L'oeil dans le rétro
Il paraît que nous sommes champions du monde de la commémoration. Avec l'anniversaire de la mort de Claude François et Mai 68, on est servis cette année. De vraies épopées. Le plongeon dans le passé, on adore ça chez nous, sauf qu'à force de regarder dans le rétro, on va finir par attraper un strabisme collectif et ne plus voir distinctement ce qui est devant nous.
Mais puisque nous en sommes friands, alors commémorons. Et n'oublions rien. D'abord l'invention de la roue, il y a 6.000 ans aux prunes (de mémoire, c'était un mardi), événement considérable qui mériterait un éloge très solennel. Car n'oublions jamais que ce qui fait tourner ce monde, ce sont les femmes et les roues. On a la Journée de la femme. Il est temps de lancer la Journée de la roue, d'autant que l'on fête cette année le 120 e anniversaire de l'invention du pneu gonflé à l'air (1888) qui fut à la roue ce que le frigo est au garde-manger.
Au titre des commémorations, suivons aussi le constat de notre Président qui s'étonne que les Anglais fêtent Trafalgar et nous, rien ! Cette année, justement, ça tombe bien car c'est le 450 e anniversaire de la prise de Calais aux Anglais (1558) considérée comme la fin de la guerre de Cent ans. Nous eûmes tant et tant de belliqueuses relations avec notre fourbe voisin qu'une journée de commémoration n'y suffirait pas. C'est carrément une Semaine du Rosbif qu'il faudrait lancer avec célébrations, débats et colloques. On en profiterait, au passage, pour parler de ce cornichon qui un jour lança : « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! ». Depuis, c'est devenu une habitude chez eux.
Et puis, il faudrait aussi fêter le 80 e anniversaire de la découverte de la pénicilline par Fleming (1928), avec journée d'action en faveur de notre Sécu et grève facultative pour ceux qui voudraient tirer leur fleming, comme on dit maintenant. On aura garde d'oublier qu'il faut aussi célébrer l'invention du morse (1778), le premier vélocipède à vapeur (1868) et deux accessoires qui eurent leur heure de gloire pendant mai 68 : le flipper (1938) et le transistor (1948). Et puis, outre la Victoire de 18, nous devons dignement célébrer le 10 e anniversaire de la Coupe du monde de 98. Et un, et deux et trois jours de fiesta avec « I will survive » redevenant tube de l'été pour la troisième fois.
Avec tout cela, le calendrier est rempli. Enfin, presque, car il nous faut mettre de côté une date pour lancer la Journée de la Commémoration qui, comme son nom l'indique, sera une célébration de notre goût pour les commémorations. Une journée-souvenir du souvenir, en quelque sorte, pendant laquelle on fera une grande récapitulation de toutes nos commémorations de l'année. Histoire de voir si, des fois, on n'en aurait pas oublié une...