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Arnaud Le Gouëfflec

Professeur de français à Saint-Renan (Nord-Finistère), Arnaud Le Gouëfflec (34 ans) est aussi écrivain et musicien. Deux passions qu'il cultive avec originalité et frénésie.

Comment avez-vous trouvé le sujet de votre roman, « Les Discrets » ?

Ce livre est lié à des influences littéraires : le feuilleton. Je lis beaucoup les oeuvres publiées dans la collection Bouquins : Nestor Burma, Fantomas, etc. Je suis fasciné par les feuilletons, du genre « Rocambole » de Ponçon du Terrail. Ça, c'est mon goût pour la littérature populaire. Mais ce roman vient aussi de lectures philosophiques. Du coup, j'ai choisi le prénom de mon héros principal, Johnny, en référence au rock, et son nom, Spinoza, pour mon goût pour la philosophie. Au moment où j'ai écrit le livre, je consultais beaucoup d'ouvrages sur ce sujet. Tout est parti de la citation de Nietzsche, extraite du « Gai savoir », que j'ai placée en épigraphe : « Plutôt sur la pointe des pieds qu'à quatre pattes ! Plutôt par le trou de la serrure que par une porte ouverte ». J'aime aussi l'idée que Descartes se retire du monde, dans son « poêle », pour trouver un système, élaborer une théorie. C'est le thème du passage au désert pour méditer. J'ai été aussi très influencé par la doctrine et l'attitude des bouddhistes. C'est de tout cela que je me suis nourri pour créer les personnages des « Discrets ».

Vous pratiquez aussi la musique...

J'ai commencé par écrire des chansons, ce qui était une autre façon de raconter une histoire, en deux refrains et deux couplets. J'ai monté un groupe pour que les chansons existent et puissent être entendues. J'avais aussi créé, à cette époque-là, une revue littéraire qui a duré dix ans : « La Phylute ombilique ». C'était un trimestriel qui se basait sur un micro réseau d'abonnés. Je le postais moi-même ! D'ailleurs, « Les Discrets » ont commencé à paraître dans la revue : c'était un roman feuilleton détachable. Écrire était donc, très tôt, quelque chose de naturel. J'avais envie d'essayer de faire ce qui me plaisait. Comme je lisais beaucoup, il y avait là une énergie contagieuse. Le virus était là.

Votre monde est plutôt décalé, voire un peu surréaliste. Vous-même, vous avez le sentiment (ou la volonté) de vivre de façon un peu à part ?

Cela m'arrive. On a tous l'impression d'être absorbé dans une foule, d'être pris dans une dialectique entre la solitude et la foule. J'imagine qu'on peut très bien se dissoudre dans une foule et disparaître. Beaucoup de gens doivent se poser la question : « Comment exister dans la multitude ? » Je me suis toujours intéressé à beaucoup de choses : le surréalisme, les formes de rock les plus saugrenues, expérimentales, improbables, la philosophie... J'aime le principe des fins ouvertes dans les contes zen.

Intellectuellement et artistiquement, de quoi vous nourrissez-vous le plus volontiers ?

Je suis assez boulimique : quand je rencontre un univers que je ne connais pas, je m'immerge dedans et lis tout ce que je peux trouver. Quand j'étais enfant, j'étais passionné de lecture et par les histoires fantastiques (dinosaures, la science-fiction). J'ai commencé à écrire vers 13-14 ans mais dès la sixième, j'ai imité des romans de science-fiction. Comme élève, je me débrouillais correctement, mais je m'ennuyais un peu. J'avais un peu tendance à rêvasser au lieu de me concentrer sur ce que j'avais à faire. Mais j'aimais les rédactions parce que c'était l'occasion de m'exprimer, d'écrire, mais aussi d'être lu par quelqu'un d'autre.

Et à l'adolescence, de quelle vie rêviez-vous ? Comment vous voyiez-vous à 20 ou 30 ans ?

Je voulais écrire, raconter des histoires. C'est vraiment ça que je voulais faire. Le français était ma matière de prédilection. Ensuite, j'ai fait des études de lettres à l'université de Brest. Il faut dire que j'ai passé mon enfance en Normandie, mais sitôt après le bac, j'ai voulu revenir à Brest, et j'ai intégré les lettres supérieures au lycée de Kerichen.

Revenons à la littérature : votre premier livre : « Basile et Massue » a reçu le prix du roman de la Ville de Carhaix en 2005...

J'avais écrit une première version de « Basile et Massue » entre 1995 et 1998. Mais je n'en étais pas satisfait. J'ai donc laisser le projet mûrir et j'ai repris le manuscrit en 2000, de A à Z. J'ai écrit le livre en quelques semaines, à raison de huit heures par jour, avec une sorte de frénésie et de frustration nées de l'essai que j'avais entamé et qui n'avait pas abouti.
Rencontres
Arnaud Le Gouëfflec rencontrera les lecteurs le mercredi 2 avril, à 18 h, à la bibliothèque de Loperhet ; le vendredi 9 mai, à 18 h, à la librairie Dialogues, à Brest, et le vendredi 30 mai, à 18 h, à la médiathèque de Saint-Avé.
Les Discrets
Ils s’appellent Pinson, Durand, Meignan, Dupont, etc. Ce sont les « Discrets », nom de la confrérie dont ils sont membres et
qui cultive l’anonymat, le retrait du monde, l’art de se fondre dans la société et de se faire oublier. Se sentant repérés
et menacés, l’un d’eux, Louis Pinson, contacte un détective privé, Johnny Spinoza. Bientôt, deux « discrets » vont
être assassinés…
Doté d’une imagination fertile, Arnaud Le Gouëfflec, prix de la Ville de Carhaix pour son roman « Basile et Massue » (éditions
L’Escarbille, 2004), a écrit un roman décalé, où le lecteur glisse en douceur dans le fantastique. Une histoire policière en apparence, mais qui est, en fait, un conte philosophique sur la liberté personnelle, l’individualité et les ressources cachées de la conscience.
Arnaud Le Gouëfflec, Ginkgo éditeur, 176 pages, 12 euros.

Propos recueillis par Yves Loisel


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