En 1981, Alain Le Héritte rejoint le parc zoologique de Pierre Thomas, le fondateur. En six ans, ils réalisent de nouveaux enclos et font progresser le nombre de visiteurs annuels de 10.000 à 30.000. La collection scorvipontaine se compose alors d’environ 150 animaux, dont de nombreux félins. Parmi eux, un couple de panthères des neiges.
« Elles étaient arrivées quelques mois plus tôt. C’était une grande première ».
Des animaux dans la nature
Ce matin du 16 octobre 1987, Alain Le Héritte quitte son domicile lorientais vers 7 h. Arrivé à la sortie de Quéven, il doit laisser son véhicule, trop d’arbres encombrent la route. « Plus j’avançais, plus c’était cauchemardesque. Je ne pouvais que pressentir une catastrophe », explique le directeur du parc. Sur place, tant bien que mal, le responsable commence par recenser les animaux. « Les hippopotames n’étaient pas dehors ; les lynx, malgré un trou dans le grillage, n’étaient pas sortis non plus. Quel soulagement ! Mais Les animaux étaient traumatisés, prostrés ». Et puis il y a des absents de marque : des servals, des ocelots, deux panthères tachetées et une panthère des neiges. Tous ont été récupérés avant la fin de la matinée, sauf une panthère des neiges.
Élan de solidarité
« 80 % des installations étaient à terre ». Il a ainsi fallu dégager quatorze châtaigniers sur le seul enclos des panthères des neiges. Mais c’était sans compter sur l’élan de solidarité né après l’appel lancé par Michel Ezano, président des Amis du zoo et professeur à Saint-Louis. Ses élèves ont très vite reçu le renfort de 1.500 écoliers de la circonscription, notamment pour dégager les branches. « Et le week-end, plus de 200 personnes sont arrivées avec leurs tronçonneuses et leur bonne volonté ». Alain Le Héritte se souvient aussi d’une dizaine de prisonniers de Ploemeur, venus aider à la reconstruction.
Douze jours de psychose
Mais une inquiétude demeure : l’une des panthères des neiges, Tensing, reste introuvable. Pendant douze jours, on la signale à Hennebont, Lanester, Quimperlé (29). Finalement, c’est dans un jardin, à 800 m du parc, que l’animal, affamé et apeuré, est récupéré par les responsables du zoo. Il a pu retrouver sa compagne et quelques mois plus tard, deux petits sont nés. Une première en France !
Les panthères de retour
Dès l’année suivante, le zoo reprend du poil de la bête. Vingt ans plus tard, il accueille 200.000 visiteurs, compte 700 animaux pour 135 espèces et très bientôt, des panthères des neiges seront de retour à Pont-Scorff. Mais Alain Le Héritte l’admet : « Dès que le vent souffle un peu fort, j’y pense encore... »