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Tour de France 2008 - Résultats et Classements
 
Saint-Pol - Morlaix 2007

35e Saint-Pol - Morlaix. L’Afrique dans le vent

Les Kényans ont été privés de la victoire sur la 35 e édition des courses Saint-Pol - Morlaix épargnées par la pluie mais pas par le vent. Un Ougandais de 20 ans a dominé le semi-marathon en 1 h 04’38’’. Sur le 10 km Taulé - Morlaix, la victoire est revenue au sprint à un Namibien de la légion étrangère dans le temps canon de 27’48’’. Les filles ont sauvé l’honneur du Kenya en remportant les deux courses. Derrière les athlètes des hauts plateaux, près 10.000 athlètes ont participé à la fête.

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Le Saint-Pol - Morlaix est indémodable. Près de 10.000 coureurs au total et un monde fou sur les bords de la route pour suivre le spectacle offert devant par les athlètes africains. Il s’agit bien d’un spectacle car les athlètes des hauts plateaux sont beaux à voir courir. Leurs pieds griffent le sol et leurs corps ne semblent pas souffrir du train d’enfer qu’ils imposent aux autres. « On dirait des gazelles », entendait-on dans la bouche d’une dame sur le bord de la route. « Ils courent comme des lièvres », disait un monsieur quelques kilomètres plus loin. Les six « lièvres » engagés hier n’ont mis que deux kilomètres à se débarasser de Nicolas, Redou, Roussel, le Suisse Menzi et l’espoir français Barreau.
17 kilomètres ensemble
Les six sont restés ensemble durant 17 kilomètres courus à un rythme peu élevé (31’05’’ au 10 e et 47’ au 15e) à cause d’un fort vent de face. Même la difficile côte de Penzé n’a pu les départager. Il a fallu attendre les derniers virages de la descente de Taulé pour voir le petit Ougandais Nathan Chebet faire exploser le groupe. « Quand j’ai accéléré, j’ai senti que personne ne venait avec moi alors j’ai fait les quatre derniers kilomètres tout seul ». A l’écouter, ça a l’air simple de gagner le Saint-Pol - Morlaix en 1 h 04’37’’.
Nicolas et Redou en colère
A près de quatre minutes de Chebet, l’autre course mettait aux prises les meilleurs régionaux. Et c’est le Brestois Benoît Nicolas qui a pris le dessus sur le Rennais Armel Roussel et le Morlaisien Pascal Redou. Là aussi, la différence s’est faite dans les quatre derniers kilomètres. Agacé de ne pas être relayé, Roussel partait dans la descente de Taulé avant de coincer à cause de crampes un kilomètre plus loin. Nicolas, qui ne lâche jamais rien, le passait à deux kilomètres de l’arrivée pour finir son premier semi-marathon à la 7 e place en 1 h 08’13’’. « Tu souffres moins que sur la piste. Et puis, la ferveur populaire te porte ! ». Le Brestois regrette toutefois le comportement de quelques spectateurs. « On entendait : "Allez les Blancs !" . Ç’est un peu étrange » Pascal Redou, 11 e hier, était lui aussi en colère. « Quand j’entends : "Enfin des Blancs" , je suis fou. Je me sens plus proche des Noirs qui sont des athlètes immenses et qui, humainement, sont humbles et sympas. Je dis : "Bravo à eux" . »
France - Suisse : 1-1
Bravo également au Suisse Christophe Menzi, 9 e , qui remporte son « match » face au Français Charles-Henri Barreau, 10 e , dans la rencontre juniors-espoirs France - Suisse. « Il m’a passé à 500 m de la ligne. Il mérite sa victoire », reconnaissait, fair-play, le Tourangeau. La course féminine a, sans surprise, souri à la Kényane Nancy Omwenga qui s’impose pour la deuxième fois sur Saint-Pol - Morlaix après cinq victoires sur Taulé - Morlaix. Laurence Kein, la vice-championne du monde de 100 km, prend la deuxième place juste devant l’espoir Magalie Bernard, vainqueur de son match France - Suisse.
Chebet. L’Ougandais inspire le respect
« Vous entendrez encore parler de lui ». Denis Prudhomme, l’agent de Nathan Chebet, ne tarit pas d’éloges sur son protégé, facile vainqueur du Saint-Pol - Morlaix.
« Ici, le parcours m’a plu car j’aime les bosses », déclarait dans un anglais impeccable le petit Ougandais, tout juste âgé de 20 ans. « Je n’ai jamais eu peur. Les autres n’étaient pas très forts ». Chebet serait-il arrogant ? « Non, il n’a peur de rien et il ne se pose jamais de questions », assure son agent. Même face à l’Erythréen Tadesse, le champion du monde de cross, à qui il a tenu tête jusqu’au bout l’an passé lors du cross de Liévin.
Econome
Chebet est arrivé en France, du côté de Boulogne-sur-Mer, il y a moins d’un an, confié par la fédération ougandaise à Prudhomme. « Il était pétri de talent mais il faisait n’importe quoi. Maintenant, ça va mieux », explique Prudhomme qui s’occupe également du grand frère de Nathan. « Lorsqu’ils courent à deux, ils sont encore plus forts ». Si, sur la route ou les terrains de cross, le jeune Chebet n’est pas avare de ses efforts, il est économe dans la vie. « Dernièrement, on lui a offert une nouvelle paire de chaussures. Au début, il refusait de les porter par peur de les abîmer », rigole l’agent. Pour l’argent gagné sur les courses, c’est la même chose. La semaine dernière, l’Ougandais a acheté six vaches et cinq chèvres. « J’ai le plus gros cheptel de mon village. Maintenant, les gens vont me respecter ». Sur Saint-Pol - Morlaix, c’est fait depuis hier.
10 km. Le gros lot pour Ruben Iindongo
Dernier inscrit parmi les favoris du 10 km Taulé - Morlaix, le Namibien Ruben Iindongo s’est imposé au sprint (27’48’’) devant le grandissime favori, le Kényan Salim Saiti. Inséparables pendant 9,99 km, il a fallu la photo-finish pour les départager !
Victoire, record personnel battu de 52 secondes, et beaucoup de souvenirs, Ruben Iindongo (26 ans) n’est pas prêt d’oublier de si tôt son week-end en Nord-Finistère. Et pourtant, avant le départ, son ami Fabrice Jaouen (vainqueur en 1998) ne donnait pas forcément cher de son copain légionnaire. « Il est crevé ! Il a terminé sa garde de 24 heures hier à 7 h et il a passé douze heures dans le train depuis Marseille. En plus, il revient tout juste d’Inde où il a terminé 4 e des Mondiaux militaires sur 5.000 m (13’54’’)... Mais c’est un mec super, il va s’accrocher et Saiti n’a pas encore gagné. »
Saiti s’est vu vainqueur
L’athlète de Pont-Coblant avait vu juste. C’est parce qu’il s’est vu vainqueur avant la ligne que le Kényan « a perdu » une course gagnée d’avance. « Il avait déjà fait le même coup à Langueux, se désole son manager, le Brestois Gwénaël Vigot. Il est jeune (21 ans), il doit encore apprendre ». Au train imposé par le Kényan (record à 27’51’’) en descendant vers Morlaix, les 28’40’’ annoncés par le Namibien n’auraient en effet pas dû peser lourd. « Mais comme j’avais fait un gros travail de vitesse pour le 5.000 m des Mondiaux, je me suis dit que j’avais ma chance au sprint.» Et, au prix d’un « cassé » sur la ligne d’arrivée que n’aurait pas renié son compatriote Franckie Fredericks, le coureur d’Athleg Provence l’emportait d’un lacet, à douze secondes du record de Nicholas Manza.
Maina voulait le record
Esther Maina, elle, c’est la première place sur la ligne du record dames (31’51’’ par Omwenga) qu’elle voulait taquiner. « Malheureusement, j’étais toute seule. Avec de la bagarre et malgré le vent, je pouvais faire beaucoup mieux. » 33’06’’, c’est tout de même pas mal pour la Kényane dont le record (31’52’’) date déjà de 1997 à Tokyo. A cette époque, la Costarmoricaine Béatrice Céveno (2 e ) et la Nord-Finistérienne Nathalie Vasseur (3 e ) couraient déjà. Et vu leur performances, hier, il n’y a pas de raison qu’elles arrêtent !
Handisports. Lemeunier l’a fait !
Denis Lemeunier voulait le record de Joël Jeannot sur le semi-marathon. Eh bien, c’est fait ! Et de belle manière puisque pour 1’17’’ le Taulésien a effacé les 48’44’’ de la référence en matière d’athlétisme handisports. Impressionnant !
Parti comme un boulet de canon - il a manqué de « pousser » une voiture ouvreuse -, Denis Lemeunier a terminé ses 21,1 km comme une balle ! « Ici, je suis chez moi. Je connais tout le monde. C’est pour cela que je me donne autant ! », explique celui qui est devenu champion de France de la discipline il y a une semaine à Reims, avec un chrono une seconde moins rapide.
Des frayeurs en descente
Mais la Champagne, ce n’est pas la terrible montée de Penzé à Taulé, vent de face. « Il y a longtemps que je n’avais pas souffert comme ça, reconnaît le 5 e sur 1.500 m aux Mondiaux d’Osaka. J’étais bout au vent sur les cinq premiers kilomètres. J’essayais de récupérer dans les descentes mais je ne voulais pas trop baisser de rythme. J’ai pris des risques et je me suis fait quelques frayeurs. Enfin, sur le plat, comme j’étais bien sur mes temps de passage, j’ai tout donné ! » Et tout cela donne un superbe 47’27’’ qui efface des tablettes le nom du Martiniquais Jeannot, entre autre champion paralympique en 2004 sur 10.000 m.
Pékin passe par New York
Les Jeux, l’an prochain à Pékin, voilà justement le prochain objectif du Nord-Finistérien. En 2004 à Athènes, il avait participé au marathon (14 e ) et au 10.000 m (éliminé en séries). Mais depuis, les minima de qualifications ont été relevés. « Il faudra répondre présent entre avril et juin prochain pour se qualifier. La barre est haute, mais j’ai déjà réalisé les temps demandés. Il ne faudra pas se poser de questions et tout donner le moment venu. Dimanche, je vais faire le marathon de New York. Ce n’est pas un marathon à record (son meilleur temps : 1 h 22’31’’) mais tous les meilleurs mondiaux seront là. Il faut marquer son territoire. Montrer qu’on est là ! ». Morlaix - New York - Pékin, cette route n’est pas forçément la plus directe, mais, hier, Denis Lemeunier a prouvé qu’il faudrait un peu plus que quelques bourrasques de vent pour l’empêcher de rouler vers son objectif.
Céveno. De mère en fils
Deuxième pour son premier podium à Morlaix, la championne de France du marathon, Béatrice Céveno, avait été précédée, quelques minutes auparavant, sur la première marche par son fils Maël, vainqueur en minimes. Bon sang ne saurait mentir !
« Wouah ! C’est seulement la deuxième fois que je vois 34’ sur mon chrono à l’arrivée d’un 10 km. La dernière fois, c’était 34’40’’, déjà à Morlaix, mais avec vent dans le dos ». À l’époque, cela n’avait pas suffi à Béatrice Céveno pour monter sur le podium. Depuis hier, l’erreur est enfin réparée. La professeur d’éducation physique à Paimpol possède en effet l’un des plus beaux palmarès de l’athlétisme breton entre ses victoires en cross court et sur route. Depuis quinze jours et son succès à Dunkerque, elle est même championne de France de marathon.
Une forme du tonnerre
« Je connais une super fin de saison. C’est même presque gâché que d’arrêter maintenant », sourit celle qui, comme promis au moment de passer vétéran, a rejoint le Pays Paimpol Athlétisme à la rentrée dernière. Hier, surfant sur la forme de sa préparation pour le marathon, elle « a pris énormément de plaisir. J’ai tout de même eu un coup de moins bien au 8 e km. Mais je me suis accrochée. Je me disais : "Mince, tu as fait le plus dur" . » Et puis qu’aurait dit Maël à l’arrivée si sa mère avait flanché ? « J’ai su dans la descente qu’il avait gagné la course minimes. C’est génial ! Il court pour le plaisir, je ne le force jamais à aller s’entraîner. Mais sur les séances rapides, il est déjà devant moi ! », rigole la dauphine d’Esther Maina qui va pouvoir partir en vacances avec un nouvelle coupe dans son sac de sports. « Et mes chaussures, pour quelques footings. » « Dis maman, on fait la course ? »



Le club des six. On vient à peine de quitter Saint-Pol-de-Léon que six hommes se portent déjà en tête. Plus personne ne parviendra à revenir sur eux. On note, de gauche à droite, Hassan Simatwa, qui finira deuxième, Daniel Gichuki, troisième, Philémon Kipchilat, quatrième, Wilson Omwoyo, sixième, Nathan Chebet, le futur vainqueur, et Stanley Boen, cinquième. Une fois de plus, les Africains ont dicté leur loi. (Photo Patrick Tellier)

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