L’Amoco-Cadiz, en 1978 ; le Tanio en 1980 et la tempête de 87. Deux marées noires et un coup de vent magistral. C’est le tiercé, dans l’ordre, des événements qui auront le plus marqué la carrière d’Henri Goacolou, frais retraité de l’Équipement.
Orage annonciateur
« L’ouragan », comme beaucoup l’appellent encore, le Louargatais l’a vécu aux premières loges. « C’était un jeudi. L’Apocalypse ». Il est 22 h, ce soir-là. Notre témoin achève un entraînement de handball avec son collègue Alain Gautier, aujourd’hui maire de Pommerit-le-Vicomte. Les deux hommes en tee-shirt viennent de suer un bon coup. L’ambiance moite n’y est pas pour rien. Un violent orage bombarde la salle omnisports de Tréglamus et ponctue la séance.
La 4L ne tient pas la route
Pas besoin de humer longtemps le fond de l’air pour mesurer que ça sent le grabuge météo. Ni une ni deux, les deux collègues de boulot mettent le cap sur le centre technique de Grâces. Au volant des fameuses 4L oranges, qui longtemps sillonnèrent les voies routières de France et de Navarre, le duo entame sa tournée d’urgence, au cas où il y ait besoin d’un coup de main. Rapide retour à la case départ. Sur la RN 12, la frêle voiture tangue et menace de s’encastrer sur la glissière de sécurité à chaque bourrasque. Mieux vaut circuler en camion.
Les pompiers secourent une dame
Pas de portable à l’époque. La liaison radio sert de GPS. « À Tréguier, côte de Pontezer, il y avait déjà des arbres partout » se souvient Henri. La N 12, elle, est maintenant bloquée à Coat-An-Noz, en Belle-Isle-en-Terre. Halte pour aider les pompiers à dégager la voie : une dame est conduite aux urgences ; une tuile lui est tombée sur la tête.
Un garage traverse la route
Route de Grâces, c’est un poulailler qui est à terre. Les collègues à pied d’œuvre, armés de leurs tronçonneuses personnels, tentent de parer au plus pressé. Henri poursuit son Tro Gwengamp. Le garçon dans le vent n’en revient pas quand, à La poterie, un garage préfabriqué lui brûle la priorité, traversant la chaussée « dans un sens et puis dans l’autre ». Tandis qu’à Guingamp quelques jeunes inconscients quittent les bistrots, quasi comme si de rien n’était, les animaux sauvages eux, restent bien au chaud. « Dans la journée, beaucoup de chevreuils avaient sillonné la campagne. Ces animaux-là sentaient le coup venir » sourie Henri Goacolou. Le vent continue de souffler jusqu’à minuit. Des pigeons ramiers, fauchés en plein vol, ne passeront pas l’automne. Le boulot, lui, ne manque pas pour les gars de l’Équipement qui depuis longtemps ne sont plus les seuls en alerte. « Le formidable esprit d’entraide, la solidarité de tous » l’émeut encore.
« Spectacle de désolation »
Au lever du jour, « un spectacle de désolation ». Les champs de maïs à plat, les poteaux électriques et PTT balayés comme des fétus, Henri les a encore sous les yeux quand il en parle. Et entre toutes, cette image, forcément forte : la forêt de Malaunay, en Saint-Agathon, transformée en meule de paille éparse. « Il a fallu prendre des chargeurs de carrière pour dégager la voie ».
Hold-up raté
À l’heure de rentrer à la maison, à Castel-Pic, vers 18 h au soir du vendredi, après 20 h non-stop, Henri a le plaisir de retrouver sa Renault 11 « mitraillée ». Criblée d’impacts de gravillons balayés du toit, l’auto semble avoir servi à un hold-up raté. Histoire d’achever le tableau, des cyprès mettent entre quatre planches des véhicules voisins. Fin de la bataille.
Il n’y a pas que les campagnes à avoir essuyé les foudres de dame nature. Éole a mis tout le monde sur la brèche à Guingamp.
Arnaud Morvan . Le 15/10/2007