Londres, le 20 novembre 1999. Total cherche un navire pour transporter sa dernière livraison de pétrole à Enel, la société nationale italienne d’électricité. Selon l’instruction, Total est pressé par le temps (ce que dément l’intéressé) : tout doit être livré avant le 31 décembre, sous peine d’une astreinte
de 3 € par tonne manquante (une paille pour Total, NDLR)... ou de perdre ce client. Aux conditions et à la période souhaitées, vers le 8 décembre, au départ de Dunkerque, un seul pétrolier est disponible : l’Erika. L’instruction reproche à Total d’avoir été, au mieux, léger dans le choix de ce vieux pétrolier. Le simple fait que les certificats légaux fournis étaient provisoires aurait dû, selon l’instruction, attirer l’attention de Total.
L’Erika n’aurait jamais dû être affrété
Au lieu de cela, la vérification ou la mise à jour des informations aurait été insuffisante ou inexistante. De plus, selon les propres règles internes de Total, l’Erika n’aurait jamais dû être affrété. L’autorisation d’affrètement donnée en novembre 1998 avait expiré (de quinze jours) au moment où le voyage débute. Une nouvelle autorisation d’un an (qui nécessitait une inspection interne) aurait dû être demandée. Or, celle-ci n’avait aucune chance d’être accordée. Total s’interdit d’affréter les navires de plus de 25 ans et l’Erika allait avoir 25 ans trois semaines après son départ. Enfin, l’instruction estime que si, selon le contrat d’affrètement, Total n’avait aucun rôle à jouer dans le déroulement du voyage (donc pas de responsabilité), dans la réalité, elle a pourtant joué ce rôle, en donnant au commandant des instructions (devoir d’information, consignes pour la vitesse, la sécurité, la direction...). L’instruction considère comme impossible que Total n’ait pu être informé de la réalité et du déroulement de la crise. Quand bien même, conclut l’instruction, Total disposait de suffisamment d’informations alarmantes, et aurait donc dû tenter d’agir. Cette analyse fait endosser à Total la co-responsabilité de la catastrophe.
« On nous a trompés »
Face à ces accusations, le groupe pétrolier n’a qu’une réponse : « Le bureau de certification du Rina nous a donné toutes les garanties légales pour affréter ce navire qui sortait, par ailleurs, d’un chantier de grande révision. Ces garanties étaient tronquées. On nous a trompés. Nous ne pouvions pas le savoir. » Pour le reste, Total nie farouchement avoir été informé de la gravité et de l’évolution des avaries.