En cette fin d’après-midi du 15 octobre 1987, Jean-Pierre Pennors revient d’Angers où il a pris livraison des plantes de la Toussaint. « En descendant du camion, une fois arrivé à Morlaix, j’ai eu une impression de chaleur, de transpiration excessive... Il y avait une ambiance surréaliste. Le ciel était jaune-rose, on n’entendait plus les oiseaux.
.. C’était apocalyptique ».
Le casque de moto pour se protéger
Vers 20 h 30, il se rend dans les serres. « Le temps était irréel et il y avait une chaleur dingue. Le vent commençait à monter en puissance, et déjà quelques carreaux de serre faisaient des bruits sinistres... ». Les rafales de vent deviennent de plus en plus violentes. « J’entrepris alors d’aller chercher mon casque de moto dans la maison attenante et de revenir dans la serre pour essayer de récupérer les plantes de Toussaint... Plus le temps passait, plus le vent s’engouffrait dans les serres et le hangar. À ce moment, toutes les plantes que je sortais à grand-peine de la serre vers le hangar partaient aussitôt en tas ».
« Il valait mieux sauver ma peau »
« Au bout d’un certain temps de lutte, il était évident qu’il n’y avait rien à faire, et qu’il valait mieux sauver ma peau, poursuit le Morlaisien. À cet instant précis où j’ai pris la décision de me mettre à l’abri, le vent rentrait en rafales dans les serres. J’avais l’impression (ma lampe torche ne fonctionnait presque plus à cet instant) que les serres criaient de douleur ». Le jeune horticulteur décide donc de regagner sa demeure. « Je suis rentré avec difficulté à la maison, des plaques d’isolant volaient dans la cour... Je me suis assis à l’intérieur de la maison, contre la porte, et me suis réveillé le lendemain matin en plein cauchemar... ».
« Neuf ans pour reconstruire »
Le 16 octobre, au matin, c’est la consternation chez les Pennors. « Nous avons ramassé 50 tonnes de verre à la main. Nous avons mis neuf ans pour reconstruire notre outil de travail. Le montant des dégâts s’est élevé à deux millions de francs et nous n’étions pas assurés, car les serres n’étaient pas assurables ». Il y a trois ans, Jean-Pierre Pennors, qui avait repris l’affaire familiale, a mis un terme à son activité horticole. Il dirige aujourd’hui un commerce de textiles et de produits régionaux.
Jacques Chanteau . Le 15/10/2007