Pourquoi l'éolien est-il incontournable en Bretagne ?
Parce que la Bretagne est la moins autosuffisante des régions françaises en matière d'électricité et que sa consommation progresse de 2 % par an, soit plus que la moyenne nationale (1,3 à 1,4 %). Le but n'est pas d'atteindre l'indépendance mais
l'éolien peut permettre à la région de produire de 15 à 20 % de son électricité, contre 5 % aujourd'hui. Ce qui n'exclut pas de faire des économies, ni de chercher d'autres sources d'énergie, dont la biomasse.
La région en a-t-elle le potentiel ?
C'est le second potentiel de France : plus de 100.000 MW. Mais la Bretagne ne serait dans ce cas qu'un champ d'éoliennes. En fait, 4.000 à 5.000 MW sont plus raisonnables et l'objectif de 1.000 MW actuel réaliste. Nous en sommes loin avec huit à dix sites produisant 50 MW, les 100 MW devant être atteints mi 2005. Ceci dit, cette lenteur donne l?occasion de s'interroger sur la meilleure façon d'intégrer les éoliennes dans le paysage et permet aux Bretons de s'y habituer. C'est une intégration douce.
Les résistances sont plutôt fortes, pourtant...
C'est un phénomène sociétal. On s'oppose à tout sans sélectivité. La démocratie de base s'exprime mieux qu'auparavant et c'est bien mais ça va dans tous les sens. On sort d'une période où les choses se faisaient sans la participation de la population. Et, aujourd'hui, on a du mal à faire confiance aux décideurs, en imaginant qu'ils ont des choses à cacher, ce qui n'est pas le cas.
Alors, pas de nuisances ?
Les éoliennes modernes tournent lentement, d'où un bruit limité. Il existe un bruit de fond, c'est clair, mais pas gênant dans une habitation à partir de 300 m. Certes, en Bretagne, où l'habitat est dispersé, il n'est pas facile de trouver des zones totalement vierges. Il est vrai, aussi, qu'à un moment donné, l'erreur de certains promoteurs a été d'installer des éoliennes d'occasion; ça a fait du tort et donné une mauvaise image. De même, à Plougras, la mise au point a été difficile et source de nuisances car on a utilisé un matériel innovant. Mais c'est bien aussi qu'un constructeur français puisse prendre sa place sur le marché. Ce semi-échec devrait, en tout cas, permettre de mieux maîtriser la technique.
Ne faudrait-il pas aussi, un cadre juridique, ne serait-ce que pour juguler la spéculation sur l'éolien ?
L'encadrement juridique s'est amélioré avec les chartes départementales éclairant la décision des préfets. S'il y a spéculation sur les projets, c'est parce que nous sommes en retard et que les promoteurs allemands, danois ou espagnols, qui ont le savoir-faire mais un marché saturé, ont trouvé un nouveau débouché. Ce n'est en aucun cas en raison de la tarification du kW produit par l'éolien. Elle permet un temps de retour intéressant sur investissement mais le tarif français est l'un des moins élevés d'Europe... On a aidé le nucléaire à son démarrage. Pourquoi n'en serait-il pas de même ?
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