Approuvez-vous la philosophie qui a présidé à l'élaboration du Livre blanc sur la Défense ?
Je ne fais pas de distinction entre le Livre blanc et la RGPP (la révision générale des politiques publiques). Sur le plan des analyses stratégiques, je pense qu'elles sont pertinentes.
Et le principe des réformes mis en avant - à savoir le regroupement de nos forces - ne peut être critiqué au plan des principes.
Cette nouvelle politique militaire n'obéit-elle pas davantage à une logique comptable qu'à une réflexion stratégique ?
Notre pays doit faire un certain nombre d'économies budgétaires, et les réformes qui nous sont proposées comportent une part d'économies et de rationalisations. Quand le ministère propose un regroupement d'un certain nombre de forces sur des grandes bases de Défense, je ne vois pas quel argument on pourrait opposer à cette politique. Notre dispositif militaire relevait de la Guerre froide. Il était organisé de telle manière qu'en cas d'attaque de l'Union soviétique, il fallait avoir le moins d'avions possibles regroupés au même endroit, de façon à ce qu'il y ait un minimum de casse. Aujourd'hui, nous ne sommes plus du tout dans cette logique-là. Le regroupement des avions sur des bases aériennes énormes contribuera à réaliser d'importantes économies budgétaires. Elles sont nécessaires.
Comprenez-vous les critiques émises par un groupe d'officiers généraux et supérieurs sous le pseudonyme de « Surcouf » ?
Il y a dans leur texte des choses qui peuvent être vraies, et, notamment, le fait qu'à l'heure où Nicolas Sarkozy se prépare à appeler nos partenaires européens à un effort en faveur de la construction de la Défense européenne, il annonce simultanément 54.000 suppressions de postes. Ce n'est évidemment pas très pédagogique. « Surcouf » peut énoncer des remarques justifiées, mais il faut aussi que les choses avancent. Il y a une critique portée par le groupe qui doit être prise en compte : il y a eu des erreurs stratégiques en ce qui concerne la définition des programmes d'armement. Nous avons des armes trop sophistiquées, trop fragiles, qui génèrent des coûts trop importants pour être maintenues en position opérationnelle. Le rapport coût-efficacité de notre armement sur le terrain n'est pas bon.
L'armée sera amputée de 54.000 postes. Êtes-vous de ceux qui pensent que la mission de nos armées n'est pas de participer à la politique d'aménagement du territoire ?
Je crois que le choix est extrêmement simple : ou on a une armée faite pour garantir notre sécurité, et alors il y a un resserrement ; ou on augmente le budget d'un tiers et on fait de l'aménagement du territoire. Il faut choisir.
Le deuxième porte-avions est renvoyé aux calendes grecques. Peut-on avoir une Marine opérationnelle avec un seul porte-avions ?
Je regrette que l'on ait renoncé au deuxième porte-avions. C'est un outil dont je souhaiterais que nous disposions parce que c'est un outil opérationnel en termes politiques. Et pour nous qui avons en charge la sécurité de la Méditerranée, ce serait un outil fondamental de sécurisation.
Approuvez-vous la décision de Nicolas Sarkozy de revenir au sein du commandement militaire intégré de l'Otan ?
Je regrette le retour dans l'Otan. Qu'on le veuille ou non, cela sera perçu comme un réalignement sur les États-Unis. Et de fait, c'en est un. Si on regarde la politique de Nicolas Sarkozy par rapport à l'Iran ou au sujet des missiles antimissiles basés en Pologne et en République tchèque, on constate qu'il s'aligne sur Washington. Je pense, pour ma part, que c'est une faute de donner l'image d'un monde occidental monolithique. Ce n'est pas parce que les États-Unis sont la première puissance militaire du monde que leur modèle de société doit être adopté par tout le monde. La France mérite mieux que d'être une Angleterre bis.