Lundi toute la journée, près de 90 % de la flotte de pêche se trouvait du côté du Grand et Petit Léjon et de Rohein. La zone poissonneuse est connue des chalutiers, c’est aussi la plus riche en coquilles Saint-Jacques. Alors, quand Poweo a annoncé son vif intérêt pour implanter des éoliennes sur ce secteur de la baie de Saint-Brieuc,
les pêcheurs et leurs représentants du comité local des pêches ont bondi. « Au début, on a cru à une farce, car cette zone de 45 km², c’est le cœur même de notre activité. Alors oui, nous sommes contre et nous allons tout faire pour que ça ne se fasse pas », a déclaré, hier, Alain Coudray, vice-président du comité local des pêches de Saint-Brieuc.
À au moins six milles nautiques de la côte
Vendredi dernier, les représentants de Poweo avaient néanmoins tenu à présenter leur projet aux représentants de la pêche en baie de Saint-Brieuc. Explications de Grégoire Durand, chargé de projet de Poweo : « Ce serait une centrale d’une trentaine d’éoliennes d’une puissance totale de 150 méga-watts située entre le Grand Léjon et Rohein et à au moins six milles nautiques de la côte la plus proche ». Chaque éolienne pourrait mesurer environ 90 m (au-dessus du niveau de la mer), avec 60 m de longueur de pales, cinq mètres de diamètre pour le mât et probablement une emprise de 300 m² autour de chacune d’entre elles.
Des conditions idéales pour l’éolien offshore
L’entreprise Poweo a fait valoir la faiblesse de la production bretonne d’électricité (6 % de sa consommation) et les avantages géographiques et climatiques de la région (c’est le deuxième gisement de vent en France). Pourquoi la baie de Saint-Brieuc ? « C’est la meilleure zone d’implantation d’éoliennes offshore en Bretagne, explique Grégoire Durand ; la mer est peu profonde (autour de 20 m, marnage compris) ».
Aucune réglementation dans ce domaine
À l’heure où le gouvernement mais aussi la Région prônent une politique volontariste en matière d’énergies renouvelables, l’opposition des pêcheurs sur ce projet d’éoliennes offshore peut s’apparenter à celle de riverains pour les éoliennes terrestres. Sauf que les responsables de la profession évoquent « la mise au chômage de plusieurs centaines de personnes sur l’ensemble de la filière pêche », si le projet se concrétise. Les appareils de navigation pourront-ils fonctionner entourés par des éoliennes ? « Le GPS, oui ; pour le radar et la radio, il faut encore mener des études », précise Grégoire Durand. Y aura-t-il une interdiction de pêche sur la zone, comme le craignent les pêcheurs ? « Pour l’instant, il n’y a pas encore de réglementation dans ce domaine, explique-t-on à la préfecture maritime. Mais ça ne saurait tarder ». Le projet, s’il se concrétise, ne verra pas le jour avant 2013. Il devra déjà passer par le crible d’une enquête publique et avoir l’autorisation de la préfecture.
Lionel Samson . 14/11/2007