer
Bruxelles veut ouvrir le capital des laboratoires d'analyses médicales à des investisseurs extérieurs. Les professionnels crient au loup et redoutent l'arrivée des groupes financiers. Les 4.200 laboratoires d'analyses français sont actuellement détenus à 75 % au moins par des biologistes libéraux en exercice. Selon Bruxelles, cette obligation hexagonale est incompatible avec la réglementation européenne. Menacé d'une saisine de la Cour européenne de justice, le gouvernement va présenter une loi fin 2008-début 2009. « Il n'est pas question d'accepter cette ouverture qui va laisser le champ libre aux dérives capitalistiques dans le système de santé », lance Claude Cohen, le président du syndicat national des médecins biologistes. « Le seul objectif des groupes financiers, c'est la rentabilité de leurs placements ».
Les financiers s'impatientent
Le secteur de l'analyse médicale est très atomisé en France. Plus de 4.000 laboratoires contre quelque 250 en Allemagne, détenus par des groupes, et pratiquant « des tarifs parmi les plus faibles d'Europe », selon les experts du cabinet Precepta. Premier pays d'Europe pour la biologie médicale privée, la France est aussi, selon le même cabinet, celui qui affiche « des tarifs d'actes d'analyses parmi les plus élevés ». De quoi attiser les convoitises de groupes financiers français et étrangers, prêts à investir dans la restructuration d'un secteur qualifié de « juteux ». Certains sont déjà dans les starting-blocks, comme le Suédois Capio, la Générale de Santé ou le groupe français Labco. Ce dernier, créé initialement par des biologistes et qui accueille aujourd'hui plusieurs banques dans le capital de sa holding, a anticipé en tissant un réseau de 150 laboratoires sur le territoire national et à l'étranger.
« Les petits labos ne résisteront pas »
Le Carhaisien Jean-Marc Gaudron, trésorier du syndicat des biologistes de Bretagne-Pays-de-la-Loire et membre du conseil d'administration du syndicat national, voit dans cette ouverture du capital des labos une grave menace pour la santé. « On va voir des financiers, des fonds de pension, mettre la main sur les laboratoires », commente-t-il. « Ils vont prendre le contrôle des labos les plus intéressants, créer des centrales d'achat pour faire des économies d'échelle, les petits ne résisteront pas ». Selon Claude Cohen, les nouveaux investisseurs vont imposer leur loi à la Sécu dès qu'ils auront pris le contrôle du secteur. « Au départ, ils vont sans doute faire baisser les prix, ensuite ils dicteront leurs tarifs », redoute-t-il. « Après les laboratoires et les pharmacies, ce sera au tour des radiologues, des spécialistes, des généralistes, car le projet d'ouverture du capital concerne l'ensemble des sociétés d'exercice libéral (SEL) ».



Photo archives Claude Prigent
Sources
Le Télégramme
03/05/2008
Rubrique: Internationale & nationale
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