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L'eau en Bretagne Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Nitrates et pesticides. Quels risques pour la santé ?

« La question est complexe et les incertitudes considérables »... Cette phrase extraite d’un rapport ministériel résume parfaitement la problématique des nitrates et des pesticides : mis à part la « maladie bleue » des nourrissons, le danger que représentent ces produits sur la santé n’est pas démontré formellement. En revanche, les doutes sont tels qu’ils justifient pleinement l’utilisation du principe de précaution au travers de normes rigoureuses.

« C’est effectivement un bel exemple d’application du principe de précaution. Les cas de méthémoglobinie (bébés bleus) observés, dans le monde, dans la première partie du XX e siècle, chez les nourrissons, l’ont été à la suite de l’ingestion d’aliments ou d’eau; mais jamais au-dessus du seuil de 50 mg/l de nitrates. C’est pourquoi on a fixé la norme à ce niveau », explique Daniel Marchand, ingénieur de santé publique à la Drass (Direction régionale des affaires sanitaires et sociales) Bretagne. Seuil qui semble également raisonnable pour se prémunir des risques de cancers. Cancers qui pourraient être déclenchés par transformation éventuelle des nitrates en nitrosamines : « La question n’est pas résolue mais la prudence est de règle, là aussi ».
Pesticides : dans le doute...
Et les pesticides ? En ce domaine, rien d’avéré scientifiquement mais, là encore, un sérieux doute s’agissant de produits biocides, interférant sur la vie des plantes et suspectés de provoquer des cancers, maladies neurologiques ou d’influer sur la reproduction. La précaution s’impose donc. En revanche, à la différence des nitrates, la norme ne s’appuie pas sur des observations concernant la santé mais est liée au seuil de détection (dans les années 70) des pesticides : « Avec des taux de 0,1 microgramme par litre, c’est clair, on ne veut pas de pesticides dans l’eau du robinet, quelle que soit la molécule ». Une norme qui paraît d’autant plus sévère que les taux les plus importants de pesticides se retrouvent dans les légumes ou la viande, sans parler du contact avec des produits riches en pesticides (désherbants, plaquettes anti-moustiques...), souligne l’ingénieur de la Drass : « Mais l’eau est consommée en quantité tous les jours. De plus, c’est un produit facilement contrôlable ».
Pesticides, cancérigènes ?
L’équipe du professeur Robert Bellé, à l’unité Mer et Santé de la station biologique de Roscoff (CNRS) est formelle : « Le Roundup peut être un facteur déclencheur du cancer ».
Robert Bellé. « Nous avons été surpris de découvrir la toxicité d’un des désherbants les plus diffusés et réputé inoffensif. Nous l’avons découvert de façon incidente, dans le cadre d’un programme destiné à mettre au point un test pour les produits à risques. Nos travaux ont démontré qu’il intervient dans le déclenchement des premiers mécanismes moléculaires qui peuvent conduire au cancer. »

De quelle façon ?
« Le Roundup perturbe le processus de division des cellules. A partir de la cellule initiale unique (œuf), un adulte compte dix mille milliards de cellules dont un milliard se divise chaque jour. Sur ce nombre, surviennent des erreurs, estimées à 50.000 par jour. Mais grâce à un système de surveillance, la cellule en anomalie est, soit réparée, soit programmée pour mourir, éliminant de l’organisme le problème. Malheureusement, dans quelques cas, une cellule atteinte peut échapper au mécanisme de surveillance et enclencher le processus conduisant au cancer. En effet, cette cellule possède l’anomalie et la transmet par division aux autres cellules, produisant la toute première tumeur à l’origine du cancer qui va se développer alors 30 à 40 ans après. En travaillant sur les cellules des oursins, dont le mécanisme de la division est strictement le même, on a démontré que le Roundup perturbait la division et mobilisait le système de surveillance. Il déclenche donc les premiers mécanismes à l’origine des cancers et, à ce titre, est clairement cancérigène. Le Roundup étant d’utilisation récente, nous ne savons pas combien il y aura de cas de cancers lorsque la période nécessaire à son développement sera atteinte ».

Faut-il interdire le Roundup ?
« Ce produit n’est pas seul en cause; il existe plusieurs facteurs environnementaux et de comportement (tabagisme, exposition solaire..) qui peuvent déclencher un cancer. De plus, le produit actif comme herbicide, contenu dans le Roundup, est légalement homologué. Le problème, c’est que les tests portent sur la toxicologie aiguë, c’est-à-dire les effets immédiats. On souhaiterait des tests de toxicologie chronique, à long terme. En l’attente de nouvelles normes d’homologation, il est impératif de respecter strictement les recommandations d’usage du fabriquant, de ne pas l’utiliser sans protections et de le pulvériser en absence totale de vent et à distance d’autres personnes susceptibles d’inhaler les microgouttelettes issues de la pulvérisation. Celles-ci contiennent, en effet, des quantités de Roundup très largement supérieures à celles qui génèrent le dysfonctionnement de la division des cellules ».

Faut-il renforcer la prévention ?
« Il se pose effectivement un problème global de prévention : l’industrie chimique développe des dizaines de milliers de nouvelles molécules par an. Pour autant, il ne faut pas paniquer : si le bénéfice apporté par ces molécules est grand, il faut les utiliser, mais il est impératif de mieux les connaître et de se garder la possibilité de revenir en arrière; en particulier pour celles qui sont répandues sur d’importantes surfaces et en extrêmement grandes quantités à travers le monde. »
Nitrates. Bénéfiques voire indispensables ?
Les nitrates ne seraient pas dangereux mais plutôt bénéfiques pour la santé. C’est ce qu’affirme Christian Buson, directeur d’un cabinet conseil en environnement. Un homme controversé, accusé, par les associations de protection de l’environnement, de « servir les lobbies de l’agroalimentaire ».
« On est fondamentalement dans l’erreur ». Erreur, selon Christian Buson, s’agissant du risque cancérigène des nitrates, : « Il n’a jamais pu être établi, après plus de 30 ans de recherches; toutes les instances médicales mondiales l’ont définitivement écarté ». Erreur, encore, sur le risque d’insuffisance respiratoire chez les nourrissons, du fait de perturbations sur l’hémoglobine sous l’action des nitrates, transformés en nitrites : « Aucun risque que le nourrisson fabrique des nitrites jusqu’à six mois, du simple fait qu’il n’a pas de dents. Seuls les aliments qui ont subi une pullulation microbienne par défaut d’hygiène et séjour prolongé à température propice sont en cause dans la méthémoglobinie du nourrisson. Une hygiène stricte suffit à éliminer tout risque de bébé bleu, maladie qui a d’ailleurs disparu de tous les pays occidentaux ».
En masse dans les légumes
La preuve, renchérit l’ingénieur agronome : « Des millions de petits pots pour bébés sont vendus dans le monde sans aucun préjudice; or, ils sont naturellement riches en nitrates. » Plus globalement, Christian Buson affirme que, « si à 51 mg/l, une eau n’est plus potable, il faudrait interdire la consommation des légumes » qui sont naturellement chargés de nitrates (de 1.000 à 5.000 g/l), y compris chez les bio. « Or, les nutritionnistes préconisent des régimes à base de légumes qui confèrent de moindre taux de cancer et une meilleure santé cardio-vasculaire ! Les nitrates sont présents dans l’alimentation depuis toujours, essentiellement dans les légumes (80 % des apports) sans aucune difficulté diététique, ni sanitaire ».
« Indispensables »
Mieux encore : les nitrates seraient bénéfiques, voire indispensables pour la santé. Ils figureraient au cœur du système de défense naturel : « Puisés dans le plasma par les glandes salivaires, ils sont en partie transformés par la flore buccale en nitrites qui, réagissant avec le suc gastrique, produisent de puissants agents bactéricides dans l’estomac, réduisant ainsi les risques de diarrhées aiguës infectieuses ». Bref, selon Christian Buson, la norme à 50 mg/l est une « hérésie ». « L’Europe le sait mais fait de la résistance sous le fort lobbying des écologistes ».
Roundup : l’étude du CNRS contestée par le fabricant
Le fabricant Monsanto conteste, « de la manière la plus ferme », l’affirmation selon laquelle « le Roundup est cancérigène » : « Comme tous les phytosanitaires, les produits Roundup nécessitent une autorisation de mise sur le marché, délivrée par le ministère de l’Agriculture. A ce titre, leurs effets sur la santé sont évalués dans un cadre réglementaire strict. Beaucoup de produits Roundup ne sont pas classés sur le plan toxicologique (contrairement à certains produits ménagers d’usage quotidien). Cela signifie que le ministère de l’Agriculture estime qu’ils n’induisent pas de risques particuliers pour l’utilisateur dans le cadre des recommandations d’usage mentionnées sur l’étiquette. Des experts du monde entier ont étudié le glyphosate, matière active du Roundup. La Commission européenne, la FAO, l’Organisation mondiale de la santé... toutes ces institutions ont conclu qu’il n’est pas cancérogène. Près de 60 études le montrent formellement ». Quant à l’étude du CNRS, Monsanto tient à souligner qu’une équipe de chercheurs de Sophia Antipolis « a obtenu les mêmes effets sur les oursins mis en présence cette fois-ci, non de Roundup, mais d’ingrédients cosmétiques utilisés dans des shampoings et gels moussants. D’autres travaux ont montré que le développement de l’oursin était influencé par la température, la caféine, le calcium... Doit-on en conclure que toutes ces substances sont cancérigènes ? » Le fabricant considère, par ailleurs, que l’étude peut générer des interprétations conduisant à des conclusions erronées : « L’oursin n’est ni reconnu, ni accepté par aucune agence réglementaire ou organisation scientifique comme modèle d’évaluation des risques pour la santé humaine. Enfin, la concentration utilisée dans cette étude est, comme l’indiquent les auteurs, très largement supérieure à celle recommandée dans le cadre de l’usage herbicide ».

Hervé Queillé


Robert Bellé
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