Mer d’Iroise. Le premier parc marin
Cette fois, c’est signé ! Le décret portant création du parc naturel marin d’Iroise a été publié hier, au Journal officiel, avec les signatures de François Fillon et Jean-Louis Borloo. La pointe bretonne va donc servir de cadre au premier parc naturel marin français mais d’autres pourraient bientôt suivre, notamment en Méditerranée.
Il aura cependant fallu quinze années de débats passionnés et de réunions parfois très houleuses pour obtenir le feu vert à ce projet, au départ bien mal boutiqué par l’État, débarquant avec une loi inadaptée à l’espace maritime. Pour rectifier le tir, une loi nouvelle, adoptée en 2006, a défini le concept de parc naturel marin, dont l’objectif vise à la fois la protection de l’environnement et le maintien des activités humaines. Avec une différence de taille par rapport au projet initial : les collectivités locales auront voix prépondérante dans le comité chargé de gérer ce parc, alors qu’au départ, c’est l’État qui avait la mainmise. Alors forcément, du côté de Plogoff...
Le parc marin d’Iroise, c’est un vrai cas d’école pour les étudiants de l’Ena, nos futurs hauts fonctionnaires. Avec, en guise de sous-titre : comment marcher sur l’eau avec de gros sabots ? Car, en l’occurrence, l’État a pratiquement cumulé toutes les bourdes au long d’un parcours chaotique où il a débarqué avec des textes inadaptés, des procédures d’un autre temps ignorant les lois de décentralisation, des tâtonnements parfois invraisemblables et de singuliers renoncements devant la pression de certains élus. Pour que, dans ces conditions délicates, le projet aille jusqu’à ce feu vert, il aura fallu un événement déterminant : la nouvelle loi sur les parcs naturels marins, adoptée l’an dernier. Elle a changé la donne et rallié les suffrages, même si l’opposition reste déterminée et sceptique quant aux missions dévolues au parc (voir l’infographie ci-contre détaillant les objectifs). De Porspoder à Douarnenez Cette loi, pratiquement adoptée sous la dictée des Bretons, a apporté deux modifications fondamentales par rapport au projet initial : ce n’est plus l’État mais les collectivités locales qui ont voix prépondérante au sein du comité chargé de gérer ce parc et la notion de développement durable (donc préservant les activités humaines) a pris le pas sur celle de priorité exclusive à la protection de la nature. Dans le premier projet, cette priorité environnementale faisait craindre que la mer d’Iroise ne devienne un sanctuaire marin. Cette nouvelle version a fait la quasi-unanimité des collectivités locales consultées (à l’exception notable des îles de Sein et Ouessant) mais n’a pas désarmé une opposition dont le noyau dur s’est longtemps concentré sur la pointe du Raz qui ne fait pas partie du premier périmètre retenu par le décret. Les communes de ce secteur ont souhaité ne pas faire partie du parc et un délai supplémentaire de deux ans leur est accordé. La ville de Douarnenez qui avait suivi la même démarche que les communes voisines, a finalement opté pour l’adhésion. Son territoire constitue la limite sud du parc qui, au nord, court jusqu’à Porspoder, non loin des eaux où gît l’épave de l’Amoco-Cadiz. Tout à monter Le feu vert est donné. Reste à faire le reste. Autrement dit tout car ce premier parc naturel marin est un prototype à monter de toutes pièces, avec un comité de gestion pour en définir les orientations, c’est-à-dire les mesures les plus judicieuses pour cogérer cet espace remarquable et assurer le maintien des activités professionnelles traditionnelles. Ce comité qui n’aura compétence que sur l’espace marin (et aucunement sur le territoire des communes) sera composé de près d’une cinquantaine de membres, représentants des collectivités, de l’État, de professionnels de la pêche et d’associations d’usagers. À eux de définir la gouvernance de ce premier parc naturel marin qui va servir de vitrine nationale puisqu’une dizaine d’autres parcs équivalents devraient voir le jour avant 2015, en métropole et outre-mer. L’État, instruit par l’expérience, connaît maintenant les écueils à éviter.
Environnement. Jean-Louis Borloo à Brest le 16 octobre ?
Brest est l’une des seize villes françaises retenues pour une déclinaison régionale du Grenelle de l’Environnement, le 16 octobre. Jean-Louis Borloo aurait plusieurs bonnes raisons de faire le déplacement à Brest.
Le ministre de l’Écologie et du Développement durable a mis tout son poids (et son sens de la diplomatie) dans ces assises nationales de l’Environnement qui vont maintenant redescendre dans les régions. En venant en Bretagne, il traduirait les nouvelles relations qu’il veut entretenir avec les agriculteurs sur le terrain de l’Environnement mais il trouverait aussi, avec la mer, de bien beaux sujets de débats. Boucler la boucle La publication de ce décret sur le parc marin n’est que le dernier étage de la fusée. En juillet dernier, le ministre avait montré tout l’intérêt qu’il portait à ce projet en donnant une signature solennelle, devant les caméras de télé, avec sa secrétaire d’État, Nathalie Kosciusco-Morizet, à ses côtés. Il ne manquait plus alors que la signature de François Fillon. En venant au parc de Penfeld à Brest, en ce 16 octobre, jour du Grenelle breton, Jean-Louis Borloo aurait non seulement l’occasion de saluer la naissance du parc marin mais également de l’agence nationale des aires marines, récemment créée à Brest, et qui sera chargée de la logistique de tous les futurs parcs, y compris outre-mer. En ce 16 octobre, le ministre aurait aussi l’occasion d’évoquer un anniversaire qui a marqué l’environnement breton : l’ouragan du 16 octobre 1987 dont la Bretagne s’est relevée plus rapidement qu’elle ne le croyait elle-même. Il y a des leçons à en tirer sur le plan environnemental. Enfin, une raison supplémentaire plaide pour que le ministre fasse de Brest une étape de son Grenelle dans les régions : son directeur de cabinet, Christian Frémont, fut préfet du Finistère. Et le premier à faire avancer le projet de parc marin, sans se douter, bien sûr, que la procédure allait prendre plus d’une décennie et qu’il se trouverait à un poste-clef pour boucler la boucle.
Pierre Maille : « soyons exemplaire ».
Pierre Maille, président du conseil général du Finistère, a fait voter son assemblée à l’unanimité (moins une voix) en faveur du parc marin, au printemps dernier. « Je suis très content de la publication de ce décret. Il y a longtemps que j’attendais cela », a-t-il réagi, hier, en se félicitant que la pression des collectivités locales leur ait permis d’obtenir voix prépondérante dans le futur comité de gestion. « À nous, ajoute-t-il, d’être exemplaires pour justifier notre choix et montrer que nous sommes capables de mettre en valeur et de préserver cet environnement exceptionnel ».
Christian Ménard, président DE L’UMP du finistère et député de la 6 e CIRCONSCRIPTION CHâTEAULIN-CARHAIX.
« Je n’ai pas changé d’avis. Je suis contre ce parc marin tel qu’il est conçu, aujourd’hui, au niveau des îles et de la presqu’île de Crozon. Je savais que le décret avait été signé. Là, personnellement, je ne peux plus rien. Mais concernant le plan de gestion, Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État à l’Écologie, m’a assuré que l’Advili et moi serions consultés sur le projet. Je vais continuer à me battre pour ».
l’Advili : « La structure ne sert à rien ».
« Nous prenons acte de la signature du Premier ministre, tout en trouvant paradoxal que M. Fillon déclare l’État en faillite et ajoute des structures supplémentaires et des fonctionnaires », réagit Bernard Le Bihan, président de l’Advili (Association de défense et de valorisation des îles et du littoral de la mer d’Iroise). À quoi bon avoir fait une enquête publique si c’est pour passer en force ? Nous avons toujours dit que c’était une mascarade d’État. Il est hors de question que l’on fasse partie du conseil de gestion. Ce n’est pas parce que le parc est mis en place que l’Advili va cesser son combat. Nous avons l’intention de continuer pour montrer que ce sont des structures qui ne servent à rien, sinon à gaspiller l’argent public. Dans les prochains jours, nous réunirons le bureau de l’Advili pour décider des actions à venir ».
Jean-Yves Cozan envisage de déposer un recours.
« Ce décret était attendu. Il ne change rien. Il n’apportera rien et dans les îles, nous n’en voulons pas. Nous continuerons à nous opposer de toutes nos forces à l’intrusion dans nos vies insulaires. Nous sommes farouchement et calmement contre. J’envisage de déposer un recours devant le tribunal administratif et le conseil d’État. Nous n’allons pas lâcher le morceau », a déclaré le conseiller général.
PREMIÈRE RÉUNION EN DÉCEMBRE.
La réunion d’installation du comité de gestion du parc marin aura lieu en décembre, ont indiqué, hier, le préfet du Finistère et le préfet maritime qui assurent conjointement la procédure de constitution du parc. Ils vont maintenant procéder à la consultation des collectivités et organismes concernés pour composer le futur comité de gestion. Leur mission sera ensuite achevée, puisque c’est à ce comité qu’il reviendra de gérer le parc marin et d’en décider les grandes orientations.
Le 3/10/07
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