Le nouveau capitaine a belle carrure, le regard clair azur et le verbe franc. Intronisé officiellement par les Vieilles Charrues, hier, Emmanuel Braconnier, 38 ans et originaire du Poitou, était « l’homme de la situation », selon les mots du président de l’association, Jean Philippe Quignon. Au point
que sa candidature spontanée a annulé la campagne de recrutement nationale envisagée dans un premier temps, après la démission de Yann Rivoal, en février dernier.
D’Angers à Lille
Le CV plaide en sa faveur. Chargé de production pour le label de jazz Label Bleu (« Le jazz est ma première came ») à Angers, il a dirigé pendant deux ans le festival Jazz au fil de l’eau, dans l’Oise. « On fonctionnait avec deux permanents et 150 bénévoles. Cette articulation, je connais ». Pour des « motivations du cœur », et malgré un goût modéré pour le théâtre, il est devenu ensuite administrateur adjoint du festival d’Avignon, ce « gros machin, génial pour l’apprentissage ». En 1999, direction Lille et son Aéronef. Administrateur puis directeur, depuis 2004, il a remis à flot les comptes de ce qui est aujourd’hui la première salle de musiques actuelles de France. « Une salle subventionnée, donc avec un côté institutionnel. Il manquait quelque chose, une dimension humaine », conclut-il sur son expérience dans le Nord.
« Village gaulois »
Diriger le plus beau festival français, avec ses sept millions d’euros de budget, et dessiner son avenir, n’effraie pas notre homme. Les manches bien retroussées, il ne cache pas sa fierté et son enthousiasme. « Ce festival est un truc improbable, un accident magnifique. Attirer autant de gens dans un territoire foncièrement rural, c’est incroyable. Ici, il y a une âme, une histoire, un esprit de résistance. C’est vraiment le village gaulois ! ». Sa mission : « Etre le chef d’orchestre, faire le lien entre les salariés et l’association. Mais aussi donner le ton de ce que sera le festival demain », confie Jean Philippe Quignon. Pour ce faire, Emmanuel Braconnier ne débarque pas à Carhaix sans connaissances. « Ça fait une dizaine d’années que je viens. D’abord comme festivalier, puis comme membre du jury Jeunes Charrues ». Il en connaît les atouts : « Une volonté d’ouverture artistique quand les autres tracent simplement le sillon de ce qui marche, et une politique tarifaire unique en France ».
Des pistes pour l’avenir
Ces atouts seront pourtant au centre de sa « mission de prospective ». « Le festival va très bien, mais comme les autres, dans une industrie au modèle économique chamboulé, il doit réfléchir à son avenir. L’édition 2008 nous dira si cette politique d’ouverture, risquée mais louable, est viable à moyen et long termes. De même, on est le festival le moins cher et on veut le rester. Mais on peut réfléchir à comment être accessible au plus grand nombre, sans mettre en péril la structure ». Des partenariats avec d’autres festivals sont aussi évoqués. « Je n’ai pas d’avis tranché. La réflexion commence ». Restera aussi, pour lui, à se faire adopter par la région et ses hommes, dont le festival est la fierté. « La Bretagne est une terre d’accueil : être Breton ne tient pas tant au sang qu’à l’esprit. Et puis je connais un peu, mon amie est Bretonne et on a une maison du côté de Morlaix ». L’acclimatation ne devrait pas être trop difficile.