"Ca fait du bien de discuter de notre vie", commente le patron pêcheur du Guilvinec (Finistère) de 52 ans qui a participé au mouvement de colère contre l'explosion des prix du carburant ayant bloqué ce printemps les ports français. Depuis vendredi, au milieu du brouhaha de la fête maritime, Philippe
Duval fait découvrir de la passerelle à la cale "l'Argonaute", son chalutier de 32 ans.
1.100 litres de gazole en 24h
Consommant quelque 1.100 litres de gazole par 24 heures, le navire pêche le saint-pierre dans des eaux à forts courants au large de la pointe Bretagne avec un équipage de 3 à 4 hommes pour des marées d'une huitaine de jours. "Aujourd'hui, la part du gazole représente entre 50 et 60% du chiffre d'affaires d'un bateau contre 30% précédemment. Quand on ne pourra plus assurer des salaires décents, ça sera la fin de la pêche en
France", répète inlassablement Philippe.
Bruxelles finance peu les sorties de flotte
A Christiane Filhos, une touriste originaire d'Auch, il affirme que "Bruxelles nous interdit de faire des bateaux neufs moins consommateurs d'énergie. Or il est impossible de mettre des moteurs moins gourmands sur des vieilles carènes". "Allez-vous mettre votre bateau à la casse?", s'inquiètent Marie-Christine et Jacky, un couple de Barfleur (Manche). "Non, répond le patron, parce que Bruxelles ne finance les sorties de flotte que pour les bateaux qui pêchent du poisson réglementé par des quotas, ce qui n'est pas le cas du saint-pierre". Comme les autres pêcheurs, il attend la concrétisation du plan adopté hier soir par les ministres de la pêche de l'UE, qui prévoit à la fois des soutiens d'urgence et des mesures de restructuration à plus long terme pour un coût total de jusqu'à 2 milliards d'euros.
A la vente, chacun prend sa quote-part
Quatre jeunes venus de Saint-Malo montent à bord et passent du poste d'équipage à la cuisine, puis sur la passerelle. Philippe se fait pédagogue pour expliquer comment le poisson est conservé entre deux couches de glace dans la cale. A l'inévitable question "Pourquoi le poisson coûte-t-il 30 euros le kg à Paris quand il est vendu 5 euros sous criée?", le pêcheur breton répond qu'il ne veut "fâcher personne", pas plus les mareyeurs que les transporteurs et poissonniers. "Chacun prend sa quote-part. Et, au final, le poisson coûte cinq à six fois plus cher que son prix de vente", explique-t-il. Avant d'avertir ses visiteurs que le métier de pêcheur s'éteindra de lui-même, dès lors qu'un "gars en mer gagnera moins que celui à terre qui fait les 35 heures".