Deux cents ans après sa création, le bac n’est plus, depuis longtemps, le diplôme élitiste qu’il a été. Premier grade universitaire, il s’est très largement démocratisé. Avec quelque 500.000 lauréats aujourd’hui, contre seulement 60.000 en 1960, on mesure l’évolution. Pour autant, faut-il en conclure que le bac est donné, qu’il aurait perdu toute valeur ? Une question que l’on pourrait d’ailleurs poser autrement : parce que de plus en plus de jeunes l’obtiendraient, le bac serait-il forcément dévalorisé ?
Critères assez exigeants
Les points de vue sont partagés. Proviseur au lycée de l’Harteloire à Brest, Pierre Barbier n’a pas la même analyse que celle d’Alain Colas, proviseur du lycée Dupuy-de-Lôme, à Lorient (lire ci-dessous). Bradé ? « Je dirais non », répond le Brestois. Mais sa réponse est, en même temps, nuancée : « Ce qui a surtout changé, c’est l’introduction de certaines épreuves comme les TPE et la Capacité expérimentale, en S, où la moyenne des notes est assez largement supérieure à 10 ». Mais pour le reste, le proviseur brestois, estime que les critères sont assez exigeants. « Je dirais même qu’en langues, le niveau est bien plus élevé qu’il y a vingt ans ».
Inspecteur général des mathématiques au ministère de l’Éducation, Rémy Joste rejette l’idée de sujets plus faciles mais admet que la manière de considérer une copie a changé. « Il y a un souci supplémentaire qui est de repérer les compétences d’un élève et pas seulement de noter sur les résultats d’un exercice », explique le haut fonctionnaire qui encourage les candidats à laisser sur leur copie des traces de leurs recherches.
De 74 à 70 % d’une classe d’âge
Professeur en sciences économiques et sociales au lycée Rabelais, à Saint-Brieuc, et secrétaire régional de la FSU, Jean-Luc Le Guellec ne pense pas que le bac soit plus facile qu’avant même si, dit-il, « il peut arriver que dans certaines disciplines, comme ce fut le cas il y a deux ans en physique, il y a parfois des sujets pas assez exigeants ». « Mais de là à dire que le bac est donné à tout le monde, non », assure-t-il. Pour ce responsable de la FSU, les bons taux de réussite masquent même la lente érosion que connaît le taux d’une classe d’âge qui obtient le bac. Un phénomène qui touche également la Bretagne, l’une des académies où les résultats sont pourtant les meilleurs. En 1993, dans l’académie de Rennes, près de 74 % d’une génération obtenaient le bac. Aujourd’hui, c’est 70 %. Ce qui veut dire que 30 % d’une classe d’âge n’a pas le bac. Sur l’ensemble de la France, ce taux d’accès au bac n’est que d’un peu plus de 63 %, loin de l’objectif des 80 % qu’avait fixé, on s’en souvient, Jean-Pierre Chevènement.
Le bac général régresse
Depuis 1995, ce taux ne bouge pratiquement plus. Une stabilité qui, en plus, n’est due qu’à la lente progression des bacs professionnels car, dans le même temps, le bac général, contrairement à une idée reçue, lui, régresse. En 1995, près de 37 % d’une génération obtenait un bac S, ES ou L. Dix ans plus tard, c’était à peine plus de 35 %. Comme quoi, derrière les taux de réussite se cachent des réalités très contrastées.
Yvon Corre. 16/06/2008.